La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Viviane & Vincent - (France - septembre 1998)

Mariés depuis 3 ans, quoi de plus normal que de vouloir fonder une famille. J'ai arrêté la pilule fin 95. L'année de notre mariage (1996), nous nous sommes peu inquiétés de ne "rien voir". Ayant consulté une gynécologue, elle me demanda de prendre ma courbe de température durant 6 mois, il fût révélé que j'avais des ovulations capricieuses.
En 1996, j'ai rencontré mon gynéco actuel qui m'a expliqué que mes ovulations étaient irrégulières et parfois je n'ovulais pas. A sa demande, je passais plusieurs échographies pelviennes, un bilan hormonal, une hystérosalpintographie : un mauvais souvenir de part l'examen en lui même qui est douloureux mais aussi de par la réaction du médecin qui pratiquait l'examen : En plein milieu, il s'est levé pour me dire que je ne poursuivrais jamais de grossesse à terme car mon utérus était trop petit. Je me suis affolée et l'ai bombardé de questions. Il m'a dit qu'il finissait son travail et qu'on en reparlerait après. Alors que je me rhabillais, il est venu : il s'était trompé, mon utérus avait une taille normale et mes grossesses se passeraient bien, il ne s'est même pas excusé.... Malgré les résultats signifiant que tout va bien, ce médecin a mis le doute en moi. Tous ces examens révélèrent que tout était normal chez moi et que je pouvais parfaitement être enceinte naturellement.
Le médecin me prescrivit du Clomid pour une stimulation ovarienne, pour une durée de 8 mois. Ce fût l'échec, j'ai été malade durant le traitement, les effets secondaires sont très pénibles : maux de ventre très violents, malaises, nausées. Mes règles étaient à chaque fois hémorragiques et duraient longtemps (je saignais durant 2 mois sans discontinuer plusieurs fois, j'ai fini chez le gynéco qui me disait :'"C'est un cycle foireux, ça va passer").
J'ai passé le test d'Huhner.
Mon mari a passé un spermogramme, tout va bien chez lui.
Nous avons décidé durant 6 mois de faire un break car j'était très éprouvée par le traitement et plutôt déprimée.

Puis, le médecin m'a prescrit une stimulation ovarienne sous GONAL F 75 avec rapports programmés. Ce sont des injections d'hormones à faire dès le 3ème jour des règles et ce, durant plusieurs jours. Lors de cette première partie du traitement, il faut passer une ou plusieurs échographies vaginales afin de détecter la présence de follicules ainsi que faire des prises de sang pour déterminer le taux d'oestrogènes. Lorsque ce taux est supérieur ou égal à 200 et que les follicules ont atteint une taille de 16 à 18 mm, on injecte des gonadotrophine chorioniques. L'ovulation doit survenir 48 heures après. Le médecin conseille d'avoir des rapports le jour d'avant, le jour même et le jour d'après de l'ovulation.
Ensuite, il faut attendre au moins deux semaines pour connaître le résultat. Ce n'est pas facile car des effets secondaires peuvent survenir : maux de ventre et du fait de l'injection hormonale, on ressent les prémices d'une grossesse. Il faut arriver à se détendre et se reposer.

Pour ma part, j'ai effectué le traitement deux fois et cela n'a pas marché. Chaque échec est difficile à gérer, c'est une remise en question et il faut faire le deuil du bébé imaginé. Dans la plupart des cas, les femmes répondent bien à ce type de traitement, cela marche bien mais le plus difficile, c'est que la grossesse se déclenche et là, hélas, on ne peut qu'attendre que Dame Nature fasse son travail.

Tout ceci est difficile à vivre pour nous. Autour de nous, pleins de jolis bébés sont nés et l'on se demande : "pourquoi pas nous ?" J'ai longtemps culpabilisé, je ne me sentais pas du tout à ma place. Je me sentais mal à l'aise et j'avais l'impression que mon ventre serait toujours vide. Nous avons eu beaucoup de faux espoirs et chaque échec est une remise en question. Nous sommes aussi confrontés à une certaine incompréhension de la part de nos familles et amis. Certains n'osent pas nous en parler, d'autres nous donnent des conseils maladroits.
Un petit lot nous soutient malgré tout mais l'on sent de la pudeur lorsqu'on aborde le sujet. Combien de fois ai je eu envie d'appeler un de mes proches et parler de mon mal être mais je n'ai jamais osé, de peur de déranger
Mon mari et moi sommes très liés et cette tempête nous rapproche d'autant plus. Nous vivons ensemble cette galère en n'oubliant pas d'être optimistes et réalistes.
Il faut beaucoup de courage pour vivre et gérer sa stérilité, les échecs sont très douloureux à assumer et à chaque fois, il faut retrouver l'espoir et l'énergie de se battre.

 

Mai 2000

Dernières nouvelles : J'ai vu mon médecin il y a peu. Nous avons parlé de procréation médicalement assistée car après 4 ans d'attente, Vincent et moi souhaitions recourir à une fécondation in vitro. Elle est donc prévue pour septembre-octobre. je ne manquerai pas de vous tenir au courant.

Personnellement, je garde espoir et vous souhaite bon courage.


Février 2001

Tant de choses se sont passées depuis mai 2000.... Tant d'émotions, tant de joie mais aussi de tristesse....

Donc, en novembre 2000, voilà la FIV tant attendue. Entre temps, nous avons déménagé et c'est tout juste installés que je commence les injections de Puregon et Décapeptyl. L'infirmière qui vient le soir est pas terrible, elle pique en faisant mal et me sort des inepties pour tenter de me rassurer mais bon, je vais pas m'arrêter là. Je me bouche les oreilles, je serre les dents et je ne pense qu'à une issue heureuse du traitement.

Le taux d'Oestradiol monte bien et régulièrement, les ovocytes au nombre de 11 évoluent bien. On est content et on espère. Vendredi matin, je fais ma prise de sang, la sage femme du centre d'amp me dit qu'on frôle l'hyperstimulation et que la FIV peut être annulée. Stress, on attend avec inquiétude la prise de sang du Samedi qui se révèle bonne. Rendez-vous est pris pour le lundi matin à 7h30 pour la ponction ovocytaire.

Nous arrivons à l'hôpital, accueillis par une infirmière qui me dit :"Vous avez déjà accouché ici, je vous ai déjà vue..." Je devais être en super forme, j'éclate de rire en lui disant que non, que je viens pour une FIV mais que je suis déjà venue voir des accouchées dans le service.

On attend patiemment qu'on vienne nous chercher. Je me retrouve en salle d'opération, on m'endors. Lorsque je me réveille, je demande ce qu'il en est, l'infirmière me répond à peine et je réalise que nous devons être une vingtaine à nous réveiller des brumes anesthésiques.

On me remonte dans la chambre, j'ai mal au ventre comme si on m'avait donné des coups de pieds. Vincent n'est pas là mais je trouve un petit mot :"10 ovocytes prélevés, c'est super, je t'aime, je reviens te voir à 16h00." J'éclate en sanglots de joie, l'infirmière qui est près de moi ne comprend pas et me dis de ne pas pleurer, que mon mari va revenir.

Je reçois la visite de la sage femme du centre d'AMP qui me dis que j'ai bien travaillé. Mon cher et tendre arrive et nous nous enlaçons heureux et remplis d'espoir. Lui a passé une mauvaise matinée car on l'a cherché partout pour le prélèvement de sperme. En fait, il devait venir avec moi en salle d'opération mais on ne nous a rien dit. Il s'est fait engueulé par le biologiste qui l'a invité agressivement à se dépêcher. Vincent m'a dit que ce n'était pas drôle de se dépêcher pour ça et qu'il avait cru ne jamais y arriver. Le corps médical n'est pas très sympa parfois et devrait être plus communicatif.

Nous revenons à l'hôpital le surlendemain pour l'implantation de 2 embryons. 14 jours d'attente et de stress suivent. Test de grossesse négatif, déception.

Le soir où nous avons appris l'échec, nous discutons beaucoup Vincent et moi, j'éprouve une grande déception et un immense ras le bol. je lui dis que j'arrête tout, que cela fait cinq que je ne vis que pour être enceinte, que je ne veux plus y penser, que si le bébé survient, ce sera tant mieux, si non tant pis. Maintenant, je vais me consacrer à ma vie de femme et de couple.

Nous vivons notre vie comme d'habitude, la tristesse de l'échec s'atténue. Puis, au bout de quelques semaines, je me sens très fatiguée, mes seins grossissent et deviennent très douloureux et je n'ai toujours pas mes règles. Vincent et moi décidons que je fasse un test sanguin de grossesse pour voir ce qui se passe, on sait jamais mais on n'y croit pas trop.

Je vais donc au laboratoire, le biologiste me prévient que c'est certainement négatif. Le soir, j'appelle la sage-femme du centre d'amp, elle me dit que le test est à un taux bas mais laisserait quand même supposer que je suis enceinte. J'éclate en sanglots. La sage femme me dit de refaire un test une semaine plus tard et d'appeler le futur papa. J'appelle Vincent, je pleure tellement que je n'arrive pas à parler. Lui m'entendant pleurer me dit : "C'est négatif, bon on s'en doutais." J'arrive à lui annoncer la nouvelle, il n'en revient pas et est très heureux.

Une semaine après, je refais le test, la sage-femme au téléphone me demande si j'ai mes règles, je lui réponds que non et elle me dit que je ne vais pas les a voir durant neuf mois. Je saute partout de joie et appelle le futur papa qui est aux anges.

Une semaine plus tard, une amie m'appelle, je lui annonce la nouvelle, on raccroche et je vais aux toilettes pour m'apercevoir avec horreur que je saigne. J'ai des contractions utérines douloureuses, Vincent me donne un Spasfon et reste près de moi, on parle d'une éventuelle fausse-couche. Je m'endors dans ses bras, épuisée. Le lendemain, nous allons voir la sage-femme du centre d'amp qui nous dit qu'il est trop tôt pour savoir ce qui se passe, à l'écho, elle voit un petit sac et me dit de revenir dans 3 semaines. Je me repose mais je reste inquiète.
Le lundi, je vais au travail, vers 15 heures, je resaigne et j'ai mal au ventre, je me sens très mal et j'ai l'impression que je vais m'évanouir d'un instant à l'autre. Je rentre à la maison et la fausse-couche survient. Vincent, alerté rentre au plus vite.

Cela fait maintenant 6 jours que j'ai fait la fausse-couche, les saignements et les douleurs passent lentement. La déception et la tristesse s'atténuent aussi car nous avons l'espoir d'une autre fois. Nous avons reçu un beau message d'espoir, je peux être enceinte naturellement et sans assistance médicale. Ironie du destin, je dois maintenant éviter de retomber enceinte durant les 2 prochains mois, pour que mon corps se remette. Je vais en profiter pour perdre ces satanés kilos en trop et surtout positiver, vivre ma vie comme si de rien n'était en tentant de ne pas me polariser sur une nouvelle grossesse car finalement, je me demande si je ne me suis pas empêchée d'être enceinte en y pensant trop. Je ne cherche pas les raisons et je garde espoir. Avec Vincent, on a décidé de laisser passer l'année et si en 2002, rien n'est venu, on avisera.


Novembre 2002

L'année 2002 est bientôt finie et je n'aurais pas la chance de déposer un petit noeud violet à côté de nos prénoms.
Une année riche en vécu, en joie mais aussi en tristesse et déception. Ma deuxième petite nièce a fêté ses 1 an et nous fait toujours autant craquer. Sa soeur aînée aussi nous ravit de son amour et de sa joie de vivre. Une belle émotion de la voir de se jeter dans nos bras alors que nous la voyons pas souvent.

Au début de l'année, je pète les plombs et le médecin me met sous Prozac.

Depuis mai 2002, je souffre le martyre à cause de mes règles. A tel point que je doive prendre deux médicaments tres forts pour soulager des crises qui durent jusqu'à 4 heures avant d'être soulagée. Ces douleurs sont génantes et m'empêchent de vivre normalement.

L'eté dernier, j'ai été arrêtée tout le mois de Juillet car je souffrais même entre les règles. Mon médecin traitant m'ayant entendue hurler de douleur au téléphone me recoit en catastrophe et m'envoie faire une écho pelvienne. Là, je suis tellement persuadée que l'on me trouvera un truc bizarre, je plane complètement shootée par les anti-inflammatoires que je ne comprend pas tout de suite ce que me dit le médecin, quand il me demande si je peux être enceinte, je réponds non pour me raviser immédiatemment après. Je lui fais répéter deux fois ce qu'il vient de me dire : "Je vois un sac embryonnaire de 3 semaines, pour moi, vous êtes enceinte de 3 semaines et le bébé va bien, faites un test sanguin pour confirmer, félicitations.".
Inutile de vous dire que je plane deux fois plus, je pleure et je ris de joie. Je ressors de l'écho avec l'envie d'embrasser les passants dans la rue. Mon chéri est immédiatement averti et lui se met à planer de joie avec moi. Le lendemain, je fais le test sanguin avec tout de même une petite angoisse. A 16h pile, je suis là pour récupérer les résultats. Je suis reçue par le biologiste qui m'apprend que le test est négatif et que c'est un oeuf clair. Le ciel me tombe sur la tête et là je ressors en larmes, larmes de déception et colère. Vincent me récupère et nous sommes tous les deux affreusement déçus. L'optimisme naturel de Vincent resurgit et il fini par me remotiver et me dire que c'est tout de même très positif de tomber enceinte spontanément.
Cela fait deux fois que mon corps nous fait la surprise de bien marcher alors tous les espoirs sont permis.

Je remonte vite la pente et décide d'arrêter de fumer, j'y arrive durant deux mois et j'ai repris à cause du stress. J'ai tout de même commencé un régime, j'en suis à deux semaines et j'ai déjà perdu 1,5 kg. J'ai arrêté le Prozac.

Pour l'instant, on en reste là, je continue mon régime et me remotive pour arrêter de fumer. On envisage la fiv pour 2003. Par rapport à mon entourage, je ne parle pratiquement plus de mes problèmes, j'en ai tellement entendu... A ceux qui me demandent où nous en sommes, je réponds que nous laisson faire la nature, même si nous prévoyons la fiv l'an prochain. Au boulot, je ne parle plus de rien car après "étaler" ma vie privée, j'ai eu droit à des réparties salées et complètement déstabilisantes pour moi, c'est tout juste si on ne m'a pas reproché de ne pas savoir faire un enfant. Je pensais que mes collègues mères de famille comprendraient ma détresse, c'est elles qui sont les plus vaches et méchantes.

Pour la prochaine tentative, je n'hésiterais pas à m'arrêter le temps qu'il faudra et je prétexterais un mal de dos, si le résultat est positif, ma grossesse sera survenue spontanément, elles n'auront pas besoin de savoir, ces collègues.

Pour conclure, certains de mon entourage me disent que tenir la passerelle doit me bloquer. Je vous rassure, cela m'aide moi aussi de vous lire, d'avoir un contact avec vous. Je suis toujours émue de lire vos parcours et toujours heureuse quand vous m'apprenez une jolie nouvelle. Mais aussi, je partage vos peines, vos attentes.

Bon courage et bonne chance à vous.


Octobre 2003

Le 10 juin 2003, nous rencontrons le gynéco pour fixer le rendez-vous qui nous permettra de subir une 2ème tentative de F.I.V. Ayant des syndromes pré-menstruels très génants, je demande de l'aide au médecin. Il me prescrit du Duphaston en m'expliquant que cela va régulariser mes cycles. Je dois le prendre du 16 au 25 ème jour du cycle. Je repars confiante avec mon traitement et la tentative fixée pour Octobre prochain. Depuis février dernier, je fais un régime alimentaire et j'ai perdu 14 kilos, mon objectif est atteint, j'en suis très heureuse et m'autorise pour l'été quelques écarts. Quant à l'arrêt cigarettes, c'est plus compliqué.

Mi-Juillet, je suis en vacances et vais au centre de P.M.A, j'y rencontre la secrétaire, elle me donne tous les papiers en vue de la F.I.V et me demande de les rappeler début septembre pour mettre en place le protocole. Entre temps, j'ai parlé avec ma voisine de palier, elle est infirmière à domicile et accepte de me faire les piqûres, on s'entend bien et je me sens rassurée avec elle.

Le duphaston me provoque 6 semaines d'aménhorrées, je me pense enceinte mais mes règles reviennent, comme d'habitude. Je suis très décue car j'y croyais vraiment mais bon, c'est à chaque fois pareil...
25 juillet, nous décollons pour la Crète, un pays que nous adorons et nous passons une semaine au bord de l'eau sous un soleil de plomb, avec dégustation de mets crétois. Je me sens bien bien que j'ai de légers saignements toute la semaine, je les attribue au changement de pays. J'ai parfois des nausées très fortes, là aussi, je me dis que j'ai encore abusé de la Féta dont je raffole.

Retour tristounet en France, il fait pas très beau mais bientôt la canicule va nous tomber dessus. Le traitement sous Duphaston se passe douloureusement, je suis très mal et décide avec Vincent de l'arrêter. Mes règles sont irrégulières mais j'ai l'habitude et là, cela semble bien se passer.
Je m'accroche à l'idée de la prochaine F.I.V et nous en profitons pour faire tous les deux nos bilans pré-F.I.V et la demande de prise en charge à 100 % auprès de la Sécurité Sociale.

Le 26 septembre, je contacte le centre F.I.V pour prendre rendez-vous avec la sage-femme. La secrétaire me propose de la voir la semaine suivante et me demande la date de mes dernières règles. Je luis réponds le 18 août, elle me dit que je dois faire un test H.C.G, je rouspète en lui disant que ce n'est pas la peine, elle insiste en me disant qu'on ne peut pas faire une F.I.V si jamais, il y avait une grossesse. D'un naturel raleur, je peste et appelle Vincent, lui me dit :"Bon fais-le, on sera tranquille, mais comme toi, je sais que c'est négatif." Moi je râle car je me dis que je vais encore souffrir, que le test sera de nouveau négatif.
Le soir, je fonce au labo, le médecin qui me fait la prise de sang me dit que cela arrive d'être enceinte avant une F.I.V, cela fait comme les femmes qui tombent enceintes spontanément alors qu'elles ont entamé les démarches pour adopter. Le médecin me donne mon numéro de dossier et me dit de l'appeler avant 19 heures, j'ai 1 heure devant moi, je rentre à la maison où je retrouve mon homme. Nous sommes très décontractés et surtout, on sait que c'est négatif.
18h45 : J'appelle, je prends soin de mettre l'ampli. Je donne mon numéro de dossier, le médecin prend le temps de répondre, je me dis que s'il semble hésiter, c'est que c'est négatif. Puis, il nous dit : "Le test est positif, félicitations." Vincent et moi restons sans voix, puis je remercie le médecin et raccroche. On reste tous les deux dubitatifs, je dois m'assoeir car mes jambes tremblent sous l'emotion. Je contacte mon médecin traitant, ensemble nous évaluons la grossesse à un mois, elle me fait une ordonnance de datation de la grossesse. Nous finissons le week-end heureux.

Le lundi, je galère pour trouver un labo qui accepte de me faire cette écho de datation de grossesse, après quelques péripéties, j'obtiends un rendez-vous pour le 21 octobre. J'appelle le centre F.I.V, la secrétaire et moi pensons que l'on ne peut pas rester comme ça, elle me donne rendez-vous pour le 08 octobre avec un gynéco, je devrais avancer l'argent et me faire rembourser après par la mutuelle.

Le 08 octobre, nous arrivons à l'hôpital, il est 18 heures, je viens de boire 1 demi litre d'eau. Au bout d'une demi-heure, j'en ai assez d'attendre, je demande à une infirmière si le médecin va nous recevoir, on nous a induit en erreur, nous sommes au 2ème étage et lui nous attend au rez-de-chaussée. Essayez de marcher vite la vessie pleine et bien stressée. Nous arrivons, un couple sort du bureau du médecin et une dame entre. Je me dis que je vais me faire pipi dessus. Vincent est lui aussi stressé, il feuillette les magazines, moi je fixe la porte en face de moi, ce sont les toilettes....
A 19 heures, le gynéco nous fait entrer, ouf ! On lui explique la situation, il me demande d'aller vider ma vessie entièrement, le pied !. Ensuite, écho endo-vaginale. Nous pensons que je suis enceinte d'un mois et on s'attend à pas voir grand chose. Je pousse un cri en regardant l'écran et dis au médecin que c'est pas possible, il me répond que c'est agrandi. A l'écran, nous voyons un bébé bouger, ses deux bras, ses deux jambes. Je fonds en larmes, c'est un spectacle magnifique, Vincent me tient la main, il est bouche bée et un sourire jusqu'aux oreilles. Puis le médecin me passe l'appareil sur le ventre, on voit le bébé bouger, nous sommes émerveillés.
Le gynéco fait les calculs et nous annonce qu'il date la grossesse à 18 semaines, nous sommes sous le choc. Depuis 3 mois et demi, j'ai été en bonne forme, j'avais des règles. Il nous explique que cela arrive et que j'ai eu de fausses règles. Nous rentrons à la maison, on avale en vitesse un en cas et on appelle nos familles et amis pour annoncer la bonne nouvelle.

Nous sommes très heureux, notre vie se voit toute chamboulée mais ce n'est que du bonheur. Rétrospectivement, je réalise que le régime y est pour beaucoup, je crois que cela m'a aidé à me libérer et à penser à moi car j'avais tendance à m'oublier. Attention, je ne dis pas que maigrir fait tomber enceinte mais cela a contribué à l'arrivée de cette grossesse chez moi. Naturellement, j'ai arrêté de fumer, le bébé est mon meilleur patch.


Décembre 2003

Le bonheur, se dire que la vie est belle, planer sur un gros nuage, ne pas y croire, se dire que les miracles ça existe, voilà notre état d'esprit à Vincent et moi. Le choc de la nouvelle est fort mais c'est du bon stress. On commence à s'habituer au fait qu'un petit bébé pousse dans mon ventre. Depuis 8 ans que nous essayons d'avoir un bébé, nous avions fini par plus trop y croire et là, c'est la surprise.
Pour nous, ce sera une grossesse de courte durée, bébé est prévu pour le 20 mars 2004, c'est très rapide et déjà, nous planifions la préparation de sa chambre et de notre nouvelle vie de futurs parents. Je sens mon bébé bouger et il me tarde que Vincent le sente aussi.

Le 18 novembre, rendez-vous chez le gynécologue pour l'échographie qui se déroule le 5ème mois. L'examen ne dure pas longtemps car le médecin découvre avec tristesse que le bébé ne vit plus. Le choc est violent et je craque complètement en lui disant que ce n'est pas juste. Vincent me prend en charge immédiatement car je n'assume plus rien, je n'entends plus rien, je pleure. Je me dis que je vais me réveiller, que je suis en plein cauchemar.

Le 20 novembre, j'accouche d'une petite fille sans vie que je ne verrais pas suite à notre souhait à Vincent et moi.

Le gynécologue pense qu'un caillot de sang a bouché une veine du placenta, à l'accouchement, il a réalisé que la mort remontait à plusieurs semaines et il a envoyé le placenta pour des analyses approfondies.

Nous avons été pris en charge par une équipe médicale d'une écoute, d'une humanité extraordinaire, sans eux nous n'aurions jamais pu passer le cap. Chacun a su prendre le temps de nous écouter et trouver les mots pour nous réconforter. Je suis suivie par une psy à l'hôpital, ça m'aide à surmonter un peu mieux. Nous sommes en plein travail de deuil, c'est très douloureux à vivre.

Un jour, il faudra parler d'avenir. On commence à y penser mais on ne veut pas oublier. Cette petite puce restera dans nos coeurs. Elle a été un joli messager pour moi, elle m'a montré que je pouvais être enceinte sans aide médicale, que je pouvais accoucher. Vincent et moi nous nous interrogeons maintenant, comment devons nous nous considérer ; comme un couple infertile et réclamer une F.I.V malgré tout ou nous considérer comme un couple fertile et attendre la survenue spontanée d'une grossesse ?

Pour l'instant, on se remet de la souffrance. Rendez-vous est pris fin décembre chez le gynéco, là on saura ce qui s'est passé et on parlera avenir. Dans notre malheur, nous avons tout de même la joie d'accueillir deux petites nièces : Alice, née le.

Viviane


Avril 2004

Bonjour à tous,

Je viens de me rendre compte que ma précédent mise à jour n'était pas finie. Quand je vous ai écris la dernière fois, j'étais encore sous le choc de la perte de notre petite fille.

Ma fille est née le 20 novembre 2003, Alice la 3è fille de ma soeur le 25 novembre 2003 et le 18 décembre, Lou, la fille de mon beau-frère est née. Période mélée de souffrance et joie.

Cinq mois après, je commence à remonter la pente. Par chance, je n'ai pas connu beaucoup de deuils dans ma vie mais celui-là, je ne pensais jamais le vivre. Perdre son enfant est parait-il le pire deuil que l'on puisse connaître, je n'en sais rien mais ce que je sais c'est que tout deuil est terrible à vivre.

Fin décembre 2003, nous avons rencontré le gynécologue. Durant une heure, nous avons parlé du décès de notre bébé. Le gynécologue est un homme très humain, gentil, sensible et franc. Il nous a donc expliqué qu'un placenta trop épais et des vaisseaux sanguins bouchés au niveau du placenta avaient empêché la vie de notre enfant. Il s'est aperçu d'un problème dès le quatrième mois et savait que la grossesse allait mal finir. Il ne nous a rien dit et nous a laissé vivre un mois de plus de bonheur. Il a été surpris que le décès survienne aussi tôt et en général, avec ce type de problème, le décès survient tardivement dans la grossesse. Il nous a aussi expliqué que même si la grossesse était arrivée à son terme, l'enfant serait décédé. Le gynécologue a pris le temps de nous expliquer tout ça, de nous écouter l'un et l'autre. A un moment, il s'est tourné vers moi en me demandant ce que je pensais de ce qu'il venait de nous dire. J'étais liquéfiée sur ma chaise, je recevais comme une éponge toutes ses paroles sans trop pouvoir réagir. Je lui ai dis que je souffrais, que j'étais très triste.

Nous sommes repartis, on a beaucoup pleuré et dialogué Vincent et moi. J'ai repris le travail 3 semaines après le décès. Nous avons reçu beaucoup de témoignages de sympathie de votre part et nous vous en remercions, nous avons été très touchés de vos petits mots.
J'ai visité sur le Net des sites consacrés à la perte d'un enfant et pris des contacts avec une association, je souhaitais avoir les coordonnées de psychologues ou d'associations pour m'aider à me remettre. Des dialogues via e-mail avec des femmes qui ont connu le même drame que moi m'ont permis de trouver réconfort et soutien.

L'idée de consulter quelqu'un pour reprendre pied germait dans ma tête mais sans prise de contact réelle.

Fin février, je me suis fait une méchante entorse de la cheville et là, j'ai dû être arrêtée, j'ai touché le fond et me suis payée une grosse déprime. J'ai été arrêtée un mois. Si tout s'était bien passé, j'aurais dû accoucher fin mars et ces dates-là ont été étranges à vivre.

Mi-mars, l'association que j'avais précédemment contactée m'a envoyé un e-mail avec l'adresse d'un psychologue qui exerce dans ma ville. Je l'ai contacté et nous nous sommes rencontrés le 30 mars. Ironie du sort, ce psychologue travaille à la maternité où j'ai accouché. Il connaît donc très bien mon gynécologue et a l'habitude de suivre les couples en difficultés face à la maladie ou la mort de leur enfant. Je n'étais pas retournée là-bas depuis décembre dernier, cela m'a fait tout bizarre. L'entretien a été bénéfique pour moi, le contact s'est très bien enclenché entre lui et moi. Il m'a dit que si je le souhaitais, il pouvait m'accompagner dans cette épreuve. J'ai immédiatement accepté et je le revois mi-avril.

Je commence donc à me sentir mieux. Ma fille n'est plus là et elle s'est envolée aux pays des anges. On ne fait jamais le deuil de son enfant mais on apprend à vivre sans sa présence physique, car dans nos coeurs, sa présence est immense.

L'avenir : D'après le médecin, rien n'empêche une nouvelle grossesse et une issue heureuse. Je pense qu'à l'été, on profitera du soleil et des vacances pour remettre en route un bébé. Mais pour l'instant, je vis au jour le jour.

A bientôt,

Viviane


Juin 2004

Je pensais qu'a l'arrivee de l'ete, nous mettrions en route un bebe mais ce n'est pas le cas. J'ai repris tous les kilos perdus avant d'etre enceinte mais entre mon corps et mon esprit, il y a un grand decalage. Physiquement, je me sens incapable de reprendre le regime et je souffre de ce surpoids et moralement, je commence a "digerer" la perte de notre fille meme s'il y a encore des hauts et des bas.

Je souhaite a nouveau avoir un enfant, j'ai realise que l'amour maternel est elastique et qu'en aimant un nouvel enfant, je n'oublierai pas ma fille et surtout que je continuerai a l'aimer. Avec le psy, nous avons decide d'un commun accord de stopper les seances car il me faut franchir seule certaines etapes mais je sais tout de meme que si jamais je craque, il me recevra et m'ecoutera.

J'ai ecrit a la naissance de mon bebe dans un cahier l'histoire de sa petite vie. La, j'ai commence un livre sur mon histoire de femme infertile, de maman, ecrire a des vertus therapeutiques pour moi. C'est douloureux et je prends le temps d'ecrire.

Le plus dans mon histoire, c'est que j'ai mis aux oubliettes l'infertilite. Durant des annees, je me suis convaincue d'etre sterile et notre petite fille a fait de moi une femme fertile et une mere. Quant a l'avenir, j'ai confiance, je sais qu'a nouveau nous aurons un enfant meme si j'ai tres peur que cela se reproduise. Le temps attenue la peine pas l'angoisse mais je garde foi en la vie.

Viviane


Août 2009

Que le temps passe vite, trop vite... L'espoir d'être des parents biologiques s'amenuise, on garde la fenêtre ouverte tout de même. Décembre 2008, j'ai 40 ans, Vincent m'offre un week-end magique à Venise, chaque jour,je savoure le bonheur d'aimer cet homme et d'être aimée de lui.

Au fil du temps, on évoque le fait de ne pas porter d'enfant en soi, les règles sont de plus en plus douloureuses, chaque cycle devient un enfer. Plusieurs fois, nous devrons appeler le médecin de nuit, je le supllierais de me donner des cachets pour me délivrer de la douleur. Je suis prête à prendre de la morphine s'il le faut mais ne plus souffrir.... Puis, toute seule, je résouds mon problème, je reprends la pillule pour 6 mois, le comble pour un couple qui tente d'avoir un bébé depuis 1995. Je ne souffre plus, quel bonheur... Entre temps, Vincent accepte que l'on se tourne vers l'adoption, j'en ai besoin pour me libérer de ce bébé qui ne vient pas. On a commence les entretiens et en principe, on aura l'agrément en décembre. On ne sait pas trop si on veut un enfant français ou étranger, pour le moment on n'est pas d'accords mais on va avancer dans notre maturation de futurs parents adoptifs.

J'ai laissé la passerelle en stand by durant plusieurs mois, depuis 1997, je gère ce site seule et je ne cache pas que lire tous ces témoignages me renvoient à mon propre vécu. Je ne supportais plus de lire tous ces vécus, j'en suis arrivée à ne plus ressentir d'empathie pour celles et ceux qui témoignaient. Ce break m'a fait du bien et la procédure d'adoption me permet de me redonner de l'espoir. Je dois tout de même me protéger et j'ai donc décidé d'être moins présente, je ne ferais des mises que tous les 3 mois et je ne prendrais plus de nouveaux témoignages.

J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de tout cela par rapport au site. Maintenant, nous vivons au jour le jour. On vit étape par étape la procédure d'adoption, sans nous oublier au quotidien dans notre couple. Si nous sommes un jour parents, tant mieux, sinon tant pis. J'espère que la vie sera clémente avec moi et qu'elle ne laissera un vide béant dans mon coeur....

Viviane, webmestresse de La passerelle.
Leur écrire

A toi, ma petite fille,
Trop vite partie,
Au pays des anges,
Je vis de ton absence,
Et mon coeur est comblé de ta présence.
Viviane, novembre 2003

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.