La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Rachel & Christophe - (France - Juillet 2004)

Bonjour à toutes et à tous,

Notre couple a beaucoup bénéficié de ce site, de tous ces témoignages décrivant des expériences difficiles, partageant des souffrances communes et en même temps spécifiques à chaque parcours de vie. C'est pourquoi je souhaite à mon tour témoigner, peut-être aider ou soulager en rapportant notre histoire. Mon mari et moi nous sommes rencontrés en Juillet 1997, puis fiancés un an plus tard, enfin le mariage en Mai 2001. J'avais alors 26 ans et mon mari 32 ans. Des enfants étaient clairement inscrits dans notre projet de vie, et on a décidé de s'y atteler dès le mariage.
Naturellement, j'ai peu confiance en moi, et très vite, je me suis dis que quelque chose ne devait pas tourner rond chez moi. J'ai des cycles longs et irréguliers, et cela me semblait un coup de poker de tomber " au bon moment ".

Novembre 2001
Après 6 mois, je décide de partager mon inquiétude avec mon médecin généraliste. Il me répond : " Vous ne vous attendez pas à un bébé pour Noël !! ". Premier coup de massue, comme si vouloir un enfant était un caprice de ma part. Pas la peine de vous dire que cela ne m'a apporté aucune réponse et que je ne suis pas retournée le voir. Je commence néanmoins les fameuses courbes de températures que j'abandonne vite … Je me dis qu'il faut laisser faire le temps.

Septembre 2002
Après plus d'un an d'essais infructueux, de tests de grossesse tous plus négatifs les uns que les autres, je retourne voir ma gynécologue pour la visite annuelle. Elle m'écoute et devant mon inquiétude nous prescrit des examens : une échographie pelvienne en période pré-ovulatoire, un spermogramme pour mon mari et à nouveau les courbes de température que je prends plus au sérieux. Je me demande comment je vais réaliser le 1er examen : repérer la pré-ovulation (j'investis dans des tests pour repérer le pic de LH), puis obtenir un RDV pour l'écho en 1 jour…. Mon mari réalise le spermogramme rapidement.

Octobre 2002
On reçoit les résultats du spermogramme (je n'ai pas fait mon examen, car impossible de repérer l'ovulation). Nous ne savons pas lire les résultats, mais je dis que 85% d'atypique ne doit pas être normal. La gynécologue me laisse un message sur le répondeur et je la rappelle. Là, j'ai un mauvais pressentiment. Le spermogramme est mauvais, il faut en faire un deuxième pour confirmer ou infirmer les résultats. Elle ne donne pas plus d'explication.

Novembre 2002
Deuxième spermogramme. Mon intuition me dit qu'il sera aussi mauvais, ce qui est le cas. La gynécologue ne s'inquiète pas et me dit qu'il faudra nous donner un petit coup de pouce, c'est-à-dire réaliser des inséminations artificielles. Premier choc et premières larmes dans le cabinet : je commence à réaliser qu'il est possible que cela ne marche pas naturellement. Et premier " réconfort " du corps médical par ma gynécologue : " Vous pourrez pleurer quand votre 10ème essai n'aura pas fonctionné "… Je crois que cette phrase a sa place dans le panthéon de l'incompréhension. D'après elle, l'insémination est très facile et marche très bien. D'ailleurs elle le faisait dans son cabinet, et a arrêté lorsque les démarches administratives sont devenues trop lourdes.
Elle nous conseille donc de voir un urologue et d'entamer les démarches pour l'insémination. Je me fais à l'idée de l'insémination, puis essaie de ne plus trop y penser jusqu'au rendez-vous. Je continue à espérer que " ça " va arriver tout seul.

14 Février 2003 (est- ce que cette date va nous porter chance ?)
Nous rencontrons l'urologue. En quelques secondes, il regarde les résultats des spermogrammes. Ensuite il examine mon mari et l'interroge pour voir s'il peut trouver une explication, sans succès. Enfin, il commence à nous expliquer qu'il faut faire une FIV, sans doute une ICSI, en d'autres termes " utiliser la grosse bertha " (mots exacts), sinon naturellement on a peut-être une chance en 5 ou 10 ans. Il ne s'arrête pas pour expliquer, pour nous donner une chance de parler. Il a l'air embêté de nous annoncer le diagnostic. Pendant ce temps-là, tout s'écroule dans ma tête : pas d'inséminations, j'y croyais si fort (cela ne servirait pas, sperme trop mauvais), une FIV ?? : je revois toutes les émissions que j'ai vu à la télé, la souffrance, mais c'est quoi une ICSI ??. Je me concentre de toutes mes forces pour ne pas pleurer, pas là, pas devant ce médecin. Au vu de mon état, l'urologue me dit : " C'est difficile de réaliser que vous n'aurez pas d'enfant naturellement ? ". Et j'ai envie de lui crier, comme aux autres médecin, que ce n'est pas ça (FIV ou autres, peu importe), ce qui est intolérable c'est l'idée que nous n'aurons peut-être jamais d'enfants……. Mon mari garde la tête froide et nous prenons tout de suite RDV avec la gynécologue : l'engrenage de la FIV a commencé. Le rendez-vous est 3 mois plus tard…. Dans la voiture, je pleure comme une madeleine. J'ai réalisé tant de choses en si peu de minutes. Je ne suis que ruines.
Au travail, je suis dans un bulle. Dés que je reprends le volant pour rentrer à la maison, je pleure à nouveau toutes les larmes de mon corps. Le soir, mon mari me donne une des plus belles preuves d'amour " Si tu veux on n'est pas obligé de le faire. La FIV, c'est toi qui va subir tous les examens. Je ne veux pas te faire souffrir. Je peux vivre avec toi sans enfant " J'étais bouleversée. Si la situation avait été dans le sens inverse, je n'aurais jamais pu abandonner mon envie d'enfant…Je crois que dés ce soir-là, j'ai évoqué l'adoption.
Ce n'est que plus tard, en surfant sur Internet que je comprends l'ampleur du problème. Mon mari souffre d'une Oligo-asthéno-téra-spermie assez sévère :
- entre 6 et 15 millons spermatozoides / ml
- 85 % d'atypique
- mobilité réduite

Février 2003
La chance nous sourit. Nous bénéficions d'un désistement et obtenons un rendez-vous dans la semaine et gagnons ainsi 3 mois. C'est si peu, et en même temps énorme dans ces circonstances. C'est une gynécologue réputée qui est efficace, même si elle n'a pas le temps de dialoguer énormément. Notre cas est assez simple car la cause (infertilité masculine) est à priori évidente. Nous entamons donc les démarches, examens : encore des spermogrammes, tests de survie, Hystéroscopie (douloureuse pour moi, mais le médecin est adorable et est désolée de m'avoir fait pleurer - moi qui ne me croyait pas douillette !- enfin tout est normal), immunologie, et enfin le caryotype pour mon mari. Ce dernier examen prend presque 2 mois, et c'est avec un grand soulagement que nous apprenons que le résultat est normal. Au moins, l'anomalie de sperme n'est pas liée à une anomalie de chromosomes.
Je me lance dans la documentation à fond : internet, livres, forum (je découvre ce site). Je connais tout sur la FIV - ICSI. Cette méthode n'a que 10 ans, le recul n'est donc pas très grand. Nous décidons qu'au pire, si jamais on a un petit garçon, il aura le même problème que son père. Nous nous sentons prés à lui expliquer. En parallèle, nous commençons un dossier pour obtenir l'agrément en vue d'adoption. Dans notre département, il n'y a que 2 ou 3 réunions d'informations par an ! Nous nous inscrivons à celle d'Octobre 2003. Cette démarche nous est apparue naturellement : nous voulons donner de l'amour à un enfant - même si c'est dur à accepter, il n'a pas besoin de posséder nos chromosomes. Le plus difficile pour moi, est sans doute de me dire que je ne connaîtrais jamais l'expérience d'une grossesse et d'un accouchement. Ce travail en vue de l'adoption me permet aussi de focaliser mon énergie sur autre chose : c'est très sain.
L'hôpital qui nous suit organise aussi des réunions d'informations pour les couples qui cherchent à avoir des enfants : la responsable du département gynécologie et la responsable du laboratoire sont présentes pour répondre à toutes nos questions. J'apprécie. Ils souhaitent aussi nous faire prendre conscience de la lourdeur des traitements et qu'en fin de compte, dans le meilleur des cas, il n'y a que 15 à 20% de chances d'obtenir une grossesse.

Mai 2003
Deuxième rendez-vous avec la gynécologue : tous les examens sont réalisés et OK, les démarches administratives terminées. On peut commencer ! Après avoir attendue tant de mois, je suis presque prise au dépourvue. L'urologue en Février nous avait bien précisé qu'il ne fallait pas espérer un essai avant Décembre ! J'attends avec impatience mes règles pour commencer le traitement.
Le traitement se décompose comme suit :
- Décapeptyl à 0.1 mg en sous-cutané
- Ovitrelle pour déclencher l'ovulation
- Au 10ième jour, PUREGON.
Il faut appeler les infirmières tous les jours pour connaîtres les résultats, aller faire des prises de sang le matin + échographie. L'hôpital est à 10mn de mon travail - c'est une grande chance : stress réduit, et mes horaires de travail sont à peine perturbés. Le premier jour du traitement, c'est un peu la panique, car nous n'avons pas de seringues. Je cours à la pharmacie de garde à 10H du soir. Mon mari me fait la piqûre, mais je ne suis pas à l'aise. Au bout du 3ième jour, nous appelons à l'aide ma belle-mère qui a été infirmière. C'est l'occasion d'informer mes beau-parents. Ils sont très compréhensifs - dès que j'évoque ce sujet, je fonds en larme. Finalement, une infirmière m'apprend à me faire les piqûres. C'est mieux : je préfère me faire mal moi-même et cela me donne une totale liberté. J'ai choisi l'option du stylo PUREGON. Ainsi, je peux me faire mon propre traitement sans dépendre d'une aide médicale.

Je supporte bien le traitement - à part des douleurs aux ovaires. En effet, je réponds très bien et il y a énormément de follicules. La ponction est prévue le lundi ou mardi, et le Dimanche, l'infirmière m'apprend que l'on doit arrêter, car il y a risque d'emballement des ovaires. Je suis désemparée, incapable de poursuivre la conversation au téléphone. Je ne m'y attendais pas, et je me dis encore des mois à attendre. Mon mari rappelle l'infirmière qui lui donne les indications : il faut faire une piqûre de Décapeptyl retard en intra musculaire, et on peut reprendre le traitement dans 20 jours. Je reprends un peu espoir.
Le parcours du Dimanche est donc :
- visite à l'hôpital pour récupérer l'ordonnance
- commander le produit dans une pharmacie de garde
- cinéma pour se détendre - j'en ai grandement besoin
- visite aux urgences de l'hôpital pour faire l'intramusculaire.

Juin / Juillet 2003
Deuxième tentative. Avec le Décapeptyl retard, je n'ai plus besoin de faire la sous-cutanée. C'est mieux ainsi, car inévitablement, je me faisais mal et j'avais des petits bleus. Le Purégon se passe bien, et cette fois-çi la ponction a bien lieu. La veille, je me fais la piqûre d'Ovitrelle qui conditionne l'ovulation. Soudainement, mon mari me demande ce qui se passe si je la rate !?!? Eh bien, à part ce support inattendu, je réponds que je ne dois pas la rater. C'est tout. Le mercredi, en route pour l'hôpital et la ponction réalisée sous anesthésie générale. L'opération se passe bien malgré un réveil de l'anesthésie pénible. Tout de suite, je veux savoir combien d'ovocytes ont été ponctionnés. Il y en a 30 ! Je n'ai pas mal. Ce qui n'est pas le cas de ma voisine de chambre qui se tord de douleur dans son lit. Il semble que l'aiguille ait piquée son ovaire qui par conséquent saigne. Je réalise alors que toute intervention a ses propres risques et que j'aurais pu me trouver à sa place. Je ne veux pas prendre de jours de congés et je retourne travailler le Jeudi et Vendredi. Du coup, je suis terrassée le week-end et dors quasiment 1,5 jour d'affilé. J'essaie de ne pas penser trop à tout ce qui se passe et à l'enjeu. Le jeudi, on m'annonce que le replacement aura lieu le vendredi. Il y a deux embryons re-plaçables. Nous n'en savons pas plus, les biologistes ne veulent pas s'avancer. Ce n'est qu'une semaine plus tard que je sais que 6 ont pu être congelés dont 2 ont été obtenus par FIV normales et 4 par FIV ICSI. Nous sommes soulagés, si ça ne marche pas, on n'a pas à recommencer de ponctions, en tous cas pas tout de suite.

S'ensuivent 2 semaines d'attente. Quelques jours avant la prise de sang, je ressens de très vives douleurs dans le ventre qui finissent pas s'estomper. Je me dis qu'il est impossible qu'un embryon s'accroche dans de telles douleurs. Je me prépare au pire à chaque visite aux toilettes. J'espère que les règles n'arrivent pas avant le résultat de la prise de sang. Question que l'espoir tienne jusqu'au bout. Je fais la prise de sang le matin. Je n'ose pas appeler le laboratoire en début d'après-midi. Mon mari m'appelle et m'encourage à les appeler. Finalement à 14h30, j'appelle. Une pause, puis une voix m'annonce que le taux est à 103 Unités !!!!!!! C'est positif. Bizarrement, je ne ressens rien. Un grand vide se fait dans ma tête : 103…..je n'y crois pas. J'appelle mon mari - je ne veux pas m'emballer - il faut la confirmation d'une seconde prise de sang. Mais au fond de moi, je commence à sentir ce bout de vie qui commence. A posteriori, c'est le plus beau jour de ma vie (après le mariage). Pour la petite histoire, la veille de la prise de sang, nous avions bouclé le dossier pour la demande d'agrément avec la réception de nos casiers judiciaires… vierges. Cette démarche est maintenant arrêtée.

Voilà. Ensuite, c'est l'histoire d'une grossesse normale avec le stress des 12 premières semaines, puis un épanouissement total. Eléonore est née par césarienne, sous anesthésie générale. Décidément, du début à la fin, je n'y aurais pas échappé.

Mon mari s'est prêté aux examens en prenant les choses du bon côté. Il n'a pas confondu problèmes de sperme et virilité. Dans l'intimité, on a fini par rire de la non vaillance de ses petits spermatozoïdes. L'humour est une chose indispensable pour traverser ces épreuves. Malgré les maladresses de ma gynécologue, elle a tout de suite prescrit un examen pour mon mari. Ceci nous a permis de ne pas perdre de temps en entreprenant les démarches de FIV tout de suite. Enfin, il est important de s'adresser à des spécialistes de la reproduction humaine. La gynécologue n'avait visiblement pas su interpréter correctement la gravité du résultat du spermogramme.

Pour moi, plusieurs choses ont été très importantes afin de ne pas être broyée par ces rouages :
- conserver le contrôle de la situation autant que possible : par ex, se faire les piqûres, s'informer,…
- Se renseigner, lire des livres et connaître, autant que possible, le détails des examens que nous subissions.
- Choisir les personnes à qui on se confie. Nous avons rencontré un couple dont le mari souffre d'azoospermie, ce qui m'a permit de relativiser notre situation. D'un autre côté, une amie a trouvé très lourd de connaître nos problèmes sans pouvoir en parler autour d'elle.
- Prendre du recul,…. Je sais que c'est terriblement difficile, mais essayer.

Nous souhaitons remercier les auteurs de ce site pour leur courage et leur implication à faire vivre ce site, malgré leur histoire personnelle. Merci.

Je suis disponible pour échanger avec d'autres femmes/couples, ou de partager mon expérience. Je sais qu'il est très difficile d'en parler avec des proches ou amis.

Rachel & Christophe.


Avril 2007

Bonjour à toutes et à tous,

Lors de notre première confrontation au problème de stérilité, j'ai découvert ce site. Je me suis plongée dans tous ces témoignages et j'y ai puisé de l'énergie. Je voulais alors mettre à jour notre histoire qui a débuté en Mai 2001 (Mariage et essais de bébés), puis diagnostic en Octobre 2002 (spermogramme désastreux), enfin tentatives de FIV-ICSI en 2003 et l'aboutissement avec la naissance de notre petite fille en Mars 2004.

Après la première ponction d'ovocytes (30 ! - record du jour à l'hôpital), nous avions eu 8 ovocytes fécondés de bonne qualité : 2 embryons replacés qui ont donné la première grossesse, et 6 embryons congelés. Nous étions donc dans la meilleure configuration possible pour penser à des frères/sœurs pour Eléonore.

Septembre 2004
Connaissant les temps d'attente, nous demandons un rendez-vous avec l'hôpital pour un deuxième essai bébé. Nous sommes heureux avec notre bébé de 6 mois. Pourquoi pas un autre ?

Décembre 2004
Le rendez-vous avec la gynécologue se passe normalement - c'est-à-dire 10 minutes chrono le temps de remplir et de signer les papiers. Ce deuxième essai sera un remplacement d'embryons congelés. C'est une procédure bien sûr beaucoup plus légère que la stimulation et ponction.

Janvier 2005
Les examens pour moi révèlent la présence d'un streptocoque B - à soigner avec antibiotique avant toute tentative de replacement.

Avril 2005
Premier replacement : 2 embryons congelés. Bizarrement, dés le début, je n'y crois pas. Finalement, je me dis que c'est un peu tôt. Dans les jours qui suivent le remplacement, je ne " sens " rien de particulier. Et en effet, la prise de sang est négative (souvenir de l'appel téléphonique au labo pénible). J'avais beau m'y attendre, je suis chamboulée. Cet échec reste intérieur, car nous avons déjà une petite fille et nous avons de la chance. Pourtant, pendant plusieurs mois j'accuse le coup et vois les choses en noir. Deux embryons de perdus, c'est ça sans doute le plus dur. Et si finalement, il fallait recommencer une ponction, car tous les replacements ne marcheront pas ?? Bref, je passe à l'étape suivante. Il faut attendre un nouveau cycle qui met de nombreux mois à venir. Toutes ces prises d'hormones perturbent mon rythme biologique et je me demande pourquoi on ne fait pas un replacement sur un cycle naturel. Je trouve particulier de prendre des hormones pour simuler une ménopause, puis des hormones pour simuler le cycle. Enfin, ce n'est pas le genre de questions que j'ose poser.

Décembre 2005
Le deuxième replacement est prévu : notre dernière ou avant-dernière chance. Les échographies et les prises de sangs sont moins nombreuses, pourtant ce n'est pas plus facile de s'isoler pour passer les coups de téléphone au laboratoire. Enfin, le replacement a lieu début Décembre. J'ai peur que la décongélation ne se passe pas bien, mais nous n'avons aucun coup de fil du laboratoire. Nous sommes plus détendus que pour Eléonore, car nous savons comment ça se passe (même lieux, même personnel médical), et surtout on a déjà le soleil de nos jours que nous venons de déposer chez la nourrice. Après 1h d'attente, le médecin arrive pour le replacement et nous informe machinalement qu'elle va replacer 3 embryons !!! Quoi 3 ?, mais, on n'avait prévu que 2 ! Nous arrivons à comprendre que sur les 4 embryons restants, 1 embryon s'est mal décongelé et du coup, au vu de l'échec du résultat précédent, ils ont décidés de replacer les 3 restants (sans nous consulter). Bon, j'oscille entre l'effroi d'avoir des triplés, la déception d'un autre échec et la satisfaction d'avoir peut-être plus de chance de marquer l'essai cette fois-ci. Malgré tout, j'aurais préféré qu'on en remette que 2.

20 décembre 2005
Ca y est. Je viens de faire la prise de sang, et cela fait 15 jours que j'écoute mon corps et m'observe sous toutes les coutures. Contrairement à la dernière tentative, je " sens " quelque chose : des tiraillement dans le ventre (dès le 2ième jour après le replacement - je me suis dit que c'était psychologique) et une certaine fatigue. Professionnellement, je dois me déplacer à l'étranger : j'arrive à combiner le voyage entre 2 piqûres et je n'oublie pas mes comprimés. J'ai demandé à mon mari d'appeler le laboratoire, car je ne me vois pas faire face à la réponse impersonnel de la laborantine. A midi, je participe au pot de Noël sur mon lieu de travail. J'ai bien sûr la tête complètement ailleurs. De retour à mon poste, un mail de mon mari m'attend. Je l'ouvre frénétiquement et découvre que le taux de BHCG est de…… 220 !!!! C'est positif. J'ai très chaud, puis froid, puis mon esprit se vide. Voilà, c'est fait, je suis à nouveau enceinte. Les autres prises de sang tous les 2 jours puis toutes les semaines pendant 3 mois confirment le taux de BHCG (fréquence qui me permet de connaître tout le personnel du laboratoire). Je suis sûre qu'ils sont plusieurs au chaud. Ma joie est tempérée par l'attente de l'écho :1, 2 ou 3 ??

Janvier 2006
Je me rends seule à l'échographie. Le médecin pose la sonde et me dit " Ah ". Aie, " Ah " quoi ? Que se passe-t'il ? Il y a un problème ? Il reprend : " Il y a deux poches " Ouf, je suis soulagée, et en même temps, deux. C'est un peu destabilisant, même si au fond de moi, je le savais. Mes 8,5 mois de grossesse, très surveillés, se sont très bien passés. Pour une grossesse gémellaire, je n'ai eu aucun problème (ce sont des jumeaux dizygotes, donc à priori grossesse moins compliquée). Nous attendons une fille et un garçon, ce qui me rassure sur les relations entre jumeaux qui seront peut-être moins fusionnelles.

18 août 2006
Naissance d'Héloïse et Gabriel.
J'ai accouché par césarienne programmée à 38.5 SA de deux beaux petits bébés. Ils sont en pleine forme. Je les allaite et c'est une force pour affronter la vie avec 2 nourrissons. Les choses ne sont pas faciles tous les jours avec notre aînée mais trois paires d'yeux qui nous regardent avec émerveillement et les éclats de rires effacent les moments difficiles (mais pas toujours la fatigue qui s'accumule J )

Nous voilà maintenant passé du statut de couple stérile à celui de parents de famille nombreuse. Nous sommes comblés et notre parcours FIV est terminé, il n'y aura pas de numéro 4 à moins qu'un miracle de la nature se produise. Cependant nous n'oublions pas les difficultés de notre parcours et nous souhaitons apporter notre soutien à tous ceux qui sont toujours confrontés à cette terrible injustice.

Gardez espoir.

Rachel et Christophe.


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.