La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Pascale & Maxime - (France - janvier 2001)

Voilà, je me décide aujourd'hui à tout raconter, à tout dire, à expier, peut-être ?

C'était il y a presque huit ans, déjà, par une belle journée, nous nous sommes mariés, juste avant de coiffer Sainte Catherine à quelques mois près. Le 19 juin 1993. J'ai 24 ans, je suis heureuse. Pour nous deux c'est merveilleux, nous avions décidé de fonder une famille. La plaquette de pilule était déjà à la poubelle, le voyage de noce fut fantastique ; dans la douceur du sable du Sahara nous avons convolé. Voilà point final du conte de fée.

Un an après, je suis allée voir mon gynéco, ne voyant rien venir… quelques courbes de températures et quelques pilules hormonales plus tard (6 mois environ) re-visite chez le gynéco et ne voyant toujours rien venir, il se décide enfin à me faire des analyses dont la fameuse hystérographie qu'il pratique lui-même. Je découvre la galère, ou plutôt le début de l'enfer. Je passe les détails sur l'hystero que tout le monde connaît bien, c'est atrocement douloureux, c'est horrible : et le diagnostic tombe : les trompes sont bouchées. , Il faut les déboucher. Il m'envoie chez un de ces collègues spécialistes dans les coeliscopies.
Novembre 1994 1ere cœlioscopie, le chirurgien (pas sympa du tout) m'engueule comme du poisson pourri pour me dire que mes trompes sont en effet pourries, il en débouche une, ouf de soulagement, on nous dit que cela va marcher tranquillement même avec une trompe. Les mois passent toujours aussi vite . Juin 1995 visite chez le gynéco et re- hysterographie (j'aime ça on dirait) en tout cas je ne sais pas ce qu'il a trafiqué, mais j'en sors meurtrie dans ma chair et dans mon cœur… pour atterrir quelques jours plus tard en urgence à l'hôpital je passe sur le billard pour une " re-cœlioscopie, résultat mega infection et trois semaines à l'hôpital , là j'ai failli y passé… Je change illico de gynéco . Ma nouvelle gynéco nous dirige vers la FIV puisque désormais mes trompes sont inutilisables… Sur le coup je n'étais pas trop abattu, juste en colère contre mon ex-gyneco
Nous décidons de faire un break d'une petite année, pour mettre en place la création de notre entreprise, mais je supporte mal le changement de métier pour moi, les heures de travail qui s'accumulent, la clientèle, le stress et le début des traitements, la course pour trouver un infirmier pour les piqûres et les allées et retours au centre de PMA le plus proche (45 Km ). 1996 1ere FIV, 19 ovocytes prélevés, 14 fécondés, 2 transférés, le reste au congel…au rythme d'une FIV par an entrecoupé des transferts d'embryons congelés, le temps passe et nous décidons avec ma gynéco d'enlever les trompes au bout de la 4ème FIV. .En février 2000 je passe sur le billard et oh miracle, pas de douleurs une équipe de médecins compréhensifs et sympa, bref bien encadrés, bien opérés je rentre à la maison au bout de trois jours en pleine forme(re-celio mais bon c'est pour la cause !)
Notre entreprise c'est développée, il y a plus de boulot et nous avons embauché, ma petite vendeuse est fantastique et compréhensive, elle me remplace depuis trois ans pendant les périodes de FIV ou je travail le moins possible, bref à part un moral en dent de scie entre les échecs et les réussites (une grossesse s'est développée, mais c'est achevée toute seule). Nous entamons la 5ème FIV en juillet 2000, en même temps que les démarches pour l'adoption. Oh miracle c'est pour nous une surprise, car à peine deux embryons ont survécu, le transfert à J6 a été abandonné pour ce faire à J3 bref nous n'y croyions plus, une grossesse se développe on voit le bébé, et au bout des presque trois mois fatidiques tout s'écroule, le cœur du bébé ne bat plus, il ne s'est plus développé, c'est la catastrophe, nous sommes tous les deux dans un état lamentable. Nous fermons notre entreprise pour les congés et comme mon mari avait déjà le billet d'avion, il part comme prévue faire un Trek au Maroc. Moi j'attends une hypothétique fausse couche qui ne se fait pas, je passe sur le billard, un triste matin de septembre et pendant que mon mari fait son Ascension du Toubkal, je fais une descente en enfer. Je suis toute seule pendant une semaine et je déprime complètement, je tente l'irréparable, je me rate bien sûr, la voiture à juste une petite bosse que personne n'a vue, Mon mari rentre en pleine forme, et nous reprenons le train-train ou plutôt le boulot-boulot, je craque, je ne supporte plus rien, je passe deux mois avec des blablas avec mon psy (cela ne m'a rien apporté à part des antidépresseurs) Je tente de reprendre le dessus depuis, le boulot aidant ,Noël est une grosse affaire pour les pâtissiers, les bûches vendues, je déprime à nouveau. Les fêtes passées en famille n'ont rien arrangé, ma belle sœur vient d'accoucher, mes sœurs sont toutes les deux enceintes bref l'horreur…

Je suis fatiguée, usées, désappointée, nous avons décidé de vendre notre affaire pour me débarrasser de ces responsabilités qui m'épuisent, il faut toujours avoir le sourire malgré les réflexions désobligeantes d'une clientèle chiante et guindée. Bref un problème à la fois à traiter se sera pour moi , je pense, plus facile à gérer. Je me prépare déjà professionnellement à ma reconversion : les concours administratifs (le rêve de tous les gens installés à leur compte : être fonctionnaire !)Mon mari quant à lui pense devenir enseignant. Bref on essai de se construire un avenir. Les démarches pour l'adoption sont en route et on pense à une 6ème FIV, dès que j'aurais retrouvé ma pêche légendaire. …Ce qui est loin d'être le cas en ce moment, le moral est au plus bas, notre couple bat de l'aile et j'ai besoin d'être aidé par une équipe professionnelle, je pense recontacter le centre de PMA qui a paraît-il des psy compétents. Toute l'équipe de PMA ou je suis est super, c'est indéniable, mais ils sont surchargés de travail, la dernière fois pour les échos, il y avait un gynéco et une infirmière pour une quarantaine de nanas : Assez dingue, en vérité cette ruche à bébé, les carnets de rendez-vous des psy sont pleins, et j'ai tenté, une bonne femme de plus de 60 ans qui m'a demander en première question : " parler moi de votre désir d'enfant ", j'ai cru qu'elle se moquait de moi en me posant cette question, avait -elle réellement écouter ce que je venais de lui raconter entre deux sanglots ou quoi ? Bref mon désir d'enfant, il est là, est malheureusement j'en viens à me demander que vais-je faire sans enfant ? Car aujourd'hui je n'y crois plus vraiment, je n'ai pas les moyens pour faire encore et encore des FIV encore moins les moyens de partir à l'étranger pour trouver un bébé à adopter, avec ce que l'on entend-on se pose des tas de questions. Je n'en est plus non plus l'envie et le courage. Mais notre couple sans enfant n'est pas vraiment une famille, ni un foyer, puisqu'on se regarde en chiant de faïence, je pense que notre relation va se terminer d'ici peu .Après huit ans de combat, j'ai perdu la guerre.
Et je suis maintenant trop fatiguée pour me battre, je ne suis plus la jolie jeune fille qu'il a épousé il y a huit ans, les hormones et le stress m'ont transformé en une grosse vache (pas laitière), et les minettes commencent à lui plaire d'un peu trop près, je n'ai plus les armes de la jeunesse et de la beauté, je n'ai plus le courage de ré-afronter les FIV et l'adoption comme je n'arrive plus à m'aimer, j'ai plus de mal à aimer…
Merci pour votre site, il est super est m'a bien réconforté dans des moments très difficiles, aujourd'hui encore en témoignant, cela fait du bien de se lâcher un peu …


Le 10 Février 2001.

J'ai à ce jour mûri, grandi, nos liens avec mon mari sont encore plus fort qu'avant. Nous avons décidé de changer de vie !

Cette épreuve a été pour nous un déclic, nous savons désormais qu'il est inutile de s'acharner, mon corps refuse tous les médicaments, j'ai été assez malade les derniers temps et je n'ai pas supporter les antibiotiques et autres "cochonneries" j'ai eu de terribles migraines, je me suis affaiblie très rapidement. cela fait à peine 15 jours que je vais mieux. Voilà pour la santé "physique", quand au moral, il est remonté au beau fixe, plein soleil comme aujourd'hui ! Ma pêche légendaire est revenu, il a fallu plus de 6 mois de dépression pour à nouveau s'ouvrir sur le monde...

Nous faisons désormais une pause, plus de traitement plus de FIV plus d'examen médical, plus de médecins, bref plus rien jusqu'au jour où ...

Nous sommes en train de vendre notre affaire, et les démarches pour l'adoption sont en cours, nous avons eu la visite d'une assistante sociale, fort sympathique en janvier, de quoi nous réconforter un peu.

Nous avons aussi pris deux billets d'avion pour la Thaïlande où le calme et la gentillesse thaï nous ferons le plus grand bien : voyage prévu en avril.

Je tenais aussi à remercier tous ceux qui m'ont envoyer des messages d'encouragement, le fait d'avoir témoigner m'a fait un bien fou...
Merci de fond du coeur

Pascale


Février 2002

Aprés des années passées à compter les transferts d'embryons, les espoirs et les angoisses, nous avons tout arrêter pour s'ouvrir vers un autre chemin celui de l'adoption. Nous avons reçu notre agrément en juillet 2001. et nous avons foncé : nous savions qu'au bout il y avait une réussite... mais quand ? nous ne le savions pas .

Et un soir d'octobre oh miracle (de l'informatique), un e-mail nous annoncait que nous étions les heureux parents d'un petit garçon, bonheur joie, je ne sais pas comment le décrire mais nous avions envie de crier tellement nous étions heureux à ce moment là. Notre petit bout de chou est adorable, nous l'avons rencontré le jour de mon anniversaire,(merveilleux cadeaux pour mes 33ans) nous sommes restés 15 jours ensemble, nous sommes retourné le voir la semaine dernière, il grandit doucement et c'est le plus beau bébé du monde. Nous en sommes raides dingues, les photos sont partouts, on a fait des heures de films vidéos. bref HEUREUX. La procédure est encore longue et nous espérons que la famille sera réunie pour l'été.

Nous vous laissez pas surmédicaliser !!! Une autre voie existe pour être parents et les émotions y sont largement aussi fortes quelques fois même plus fortes que lors d'une naissance d'un enfant biologique.

Je vous embrasse tous et toutes bon courage, au bout du chemin c'est le bonheur

Pascale


Juillet 2002 (Message écrit le 18/06/2002)

Juste deux minutes pendant la sieste de notre bout de choux ! Nous sommes rentrés dimanche soir tous les trois à la maison enfin réunie pour la fête des pères, quel bonheur !

Angel a maintenant deux ans et c'est un petit garçon malicieux.
Nous pensions que nous serions réunis pout l'été et le voilà avant c'est génial. Nous sommes arrivés au bout du parcours et c'est maintenant la joie ! Je vous souhaite à tous autant de bonheur !

Pascale


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Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.