La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Tara - (France - mai 2003)

Bonjour à tous,

Je commencerai par vous dire que ce site est formidable et tout plein d'humanisme & de soutien... bravo et merci aux créateurs.

Je profite de l'opportunité que me donne ce site pour "vider mon sac", pour me soulager de la peine et du déchirement qui m'envahissent jour après jour...

Je suis Tara, j'ai 30 ans, mon ami a 40 ans et est papa d'un enfant que nous avons en garde alternée. Je vous situe mon couple... Nous nous aimons comme des fous, nous avons des projets plein la tête et nous croquons la vie à pleine dent. En bref, j'étais une femme épanouie jusqu'à il y a une semaine... bien dans ma peau, une vie amoureuse extraodinaire, une vie professionnelle formidable, et une famille en or !!!! Mais il me manque un enfant de lui, un enfant issu de notre amour, un enfant que nous souhaitons si fort...

Mon ami m'avait dit qu'il avait un problème de stérilité, et qu'il faudrait passer par l'ICSI... pas de problème ! je sais que ça marche, j'en ai la preuve vivante une semaine sur deux avec son enfant ! Moi, je suis en bonne santé, et suivie chez mon gynéco tous les ans : échos parfaites, ovulation tous les 14 jours, donc pas de problème en vue. Nous voilà donc partis pour l'ICSI, tout en joie et optimiste ; il m'a prévenue à maintes reprises qu'il fallait que je sois patiente ( ce n'est pas ma principale qualité...), mais je l'étais, je sais que l'iCSI fonctionne...

je ne vais pas m'étendre dans les détails que vous connaissez toutes... blocage des ovaires le 28 février, 14 jours plus tard, piqures tous les deux jours de Purégon 200 faites par mon chéri. Tout allait très bien, mon taux d'oestradiol s'emballait à chaque prise de sang, mais il n'y avait rien d'alarmant. Le médecin décide quand même de me baisser les doses de Purégon... 150, puis 100. Tout se passait bien, j'avais à peu près 25 follicules sur chaque ovaire, mais la ponction a été retardée de deux jours car mes follicules ne grossissaient plus car mes ovaires avaient triplé de volume. Mais je supportais bien le traitement, je me sentais un peu lourde, le ventre gonflé, mais c'était tout à fait supportable. C'était pour du bonheur à venir

Et ces 10 jours de prise de sang / échos / piqures de Purégon se sont faites dans la joie, voire l'euphorie... Nous étions aux anges ! Nous allions commencer notre bébé ! Nous sommes sortis tous les soirs, nous dormions 5 heures par nuit, et bien "profité de la vie" (peut être est-ce là notre erreur ?)

Le jour de la ponction arrive (le 2 avril), je suis partie au bloc avec un grand sourire, et j'avais hâte de me réveiller pour connaître le nombre d'ovocytes ponctionnés. Mon ami était un peu inquiet quant à son nombre de spermatos, mais nous étions confiants.

La ponction se passe à merveille, le nombre d'ovocytes ponctionnés étaient de 15 ! c'était une grande joie : Le médecin me dit : Rendez-vous vendredi pour le transfert d'embryon... je savais donc qu'il y avait assez de spermatos pour faire un bon nombre d'embryons.... le bonheur...

Le lendemain, mon ami appelle le labo pour connaître le nombre d'embryons : ZERO !!!! Il ne savait pas comment me le dire, comment me l'expliquer. Mais j'ai eu une réaction très "soft", je lui dit : pourquoi ??? Et là... j'entends de façon trouble... les ovocytes ne sont pas beaux, ils ne sont pas fécondables, on ne sait pas pourquoi, ça ne se soigne pas.... on peut "trier" les spermatos grâce à l'ICSI, mais on ne peut rien faire pour les ovocytes.... pour moi, c'était l'incompréhension la plus totale, le déchirement, la peine, je réalisais que je ne pourrai pas avoir d'enfant, que notre plus beau souhait s'évanouissait. Pourquoi moi ? Je ne pourrais jamais tenir notre enfant dans mes bras, je ne pourrai jamais sentir sa chaleur, je ne pourrai pas lui donner tout notre amour.

Je me reprends et souhaite avoir rapidement un entretien avec le médecin : chose faite quatre jours plus tard... je vous passe les 4 nuits blanches, les pleurs, le temps qui ne passe pas. L'explication du médecin : c'est TRES rare, 6 ovocytes ont été perdus car ils n'étaient pas "murs", 9 embryons étaient au stade de maturation 2, mais pas fécondables . Pourquoi ? lui dis-je :" ça peut être un dérèglement hormonal, un problème génétique...mais ça ne se soigne pas vraiment... Et le comble a été que mon chéri a eu un nombre exceptionnel de spermatos (15 millions) avec une mobilité de 50 % !.

En bref, il va changer mon protocole de stimulation fin mai, changer la façon de ponctionner, et on verra bien... je lui ai demandé quelle chance j'avais pour que le changement de stimulation fonctionne, il ne sait pas.

Alors depuis, je cherche désespérement sur Internet un cas similaire au mien, quelqu'un qui pourrait me dire "moi aussi j'ai eu le cas, il y a quelque chose à faire". Mais j'ai l'impression de devenir folle, j'ai l'impression d'avoir droit à une dernière chance... la dernière ponction.

Au fond de moi, j'y crois, je me dis que l'on ne peut pas m'enlever la joie d'avoir un enfant de l'homme que j'aime, et je ne veux pas en rester là, je veux savoir ce qui ne va pas en moi, il y a bien une explication ??? Ils ne peuvent pas me laisser en me disant, c'est peut-être dû à ça... ou bien ça... sans faire quoi que ce soit !

Je vous remercie de m'avoir lu, ça n'enlève pas le mal que je ressens, mais ça m'a fait du bien d'écrire.

Bonne chance à toutes, je vous donnerai des nouvelles en juin, j'en appelle à mon ange gardien pour qu'elles soient bonnes !

Tara.


Septembre 2003

Bonjour à tous,

Nous sommes début juillet et comme promis, je vous donne de mes nouvelles. Deux mois se sont écoulés, et je peux dire aujourd'hui "je peux faire un enfant". ça sera peut-être long, mais je peux fonder une famille avec l'amour de ma vie, et nous pouvons donner un frère ou une soeur au fils de mon ami.

Pour notre seconde ICSI, notre médecin a changé mon protocole de stimulation, et moi, de mon côté, je me suis débarrassée des "chats noirs" de mon passé. Notre seconde ponction a eu lieu le 23 juin, 13 ovocytes ont été ponctionnés, nous avons eu 9 embryons. Deux m'ont été transférés le 25 juin, et un congelé : je n'oublierai jamais la date du 25 juin 2003.
Comment exprimer mon bonheur ? Beaucoup de larmes de joie, encore, et encore... un amour encore plus fort entre mon ami et moi, beaucoup d'espoir, et une reconnaissance sans nom envers l'équipe médicale.

Aujourd'hui, j'ai mes deux "loulous" en moi (parfaits selon mon médecin), j'en appelle à mon Ange Gardien pour qu'ils s'accrochent, je leur parle (?)... tout ça peut paraître délirant, mais pour moi, ce sont les "embryons du miracle". Nous saurons le 9 juillet si nos deux embryons ont voulu "devenir nos enfants"... Nous ne sommes pas béatement optimistes, nous avons 25% de chance que nos embryons s'accrochent à moi... ça sera certainement long, mais ça va marcher.

Je vous redonnerai des nouvelles plus tard. Ce sera peut-être pour vous exprimer mon découragement, ma peine ou ma joie, je ne sais pas.

Mais une chose est sûre, une épreuve aussi difficile que celle-ci remet de l'ordre dans les priorités de notre vie, relativisent nos petits soucis quotidiens, monte en puissance l'amour que nous avons pour notre conjoint. Quant à la lourdeur du traitement, ce n'est rien, je suis prête à subir à nouveau des ponctions, des piqures, prises de sang et autres "tortures" pour FONDER UNE FAMILLE.

Je vous souhaite à tous et à toutes beaucoup de courage.

Tara


Avril 2007

Bonjour,

Quelle ne fut ma surprise en constatant que je ne vous avais pas annoncé la naissance de notre fille, Charlotte.

Je relate brièvement. Deux embryons m'avaient été implantés le 25 juin 2003 et j'ai appris que j'étais enceinte le 10 juillet 2003. Aujourd'hui, Charlotte a trois ans, elle est gentille, belle et souriante, et nous sommes fous d'elle.

Dès les un an de ma fille, j'ai voulu recommencer à faire un second enfant, son papa préférait attendre. Nous nous sommes mis d'accord pour début 2007 ; nous voilà donc repartis dans les Icsi, nous sommes même passés à l'IMSI. Tout contents, très sûrs de nous et très forts car nous avons à nos côtés notre fille.

Mais une fois de plus, c'est encore très dur pour nous car l'histoire se répète : après l'implantation tant attendu de notre dernier embryon congelé en décembre 2006 (qui n'a pas souhaité s'accrocher), j'ai refait mon traitement - je passe les détails ; échographie toutes les 48 heures, Purégon 150, Orgaltutran et autre et j'ai eu ma ponction hier. Grande joie : 18 ovocytes ponctionnés, 11 micro injectés, mais pas d'embryon encore cette fois ci.

Et encore une fois, je souffre au plus profond de moi, ça me fait mal (bien plus mal que le traitement) ; car il se passe précisément ce qu'il s'est passé pour notre fille, que je considère encore plus comme un miracle aujourd'hui. Il nous est très difficile d'avoir des embryons alors que nous avons la meilleure des techniques en ce qui concerne le "tri" des spermatos.

Alors je pleure beaucoup car mon désir de maternité est cette fois aussi forte que la première. Mon entourage me dit : "Tu as déjà ta fille, c'est un moindre mal", "T'inquiètes pas, ça marchera la prochaine fois". Mais toutes ses paroles ne me réconfortent pas du tout. Je suis faite pour être maman, c'est le plus beau rôle de ma vie : j'aime caliner, éduquer, jouer, rire, faire des purées, donner les bains, rien n'est jamais une corvée. Notre fille ne sait pas ce qu'est une baby sitter, elle est toujours avec nous. Je veux juste recommencer une dernière fois, encore une fois. J'en ai besoin et je souffre de ne pouvoir faire au moins un ou deux embryons. Cet enfant sera heureux, attendu et déjà tant aimé.

Je vous donnerai de mes nouvelles, qui, j'epère, seront bonnes.

Bon courage à toutes et à tous.

Tara


Leur écrire

Pour les termes médicaux, nous vous invitons à consulter le lexique.