La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Valérie - (France - février 2000)

Valérie, 27 ans/ région parisienne... en espérant soutenir un peu toutes celles qui luttent....

Presque deux ans. Décousus à vrai dire - essais interrompus par un nouvel emploi, opération chirurgicale, etc- mais deux ans quand même, en réunissant tous les mois où nous avons mis toutes les chances de notre côté pour avoir un enfant. Deux ans de patience et d'interrogations, de frustration et de combat.

Le fait d'avoir une maladie génétique (je suis l'heureuse lauréate !) présente " l'avantage " d'accélérer un peu les choses. En effet, cette maladie pourrait être une cause d'infertilité chez moi mais les statistiques ne permettent pas de l'affirmer catégoriquement. Donc, hormis la relative rapidité des événements… c'est le parcours classique : batterie d'examens, recherche du protocole le mieux adapté, traitement, attente, espoir, échec, déception.

Histoire d'être un peu parano, je me dis parfois : " comme si ta maladie ne te suffisait pas (avec son lot de contraintes quotidiennes), il faut en plus qu'elle t'empêche d'avoir le bonheur d'être mère, et pour couronner le tout, tu n'es même pas capable d'ovuler correctement ! ! ". L'impression qu'une mauvaise fée s'est penchée sur mon berceau il y a 27 ans m'effleure parfois mais j'oublie vite et je ne m'apitoie surtout pas…. Il serait proprement égoïste de considérer mon cas comme le plus désespéré du monde ! ! Non, finalement, cette rage me donne envie de me battre encore plus et même s'il faut se battre pour adopter un jour, je me battrai aussi fort. Mais je mentirais si je disais que dans les moments d'abattement, un grand sentiment d'injustice ne m'envahit pas.

Le jour où nous avons appris que la mobilité des spermatozoïdes de mon mari n'était pas excellente dans la durée, je ne dirais pas que ça nous a soulagés l'un comme l'autre mais pour être honnête, je me suis sentie déchargée d'une part de responsabilité et je crois que mon mari était aussi " content " de pouvoir partager réellement cette responsabilité. Le mot " responsabilité ", pour qui ne connaît pas le quotidien de l'infertilité, peut sembler incongru, déplacé…. Pourquoi y aurait-il un responsable ? Pourtant, je crois qu'on ne peut s'empêcher d'y penser, tout comme il est très difficile de faire le vide dans sa tête pendant les quinze jours qui suivent le " jour J ", qu'il s'agisse d'un rapport programmé, d'une insémination d'une FIV, etc…

Ce sont des sentiments légitimes je crois et pourtant on culpabilise de les avoir parce qu'on nous dit " à trop te prendre la tête, tu vas finir par faire un blocage " ! ! ! Le cercle vicieux que nous connaissons sûrement toutes et qui suscite tant d'agacement…

Bref, ce pourquoi je viens parler aujourd'hui, c'est pour renforcer quelques témoignages traitant du besoin d'un réel soutient psychologique de la part de tous les acteurs de la PMA. C'est un combat que nous ne devrions même pas avoir à mener car celui contre l'infertilité est déjà bien assez lourd. Je suis convaincue qu'avec un peu de bonne volonté, l'information pourrait mieux circuler et que nous pourrions avoir affaire à des personnes " humaines " à tous les stades de ce parcours.

Personnellement, je remercie le ciel (et mon amie qui m'a donné le tuyau !) d'avoir rencontré un spécialiste à qui je ne pourrais en aucun cas faire le reproche de ne pas être à l'écoute ou de ne pas être humain.

Quant à ceux que je veux dénoncer, ce sont plutôt certains labos et certaines infirmières.

Au tout début de mon traitement par injections, j'étais souffrante donc bloquée chez moi avec l'interdiction de sortir…. Eh bien une infirmière, que j'avais presque dû supplier pour qu'elle se déplace, m'a fait comprendre que je pourrais faire un petit effort et aller à son cabinet le lendemain….. En fait je la remercie car grâce à elle, j'ai appris à m'injecter seule le Purégon et je gagne beaucoup de temps depuis….

Ensuite, deuxième test de Hühner, j'arrive au labo qui est en face de mon travail, donc pratique pour moi, je me lève à l'aube car j'avais appris la veille à 22heures que c'était le " bon soir ". Bref, le médecin du labo me voit arriver fatiguée, au terme d'une quinzaine de jours d'injections et il me dit d'un ton sec " mais je ne peux pas vous le faire le test, il fallait me prévenir, il faut que je me prépare…. ". prévenir ? ? se préparer ? ? ? Mais qu'est-ce qu'il me racontait ?, je le regardais et n'entendais même plus ce qu'il me disait, j'ai cru que j'allais fondre en larmes devant autant de froideur et d'incompréhension…. pourtant l'enjeu était minime mais je ne tolérais pas d'avoir fourni tant d'efforts pour que ça se solde par ça. Résultat des courses, j'ai dû recommencer le lendemain dans un autre labo….

Dernière expérience redoutable, toujours au même labo (non que je sois masochiste mais je doive arriver à l'heure au travail…). Suite à la première tentative d'insémination artificielle, au bout de dix jours je panique car j'ai de fortes douleurs abdominales. Je pense immédiatement à une grossesse extra-utérine. Premier réflexe (vendredi soir à 20h, il n'y a plus personne pour vous renseigner), je fais un test de pharmacie : positif… mais je ne m'emballe pas car je pense qu'il s'agit de traces de gonadotrophines. Je refais deux tests : identiques. Le lundi matin à la première heure, je vais au labo pour un Bêta-Hcg et là, le même médecin me dit d'un ton peu compréhensif : " c'est beaucoup trop tôt. Bon, c'est pour vous rassurer mais c'est beaucoup trop tôt " … à vrai dire, je ne lui avais pas demandé son avis ! Deux jours plus tard, j'y retourne pour une confirmation (la 1ère prise de sang étant " un peu " positive) et il me re-sermonne de " je savais bien que c'était trop tôt… " Je serre les dents et attends patiemment le verdict à 14heures. J'y vais accompagnée d'une collègue et amie qui reste interloquée par l'attitude du monsieur qui m'annonce après avoir pris tout son temps " je le savais bien……-attente insoutenable-…y'a rien " ! ! ! ! ! ! ! No comment !

Inutile de vous dire que je suis vite partie, me sentant humiliée, gênée et tellement bête d'y avoir un peu cru…. Je me sentais comme une gamine qui fait son caprice et à qui l'on dit " bien fait pour toi, t'avais qu'à te tenir tranquille et pas embêter ton monde ! "

Et je ne cite pas les labos qui pratiquent un Hühner sans vous adresser la parole, ceux qui oublient de transmettre des résultats urgents à votre médecin, ceux qui imposent des consignes alors que le médecin ne les impose pas……. Tout un folklore dont on se passerait bien.

Maintenant, je fais un détour pour aller à un autre labo, même pour un banal dosage d'oestradiol, quitte à me lever plus tôt car j'ai enfin trouvé une personne humaine dans un labo qui connaît bien le problème, car sa fille vit le même et qui est réellement à l'écoute. De même, pour les injections intra-musculaires, c'est l'infirmière de mon entreprise qui me les fait et c'est un ange.

Conclusion : je sais que je ne suis qu'au début de ce combat, que je n'ai " que " 27 ans, et que la médecine progresse de jour en jour mais j'aimerais tant ne pas avoir vécu ces moments qui ne font que vous anéantir un peu plus et gaspillent votre énergie et votre courage qui sont vos seules armes… S'est-on déjà posé la question de l'impact de ce manque de soutien sur la réussite ou l'échec des tentatives de procréations médicalement assistées ?

Suite au prochain épisode……
Si vous avez besoin de parler, d'échanger, n'hésitez pas à m'écrire.

Valérie

PS : Avis aux femmes atteintes d'une maladie ciliaire (kartagener ou dyskinésie ciliaire), je sais qu'il y en a peu mais si vous en connaissez, je suis preneuse de tout témoignage, y compris " hors sujet " d'infertilité. Merci !


Décembre 2001

Bonjour,

Il y a environ 1 an et demi, deux ans de cela, j'étais venue témoigner sur votre site pour chercher de l'aide, du réconfort. Aujourd'hui, c'est moi qui souhaiterais en apporter aux autres car je sais combien c'est important.

Après deux inséminations, deux ponctions d'ovocytes et trois replacements d'embryons (parcours assez court, je le concède), ma petite Téa est née le 7 août dernier. Pourtant, le 19 novembre 2000, quand l'embryon qui devait devenir mon bébé a été replacé, rien ne me permettait d'espérer. Si ce n'est la "culture longue" (5 jours au lieu de 3) de l'embryon, je me retrouvais avec un seul embryon et, au dire du médecin, c'était un résultat inattendu et décevant. Mais... il suffit d'un seul petit embryon bien mûr et bien beau pour faire un beau bébé de 3 kilos 270 et c'est tout ce qui compte aujourd'hui.

Je vous souhaite à tous du courage et de la patience, il en faut, et sachez aussi prendre les décisions qui s'imposent (j'ai été arrêtée dès le début de ma grossesse, même si on culpabilise beaucoup, le jeu en vaut la chandelle). Et une dernière chose : je n'étais pas plus zen la fois où ça a marché que les fois d'avant, oubliez donc ceux qui vous disent que "c'est dans la tête" parce qu'eux vous donnent des blocages que vous n'aviez pas avant....

Valérie

Valérie est pour l'instant injoignable

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.