La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Stéphanie - (Belgique - janvier 2001)

Bonjour à tous !

Je voudrais vous envoyer un message d'espoir.

Mon mari et moi sommes mariés depuis 93 (nous avions 25 ans), nous nous aimons, la vie est belle, quel bonheur d'être ensemble avec plein de projets. Dès notre mariage, arrêt de la pilule, dans l'espoir de devenir parents très vite !

Seulement voilà, dame nature en a décidé autrement, mes cycles étaient (et sont toujours ! - parfois un par an !!!) très longs et sans ovulation et nous avons commencé la galère des consultations médicales, avec d'abord prise de Clomid pendant quelques mois, qui n'a pas eu de résultat, puis pause de plus d'un an (un de nos proches était gravement malade, nous l'avons accompagné jusqu'au bout et après il a fallu du temps avant que nous nous sentions la force de recommencer à vivre la PMA).

En mai 96, nous consultons une gynéco spécialisée dans la PMA. spermogramme pour mon mari, excellent. Test post-coïtal (très romantique, vraiment !) et là, un autre obstacle apparaît : la glaire ne laisse passer aucun des spermatozoïdes de mon mari, ajoutée à cela l'anovulation, le monde s'écroule, avec beaucoup d'humour, la gynéco me dit que ça ne vaut pas la peine d'essayer avec un autre, comme si c'était la première chose à laquelle j'aurais pensé, je sors de là fragilisée, je me sens handicapée, je trouve ça si injuste, je vais aussi subir le test pour voir si mes trompes sont bouchées ou pas : l'horreur !

De septembre 96 à août 98, nous allons tenter 7 inséminations artificielles et 2 F.I.V avec leur lot d'injections hormonales, de prises de sang, d'échographies, d'inhumanité (on est des numéros, mon mari ne peut pas m'accompagner pendant les ponctions ni les examens), je vais très mal supporter les deux ponctions pour les FIV, car je suis "surstimulée" et mon hospitalisation durera plus que la moyenne (moi qui n'avais jamais été hospitalisée avant) et après tous ces échecs, je n'en peux plus physiquement, bien sûr, car toutes les injections et les ponctions laissent des traces et moralement bien sûr aussi, car faire face à tous ces échecs sans finir par se détester et trouver son corps insupportable n'est pas évident. Heureusement que notre couple est solide et que mon mari m'a toujours soutenue en me disant souvent que je n'étais pas responsable de mon infertilité. Ce qui est vrai ! J'en suis aujourd'hui convaincue.

Là, mon mari et moi décidons que nous avons fait tout ce que nous pouvons pour avoir notre enfant biologiquement et nous décidons d'adopter, nous sommes passés de l'état d'esprit "nous voulons notre enfant" à celui "nous voulons un enfant".

Et en mai 2000, nous serrons notre fils dans nos bras pour la première fois, il a quelques semaines, il est merveilleux, nous sommes vraiment comblés ; le parcours de l'adoptant n'est pas simple non plus et surtout pas rapide, mais au moins quand nous l'avons entrepris, nous avions la certitude que nous allions bientôt devenir parents.

Et notre rêve est devenu réalité !

Courage à tous, je vous souhaite de voir votre rêve se réaliser.

Stéphanie


Mai 2001

Bonjour!

J'ai un deuxième message d'espoir à transmettre ...

J'expliquais en janvier de cette année quel bonheur nous vivions depuis l'adoption de notre petit garçon. Nous avions comme projet de recommencer une deuxième démarche d'adoption dès le mois d'avril ...

Puis début février, des signaux m'ont petit à petit amenée à imaginer que peut-être ... j'étais enceinte: depuis 10 jours, j'avais nausées et vomissements - on a d'abord pensé à une gastrite!! - et surtout, depuis 3 semaines, mes seins étaient très tendus - d'habitude, cela annonçait mes règles et durait une dizaine de jours, donc là, je me disais que c'était anormal.
Quand j'ai demandé à mon mari de me ramener un test de grossesse de la pharmacie, il a eu du mal à ne pas refuser. Moi, je ne m'emballais pas, et ce n'était pas trop compliqué après tout ce que nous avions vécu.

Un dimanche matin mi-février, j'ai fait le test, il a tout de suite été très manifestement positif ... dès le lendemain, une prise de sang nous a confirmé la nouvelle, la grossesse avait déjà au moins 6 semaines!!! (mes dernières règles dataient de mars 2000, aussi était-il impossible de la dater avec précision sans une échographie). Quel bouleversement dans nos têtes et nos coeurs!!

Que dire? Que penser? Après toutes ces années, après un verdict médical qui nous avait semblé sans appel, avec des cycles annuels, un bébé a été conçu et s'est accroché ... miracle de la nature?

2 mois après, nous commençons vraiment à réaliser, à vivre pleinement l'arrivée de ce deuxième enfant. La grossesse se passe bien, la naissance est prévue pour fin septembre. Nous sommes comblés et vous souhaitons de tout coeur de l'être aussi ...

Stéphanie


Janvier 2002

Voilà, je prends le temps de mettre à jour mon témoignage pour encore et toujours vous apporter de l'espoir ...

Ma fille est née en septembre 2001, après 9 mois de grossesse idyllique ... quand nous avons découvert que j'étais enceinte, la gynéco m'a dit que si un bébé était venu s'installer là contre toute attente, il allait y rester et cette phrase m'a accompagnée pendant ces mois d'attente, balayant les angoisses et nourrissant ma sérénité.

Nous avons donc le bonheur d'avoir deux enfants, par deux chemins différents ... et nous nous sentons comblés!

Je vous souhaite à tous, mamans et papas en attente, de voir se réaliser votre voeu le plus cher. Courage, espoir ... deux maîtres mots dans votre quotidien ...

Et surtout, soyez ACTEURS de votre cheminement vers votre enfant! Ne vous laissez pas "surmédicaliser", renseignez-vous bien sur ce qui vous arrive et ... pensez aussi à l'aventure de l'adoption, il y a tellement d'enfants qui attendent une famille!

Stéphanie


Octobre 2003

Mon mari et moi avons deux enfants: un fils, adopté à l'âge de 10 semaines en mai 2000, et une fille, conçue naturellement contre toute attente, née en septembre 2001.

Depuis, je n'ai repris aucune contraception. Mes cycles sont restés très irréguliers jusqu'à il y a peu, il faut dire que j'ai allaité ma fille 18 mois, ce qui peut l'expliquer en partie. Depuis mai, mes cycles durent plus ou moins 32 jours, ce qui ne m'était plus arrivé depuis ... 10 ans!!! Je ne sais pas à quoi l'attribuer: le boulversement hormonal que mon corps a connu grâce à la grossesse, ou les 17 kilos que j'ai déjà perdus depuis fin mars ...!? La gynéco qui nous suivait en PMA m'avait déjà dit à l''époque que mon BMI (body mass index) était "limite", je pesais 81 kilos pour 1m70. Cela pouvait nuire à l'ovulation. Or, soit j'ovulais très tardivement, soit je n'ovulais pas. A vrai dire, c'était bien mystérieux. Tout ce que je savais, c'était que mes cycles étaient très longs, et qu'en 3 ans, aucun petit début de grossesse ... Et dire que maintenant, je ressens même physiquement le moment de l'ovulation!!!!

Cela me semble à nouveau un espoir à partager sur votre site. La nature a ses caprices, mais le fait de perdre beaucoup de poids - si il y a excès, bien sûr!! - peut aider à améliorer les cycles.

Côté "résistance" de la glaire vis-à-vis des spermatozoïdes de mon homme, je sais juste que ça a a marché une fois, ma fille en est la preuve vivante!! Alors, pourquoi pas une fois encore??

Je rêve que la nature nous gâte à nouveau, je rêve d'un troisième enfant. Le centre PMA où nous avons fait nos multiples essais nous demande maintenant avec insistance ce que nous voulons "faire" des 2 embryons congelés qui attendent leur "sort" ... je ne me vois vraiment pas repasser par les affres de la stimulation, même si je sais qu'elle est moins forte en cas de TEC. Je ne me vois pas revivre les 15 jours d'attente du verdict. Je ne souhaite pas prendre le risque d'une grossesse géméllaire. Je refuse le don d'embryons, anonyme. C'est, me semble-t-il, condamner ces enfants potentiels à ne pas avoir accès à leurs origines. Ce qui n'est pas un cadeau.

De même, nous ne nous sentons pas le courage de recommencer une procédure d'adoption.

Mais n'est-ce pas le discours égoïste d'une femme déjà bien gâtée par la vie? Peut-être ...

Je suis très consciente que tant de femmes, de couples, traversent une détresse sans nom, parce qu'ils ne peuvent accueillir l'enfant tant désiré. Je suis passée par là. Mais pour moi, cette souffrance là est derrière, je le reconnais.

Bien sûr, si nous ne parvenons pas à mettre en route le bébé numéro 3 ... je passerai à nouveau par des moments difficiles. Mais ce ne sera pas comparable à ce qu'endure un couple qui vit la PMA sans succès.

Je vous tiens au courant, quoi qu'il arrive. Et vous lis régulièrement, avec beaucoup d'empathie et d'admiration.

Et j'aimerais terminer en vous écrivant à toutes et tous, qui vivez au quotidien le parcours de l'infertilité, de garder espoir, mais aussi de vous protéger, en ne vous investissant pas corps et âme dans ce combat. La vie est belle, même si votre enfant se fait attendre. Lâchez de temps en temps toutes ces tensions, vivez pour vous et votre couple, ressourcez-vous. Vous en repartirez plus confiants pour continuer votre parcours.

Bien à vous tous!

Stéphanie


Mars 2005

Il y a plus d’un an que j’ai écrit pour la dernière fois. Mes enfants grandissent, et leur présence dans ma vie m’émerveille.

Si je reviens vers vous aujourd’hui, c’est pour vous partager une tranche de vie, difficile, qui incite à la réflexion … En effet, en novembre 2003, les médecins ont diagnostiqué chez moi un cancer des tissus mous (précisément un dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand) qui a nécéssité la résection des tissus malades. Heureusement pour moi, ce cancer n’est pas métastatique et la résection ­ en deux étapes ­ est le seul traitement. Je suis suivie de près ­ tous les trois mois pendant deux ans ­ et jusqu’à présent, tout va bien.

Pourquoi je vous parle de cela ? Parce que je suis intimement convaincue que ces cellules cancéreuses sont arrivées parce que mon corps a été complètement déséquilibré par les traitements hormonaux, subis pendant mes 4 années de procréation médicalement assistée. Bien entendu, rien de scientifiquement prouvé dans cette intuition. Mais le parcours du combattant qu’est la fécondation in vitro laisse des traces, parfois indélébiles. Nos corps sont investis, manipulés, malmenés, et nous le supportons avec l’espoir que cela nous mènera vers la maternité tant espérée.

Aujourd’hui je suis en colère. Contre moi-même : comment ai-je pu supporter cela, pendant si longtemps ? Contre les médecins : pourquoi n’ont-ils pas été clairs sur les effets secondaires, qui pouvaient être très invalidants ? pourquoi ont-ils prescrit une deuxième fois un protocole qui avait causé une surstimulation hormonale, m’en faisant vivre une deuxième ? la procréation médicalement assistée, n’est-ce qu’un business, sans humanité, sans réflexion sur le long terme ?

Si vous n’avez pas lu le livre de Brigitte Fanny Cohen « Un bébé mais pas à tout prix », je vous conseille de le faire. Elle distille dans ce livre de l’espoir, doublé d’une fameuse mise en garde par rapport aux traitements, parfois complètement abusifs.

Mon expérience me pousse à vous faire passer un message qui me semble important : la nature a parfois besoin d’un coup de pouce médical, mais souvent la patience, la sérénité, l’amour de la vie suffisent à donner la vie.

Protégez-vous, mesdames, car si devenir mère est une raison de vivre, accepter de lui sacrifier des années de vie, mettre sa santé en péril, non !

Vivez ! N’acceptez pas tout sans vous informer, poser des questions, ne vous laissez pas aveugler par votre désir d’enfant.

Courage à vous toutes, à tous.

Un jour, vous serez parents, soyez-en convaincus !

Bien à vous,

Stéphanie


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.