La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Pierre & Sylvie - (France - mai 2002)

Bonjour à tous !

La lecture des différents témoignages de ce site réconforte, on n'est pas seuls. Dans notre entourage, on a souvent l'impression d'être un cas. Ici, au contraire, on apprend à dédramatiser, à reprendre courage. Bien d'autres couples sont passés par là et ont su aller jusqu'au bout, en dépit de tous ces moments difficiles.

Pierre et moi (Sylvie) sommes ensemble depuis maintenant 12 ans . Nous étions jeunes, et on a décidé de faire passer la vie professionnelle en premier plan, histoire de ne pas accueillir nos hypothétiques enfants dans de mauvaises conditions. Erreur ? Je ne crois pas, notre choix était réfléchi, on voulait voyager, se connaître... au bout de huit ans de vie commune, il y a donc 5 ans, (j'avais 24 ans et mon mari 27) le désir d'enfanter devient de plus en plus fort. Mais rien ne vient, la gynéco nous exhorte à ne pas nous affoler, au bout de 2 ans, je m'impatiente et tout le monde (médecins y compris) de dire, c'est psychologique, des amies de bon conseil me suggère même la psychanalyse. Après tout, perdue, je me dis : " Pourquoi pas ? ". Les copines enceintes affluent, certaines gênées et sensibles, d'autres euphoriques et exhibi, l'une par exemple, invitant mon mari à toucher son ventre, histoire de lui faire sentir ce qu'il n'a pas. Dans ces moments-là, on se sent bonne à rien, une enveloppe vide et inutile.

Un brin de révolte dans l'air, une immense solitude. La recherche des causes de notre problème fut longue, souvent dénuée de romantisme (compatibilité croisée : sommes-nous faits l'un pour l'autre ?), mais finalement bénéfique. Après une multitude d'examens, une hystérosalpingographie normale et une coelioscopie permettant de diagnostiquer des trompes bouchées irrémédiablement par un Chlamydaye, on entame une insémination (histoire d'exploiter cette contradiction toujours inexpliquée, 2 mois seulement ont séparé les deux examens !), puis un cycle de FIV.

En septembre dernier, 1ère FIV, limite hyper stimulation, des ovaires énormes, plus de 10 cm, 30 follicules ponctionnés pour seulement 4 embryons au final, dont aucun n'a survécu. Après cette 1ère ponction, j'ai marché recroquevillée pendant 1 semaine, des contractions. Echec. Ce n'est pas grave, on repart.
Pour la seconde FIV, le traitement a été modifié, beaucoup moins de décapeptyl (1 injection au cycle précédent), du purégon 75, deux par jour en commençant au 5ème jour du cycle, plus du ménopur (2 jours), 1 gonadotrophine. La ponction s'est beaucoup mieux passée que la 1ère, beaucoup moins de follicules, une vingtaine, pour 5 embryons au final. Je viens d'apprendre que les 2 embryons surnuméraires n'ont pas tenu. J'attends les règles ou la prise de sang. Je commence à m'impatienter, à me dire que c'est la poisse qui nous pourchasse. Mon mari supporte de moins en moins les séances de spermoculture, spermogramme, même s'il le prend avec humour. Et le désir de voir grandir un bébé se fait de plus en plus pressant. Je sais qu'il ne faut pas se prendre la tête, mais sur la dernière ligne, c'est de plus en plus dur. Mes seins gonflent le soir et dégonflent dans la nuit. Je ne peux pas m'empêcher de prendre ma température, hier 37.19°, aujourd'hui, 37.18° ; ça baisse, je sais que c'est minime, mais je m'inquiète. La réponses ne devrait maintenant tarder, c'est l'affaire de 5 jours .

Et si ça ne marchait pas ? Mon mari ne souhaite pas adopter, pour l'instant. Et moi, je ne parviens pas à envisager une vie sans enfants. J'ai conscience que le désir d'enfanter peut aussi mener à l'autodestruction, du couple ou de soi-même. J'ai parfois l'impression que je vais imploser. Mon mari me soutient que l'on peut avoir une vie sans enfants mais je n'ai qu'à le regarder avec nos neveux pour comprendre que le désir d'en avoir est tout aussi physique chez lui.

Tous les témoignages lus me réconfortent pourtant, me redonnent espoir. Un grand coucou solidaire. Je vous tiens au courant.

Sylvie

Hier, j'écrivais pour relater notre " cursus " ; aujourd'hui la réponse ne s'est pas fait attendre. La température a baissé à 37°1 et des saignements légers apparaissent déjà, prémisses d'un nouvel échec. J'ai contacté la personne qui s'occupe de nous au CHU de Bordeaux. Nous sommes en avril 2002 et une nouvelle tentative ne sera envisageable qu'à partir de février 2003. Aujourd'hui, je ressens du dépit mêlé de révolte. On ne nous donne aucune explication, nous sommes un numéro sur une liste, rien de plus. Peu importe finalement notre détresse dans la balance des lourdeurs administratives. Certains diront qu'on a énormément de chances en comparaison avec d'autres pays. Faut-il se faire une raison ? Je pense que ce serait plus simple si l'on nous donnait une explication. Finalement peut-être ne peuvent-ils pas nous en donner ?

Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas... mais c'est dur. Mon message n'est pas très encourageant, je suis désolée de faire part de ma détresse, mais c'est un exutoire dont j'ai besoin, je m'en rends compte aujourd'hui.

Mon mari n'est pas encore au courant. C'est vraiment dur d'avoir l'impression d'être responsable du malheur des gens qu'on aime.

A plus tard, pour des nouvelles plus réjouissantes j'espère.

Sylvie


Septembre 2002

Le 25 juillet 2002

Bonjour à tous, Un grand merci à tous ceux qui nous ont envoyé leurs messages. Réconfort ou information, cela permet de ne pas trop se renfermer sur soi. C'était en effet, la tendance des trois derniers mois, d'autant qu'on nous avait dit qu'il fallait attendre un an pour faire une nouvelle tentative, pas avant février 2003, au CHU de Bordeaux. En allant voir la personne qui s'occupe de nous, j'ai compris que certains couples s'étaient inscrits plusieurs cycles d'affilée, résultat : pendant notre année d'attente, d'autres ont l'opportunité de faire 2 voire 3 tentatives. C'est un peu dépitant d'être en butte à ce genre de tracasseries administratives. Bref, j'ai un peu râlé et ainsi la prochaine FIV devrait être à huit mois d'intervalle de la précédente, ce n'est pas la panacée, mais c'est mieux que rien. D'autant que j'ai conscience que le corps doit se reposer, que tous ces traitements, ces ponctions sont autant de chocs qu'il nous faut accuser.

Lors de ma dernière visite, le médecin est un peu revenu sur sa position, les trompes sont bel et bien bouchées mais un faible passage à droite existe et durant deux cycles de cet été, il m'a prescrit du Purégon en deux injections ; ce matin le monitorage a permis de détecter plusieurs kystes sur l'ovaire droit. J'avais mal, mais ne suis pas assez attentive à ces douleurs, comme si finalement je m'étais résignée à devoir souffrir pour l'avoir ce BB tant désiré. Je pense que ce cycle est mal parti, puisque le faible passage est à droite et que les plus gros follicules sont à gauche. A plusieurs reprises, j'ai entendu parler de la chirurgie des trompes : cela me fait peur, mais certains témoignages avaient l'air encourageant à ce sujet.

Je vous avoue que toute intervention me fait peur (risques d'infections...). Si certains ont des infos en la matière....

Bref la prochaine FIV est pour novembre 2002, si des places se libèrent, je vais avoir trente ans, mon mari 34 ; alors on essaie de penser à autre chose : on va se construire notre maison, toute en bois, au milieu de la forêt, histoire de vivre et de ne pas s'aigrir.

Et la libido dans tout ça ? Après les FIV, c'est toujours plus difficile, cœur et corps meurtris, quelques kilos supplémentaires, je me suis vengée sur la bouffe.

Résultat, je ne me sentais plus désirable. Alors j'ai décidé de réagir un peu, depuis une semaine, je fais attention à ce que je mange, j'ai arrêté les lions et autres conneries et me remets à la cuisine. J'ai déjà perdu 4 kilos, sans me priver, en arrêtant de manger entre les repas. Du coup, je me sens mieux et ma libido revient plus franchement.

Bon courage à tous et n'oublions pas que malgré tous les diagnostics d'infertilité à 100%, certains ont quand même réussi à avoir des enfants naturellement.

Sylvie et Pierre


Novembre 2002

Bonjour à tous,

Merci tout d'abord à tous ceux qui nous ont écrit, c'est un soutien inestimable. Ces derniers mois, nous nous sommes réfugiés dans le silence, seules quelques rares personnes savent que nous allons tenter une troisième FIV. En effet, des personnes de notre entourage pourtant bien intentionnées, nous ont exhortés à abandonner : cette technique ne marchant pas, les exemples se bousculant... et il s'agissait pourtant d'une mère qui avait eu recours à des traitements hormonaux pour palier l'insuffisance ovarienne dont elle souffrait.
Le silence évite les questions, les questions les remarques... Avoir lu les nouveaux messages de la passerelle nous réconforte. C'est un parcours difficile mais tous ceux qui sont aujourd'hui parents semblent avoir oublié les tracas.

Nous voilà donc repartis. Les deux premières FIV avaient assez bien fonctionné puisqu'au final nous avions 4 et 5 embryons, si ma mémoire est bonne. J'ai rencontré depuis l'équipe qui s'occupe de nous et qui s'interroge sur les causes de ces deux échecs. On continue donc les investigations. Biopsie de l'utérus, anticorps... J'ai en plus des trompes bouchées une insuffisance lutéale, Duphaston, Utrogestan, Provames et la pilule même pour préparer cette nouvelle FIV. Le chirurgien m'a laissé entendre que si cette tentative échouait, il tenterait la chirurgie qui consiste à infiltrer un cathéter dans les trompes bouchées.

Nous partons confiants même si la peur du test négatif nous hante encore. Je tente parallèlement une autre technique, l'ostéopathie ( ?) et je pense même aller voir un homéopathe. Autant dire que le désir de pouponner ne me quitte pas.

Je vous tiendrai au courant.
Un grand merci encore à tous et à Viviane et Vincent, sans qui nous ne pourrions nous exprimer aussi librement sans pour autant avoir l'impression de gêner ou de susciter une curiosité malsaine.

Sylvie et Pierre


Décembre 2002

Aujourd'hui aurait dû être la date de la ponction. Le traitement a duré un mois : décapetyl Lp3 (1 inj), Purégon Pen (les mêmes injections qu'au cycle de fiv précédent), la différence avec le stylo c'est qu'on est totalement libre de se déplacer, finie la contrainte de l'infirmier, c'est plus discret, moins douloureux.
Tout semblait bien fonctionner jusqu'à samedi, lors de la dernière écho. Le médecin qui s'occupe du protocole finit par m'ausculter pour se rendre compte que j'ai été trop stimulée. Les internes qui ont fait la surveillance n'ont pas tenu compte de ce qu'ils pensaient être des petits follicules. Ils en dénombraient seulement 5 à gauche et 7 à droite, alors que deux jours après le médecin en trouvait plus de trente mûrs (+ de 15) et encore une huitaine entre 10 et 15. On stoppe donc tout. Il s'agit d'une hyperstimulation (à part quelques tiraillements, je n'avais rien ressenti). Les taux hormonaux présagent pourtant un orage. On ne peut donc ponctionner et déclencher l'ovulation car il y a un risque de faire des kystes et un risque de phlébite et d'œdèmes.

Autant vous dire que je suis écœurée. Je n'ai pas envie de m'en prendre aux médecins qui sont censés faire tout ce qu'ils peuvent. Je leur trouve même des excuses, le manque de moyens par exemple.
Mais quand même ! Je trouve que quelques précautions devraient être observées : un seul interlocuteur du début à la fin, et le transfert devrait se faire en même temps qu'une échographie pour bien installer les embryons dans l'endomètre. Qu'en pensez-vous ? Avez-vous observer des différences entre le Privé et le Public ?

Je me sens fatiguée moralement et physiquement. Mon mari est là, attentionné. La fiv transforme la vie de couple. J'ai l'impression qu'on s'aime encore plus et c'est pourquoi je ne perds pas espoir.

Je vous tiens au courant.

Sylvie


Octobre 2003

J'écrivais en 2002 pour raconter l'issue de la troisième FIV, pour laquelle tout s'est arrêté avant la ponction.

Aujourd'hui, du temps est passé et ma vie ces derniers mois a pris un tout autre virage. La maison au milieu de la forêt a vu le jour et ma mère a fermé ses yeux au mois de juin dernier, après un cancer du poumon et une lutte terrible pour la vie ... elle aussi. Je l'ai accompagnée dans sa maladie avec mon mari jusqu'à ce que ses paupières se referment à jamais sur ses beaux yeux bleus.

Avant de reprendre les tentatives de FIV, je commence une psychothérapie, histoire de faire le tri dans mes émotions, dans mes peurs. Je pense que je vais attendre un peu. D'autres personnes sur ce site aurait-elle eu recours au psy, plus particulièrement dans la démarche de FIV ? Aujourd'hui, je discutais avec lui et lui faisais part de mes hésitations par rapport à la date d'une prochaine FIV. Il m'a suggéré d'opter pour le " non ", car selon lui, tout doit dire " oui " en nous. Alors, j'attends de rentrer dans ma nouvelle maison, j'ai aussi changer de lieu de travail, mon mari aussi. On va laisser décanter... Finalement nous, les " fiveurs ", ne faisons pas que l'amour pour avoir des enfants ;-)

Toutes ces démarches ressemblent souvent à un parcours du combattant mais finalement je ne peux pas m'empêcher de croire que ça marchera un jour. Les témoignages de la passerelle sont souvent très touchants.

Bon courage à tous

Sylvie


Juin 2004

Bonjour à tous,

Voici plusieurs mois de silence. Après le décès de ma maman et après plusieurs mois de «remontée», nous avons finalement décidé de reprendre un traitement pour une 4° tentative et une 3°FIV. J’ai une peur bleue, depuis avant-hier, jour du transfert d’embryons. Cette fois-ci, le protocole a changé, Décapeptyl IM, et Ménopur au lieu de Purégon (2 IM/jour), Progestérone retard le soir du transfert et Gonadotrophine 1500, 4 jours après le tranfert, avec Aspégic nourrisson, Utrogestan. Ah ! et j’oubliais, Torental depuis un mois, étant donné que le doppler n’était pas fameux, laissant apparaître une vascularisation pas géniale. Il se trouve que les biologistes ont hésité à nous faire une i.c.s.i et ont finalement opté pour une F.I.V traditronnielle. Sur 9 ovocytes récoltés, 7 ont été fécondés, 3 implantés, 4 laissés en culture pour observer la progression de la division.

Ø C’est le meilleur résultat qu’on ait pour l’instant obtenu, avec presque 80% d’ovocytes fécondés. Je ne sais si cela a une importance quant à la qualité ovocytaire ? Je suis toutefois contente du résultat et espère que les embryons surnuméraires pourront être congelés cette fois-ci.

Ø J’ai peur que les mycoses répétitives auxquelles je suis sujette soient un obstacle à la qualité de l’endomètre. J’ai l’impression que c’est une fatalité pour les médecins, comme si c’était inéluctable, une fois qu’on en a eu, difficile de s’en débarrasser. Il me semble pourtant avoir lu que les infections nuisaient à la nidation

Ø Je sais que certaines d’entre vous ont eu recours à la chirurgie «tubaire» (des trompes). Je me demande si je ne ferais pas mieux de persévérer dans cette direction.

Ø 2 jours après le transfert, j’ai encore des douleurs, le ventre ultra gonflé, des nausées. Je me demande si ces symptômes sont normaux, peut-être sont-ils dus à al stimulation ?

Enfin, voici beaucoup de questions que j’ai tendance à repasser sur mon écran intime. Ca fait bientôt 6 ans qu’on y est et je trouve ces traitements très fatigants pour le corps et l’esprit.

Bon courage à tous et à toutes.

Sylvie


Décembre 2006

Bonsoir,

Notre premier témoignage remonte au mois de mai 2002 et c’est enfin un message d’espoir que nous pouvons transmettre aujourd’hui. Puisse-t-il réconforter d’autres parents en herbe comme nous l’avons été à la lecture de ce site !

Abel est né. Un bonheur de chaque jour que l’on savoure. Ce parcours nous fait encore plus aimer la vie. Même si on a eu des moments difficiles, notre amour est encore plus intense. Après un 4ème F.I.V., la nouvelle la plus insolite est tombée : nous attendons un bébé. Neuf mois de douceur, d’impatience, de bonheur. La science nous a re-donné la chance d’être parents. Merci. Cette dernière tentative semblait pourtant mal partie. Une hyperstimulation, des douleurs terribles, seulement deux embryons. Notre fils est bien là aujourd’hui après toutes ces années de doute. Pourquoi cette fiv a-t-elle fonctionné alors que les autres avaient échoué ? Pas de réponse. Même si on a eu des moments de grands doutes, voire de grand désespoir, on a continué les tentatives en prenant le temps même si on a toujours l’impression qu’il nous échappe. Et un jour, ça a marché ! Franchement, quand ça arrive, même si on est athées, on se dit que c’est un miracle.

On espère que ce message redonnera de l’espoir à ceux qui doutent. A bientôt peut-être. On aimerait bien donner une petite sœur ou un petit frère à Abel (ou les deux ?),

Pierre et Sylvie


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.