La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Natacha & Eric - (France - octobre 1999)

cher autre monde ,

...monde où la naissance d'un enfant n'est plus une évidence...monde où un homme et une femme ne contrôlent plus ce qui leur arrive.
Je compr ends aujourd'hui que mon mari et moi ne sommes pas seuls dans la souffrance , que nous sommes nombreux à nous poser la fameuse question : "pourquoi nous ?".

Eric et moi nous connaissons depuis 9 ans , depuis le lycée; nous avons 26 ans et nous nous sommes mariés il y a 2 ans , après avoir terminé nos études , acquis un poste stable...bref un couple qui suit une norme des plus banales. Notre désir profond pouvait enfin s'exprimer : avoir un bébé!
J'arrête donc la pilule prise depuis 7 ans et attends...Lorsque la date fatidique des 6 mois sans grossesse arrive , je m'interroge et décide de faire des courbes de température...De belles ovulations apparaissent au fil des graphiques : ouf !
Mais toujours pas de bébé....mes amies tombent enceintes les unes après les autres , ça s'attrape comme la grippe , mais moi , je ne suis même pas enrhumée !Alors , au bout de 12 mois , je consulte..."C'est le stress....vous le désirez trop cet enfant ! laissez faire la nature !" On me prend pour une demeurée, une capricieuse qui veut tout tout de suite.

Puis des douleurs pelviennes apparaissent...Je retourne chez le médecin et il lance sa batterie d'examens: bilan sanguin , hystéro , écho , spermogramme...Pendant plusieurs mois , c'est attente de résultats après attente en salle d'examen .A chaque fois , tout est normal....Rien à signaler ! Tellement rien que je ne suis toujours pas enceinte et que mes douleurs s'amplifient !
En septembre 1999 , je me lance dans des recherches sur l'endométriose : je suis enseignante en biologie et quelque chose me dit que cela me concerne. Je change de médecin et rencontre enfin une écoute attentive : oui , je suis sûrement atteinte d'endométriose...la coelio le dira en décembre 1999.... Je suis donc dans l'attente de cette certitude et de son traitement , sans pour autant savoir si un jour mon mari et moi , aurons un enfant biologique. Nous aurons un enfant , biologique ou adopté , j'en suis sûre et déterminée...un enfant , c'est la vie ! Mais quand ?

Le plus dur est de garder la tête haute , de supporter les silences qui se font autour de vous car personne n'ose vous demander ce qui se passe....tous ont peur du " ça ne va pas....nous n'aurons pas d'enfant....je suis malade....." tous fuit le sujet et font comme si ce n'était qu'un problème de temps! on ne parle surtout pas de douleur , de déprime , de souffrance....Et on vous demande de sourire face à celles qui vous annoncent leur grossesse , à l'amie qui attend son deuxième en 2 ans.....personne n'accepte que vous ne vous réjouissiez pas du bonheur des autres et tout le monde s'aveugle devant votre souffrance! Alors il faut parler , forcer les barrières qu'on vous impose pour le "socialement correct"....oser dire en plein repas dominical chez les beaux-parents que " le spermogramme d'Eric s'avère normal " , en balade au bord de la mer avec les amis que " mon hystéro s'est bien passée merci à tous de vous en inquiéter", aux bonnes copines enceintes que " non ,je ne serai pas là pour ton accouchement , c'est trop pour moi , je suis au fond de la vague..." La vie vous impose une épreuve , il faut la partager , et pas qu'à deux , pour la supporter. Notre couple est infertile.... il n'est pas anormal ! Votre entourage peut comprendre cela si vous prenez le temps de le lui expliquer.

Natacha


Août 2001

Depuis 1999 , date de ma première connexion sur votre site, je vous suis restée fidèle et les témoignages renouvelés chaque année m'ont souvent soutenu dans l'épreuve de l'infertilité.J'avais témoigné à l'époque ( 1999, natacha et éric ) et je voulais aujourd'hui compléter enfin notre témoignage du bonheur que nous découvrons.

En décembre 1999, j'ai donc appris après coelioscopie que j'étais bien atteinte d'endométriose: savoir d'où venait l'infertilité fut un début de soulagement.Si je suis malade, je me soigne et ensuite une grossesse peut s'envisager plus facilement: Un raisonnement bien simpliste mais bon pour le moral.Après l'opération, je suis un traitement de ménopause artificielle afin de réduire mes kystes d'endo: le projet bébé est donc repoussé jusqu'en juin 2000, date à laquelle mon cycle revient, les douleurs ont disparu et tout doit fonctionné pour tenter une grossesse.Le moral est au beau fixe, je me vois déjà avec un bébé dans les bras l'été prochain!

En août, patatras: mon endométriose revient en force, douleurs, saignements etc...Je suis désespérée.Je survis en me traitant aux anti-inflammatoires et mon médecin décide d'accélérer le processus de procréation avant que la maladie ne s'étende trop: en septembre, j'ai mes premières injections d'hormones pour stimuler l'ovulation.Clomid et Gonal, injections plusieurs fois par mois, prises de sang de contrôle, échographies ovariennes bref...je passe le 1/4 de mon temps dans les labo ou à l'hosto ! Les mois s'écoulent ainsi, induction après induction jusqu'en décembre 2000 et rien ne se produit: le premier échec semble normal ( ça ne peut pas marcher du premier coup ...), le deuxième est porteur d'espoir ( si ce n'est pas ce coup-ci, c'est forcément le suivant! ), le troisième échec est destructeur ( rien ne fonctionnera avec moi! ) et le quatrième est dénué de tout espoir, on ne sait même plus pourquoi on suit ces traitements inutiles...on perd de vue l'objectif principal: avoir un enfant de l'homme qu'on aime!

En janvier 2001, le moral est au plus bas, les grossesses autour de moi se multiplient ( même les cadettes s'y mettent ! ), l'entourage fait silence en pensant très fort que nous nous acharnons, il en résulte peu de compréhension et encore moins de soutien : nous sommes désespérément seuls avec notre désir d'enfant .Puis en février, nous décidons de commencer une méthode plus invasive : l'insémination artificielle avec sperme du conjoint.Nous osons à peine espérer après ces deux ans et demi de tentatives infructueuses depuis que j'ai arrêté la pilule ! La première IAC est programmée en avril 2001: le traitement ressemble à s'y méprendre à celui de l'induction ovulatoire sauf qu'au milieu du cycle, mon époux a sa part d'activité et qu'après l'insémination ( douloureuse avec un utérus rétroversé portant sur la gauche!!! ) je découvre les joies des capsules d'Utrogestan ! La vie du couple est donc plus que perturbée par toutes ces manipulations médicales, mais c'est pour la bonne cause! Hélas, le premier essai échoue...C'est normal: nous tenons le même raisonnement que pour l'induction.La deuxième IAC sera la bonne. En mai, nous remettons cela, gonflés d'espoir. Clomid, injections de Gonal, échographie ovarienne au 12ème jour et.....stop, on arrête tout: le traitement fut trop fort cette fois, j'ai plein d'ovocytes matures mais aussi en prime un énorme kyste à l'ovaire droit. C'est donc une hyperstimulation ovarienne qui peut entraîner, si le kyste craque, hémorragie, destruction de l'ovaire...bref, l'horreur.Mon médecin annule la suite du traitement et stoppe tout pendant deux mois, histoire de faire régresser le kyste.

Ce jour-là, ce fut le ponpon! Non seulement les traitements ne marchaient pas, mais en plus, avec tous ces bidouillages médicaux, ma propre santé était mise en danger.Je n'en pouvais plus, marre d'être un cobaye, tanpis pour cette grossesse tant désirée, on laisse tout tomber...psychologiquement, je suis à bout et physiquement épuisée.Le corps a ses limites et nous venons d'atteindre les miennes.Le 15 mai, nous décidons donc de passer les quelques mois à venir sans plus rien tenter et envisageons une demande d'agrément en septembre 2001.

Et là, la nature nous joue un tour absolument merveilleux: mes règles se font attendre en juin...j'ose à peine imaginer que cela puisse être une grossesse...je préfère penser que le kyste a perturbé mon cycle...Mais après 9 jours de retard ( un record chez moi ! ) et l'apparition de douleurs persistantes aux seins, je me lance: test de grossesse, les minutes les plus longues de ma vie, et positif ! Je suis enceinte de trois semaines...le plus spontanément du monde ! C'est à peine croyable !

Aujourd'hui, je termine mon troisième mois de grossesse, tout se passe pour le mieux et j'ai eu beaucoup de mal à réaliser cette réussite; c'est à la première écho, lorsque j'ai vu mon bébé bouger, que j'ai profité pleinement de mon nouvel état, soulagée, sereine. Ma grossesse est arrivée par surprise alors que nous ne l'attendions plus...il n'y a rien à comprendre, mais tout à espérer !

Je souhaite à toutes celles et ceux qui peinent à avoir un enfant tout le courage d'espérer toujours.


Février 2002

Après une grossesse rocambolesque (varicelle au 4ème mois, amniocentèse alarmante, bébé mal positionné, césarienne imposée...), nous avons la joie de vous annoncer la naissance de notre petite Laïs qui nous émerveille chaque jour depuis le 29 janvier 2002 !!

Ainsi, tout est possible malgré les obstacles !

Bonne chance aux futurs parents qui luttent encore aujourd'hui contre l'nfertilité.

Natacha & Eric

Natacha & Eric

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