La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Myriam & Loïc - (France - Février 2008)

Bonjour,

Nous sommes Myriam et Loïc, nous avons 25 ans. J'ai découvert votre site il y a quelques mois : j'ai lu beaucoup de témoignages qui m'ont émue. Certaines situations, le mélange des sentiments tout au long du parcours font écho avec les nôtres : attente, espoir, déception, joie… Je décide à mon tour de vous faire partager notre parcours.

Nous nous sommes mariés en octobre 2005. Je viens d'avoir 23 ans. Nous évoquons rapidement notre désir de fonder une famille : j'arrête donc la pilule. Quelques mois plus tard, je ne suis toujours pas enceinte. Au cours d'une consultation chez ma gynécologue, j'évoque notre projet de grossesse. Elle m'explique alors que prendre sa température le matin au réveil permet de détecter une grossesse (dans le cas où la température reste haute pendant au moins 16 jours après l'ovulation. Par curiosité, je réalise alors pendant quelques cycles ces fameuses courbes. Je m'aperçois alors qu'au lieu d'obtenir un plateau bas et un plateau haut, ce sont des montagnes russes qui apparaissent. De plus, mes cycles sont longs et irréguliers. J'évoque ces symptômes à ma gynécologue qui pense à un trouble de l'ovulation. Elle me dit qu'un traitement permettra d'obtenir des ovulations mais elle me demande d'attendre qu'il se soit écoulé un an depuis l'arrêt de la pilule. Nous sommes rassurés par le fait d'avoir pu trouver une cause à nos difficultés pour avoir un bébé. Durant l'été 2005, nous déménageons suite à l'affectation professionnelle de Loïc (nous sommes enseignants tous les deux).

Octobre 2006 : J'ai rendez-vous avec mon nouveau gynécologue, Loïc m'accompagne. Une échographie confirme et explique pourquoi mes ovulations sont capricieuses : j'ai les ovaires polykystiques. Le médecin me prescrit du Clomid mais également des examens complémentaires afin d'éliminer toute autre cause d'infertilité : une hystérosalpingographie et des dosages hormonaux pour moi, un spermogramme pour Loïc. Nous abordons ces examens assez sereinement puisque nous connaissons déjà la cause de notre infertilité. De mon côté, les examens ne présentent rien d'anormal. Nous allons chercher ensemble le résultat du spermogramme ; le verdict tombe : oligoasthénospermie sévère. Le coup est dur, l'attente jusqu'au prochain rendez-vous est longue, remplie de questions, d'inquiétudes.

Novembre 2006 : Nous revoyons le gynécologue avec les résultats. Il nous oriente alors vers le centre PMA, en vue probablement d'une FIV ICSI. Il nous laisse tout de même entrevoir la possibilité que le résultat du spermogramme ne soit que passager, lié à un état fébrile de Loïc. Il souhaite obtenir la confirmation par un second examen réalisé directement au centre PMA.

Janvier 2007 : Nous avons rendez-vous avec le biologiste du centre d'AMP. Le second spermogramme confirme le premier ; nous nous y attendions. Nous pouvons envisager une FIV ICSI pour le mois d'avril. D'ici là, nous devons réaliser encore des examens supplémentaires : dosages hormonaux pour tous les deux, caryotype pour Loïc. Je traverse une période difficile. J'ai l'impression de ne voir que des femmes enceintes partout. Je pleure, je doute de devenir maman un jour. J'éprouve un sentiment d'injustice, de révolte. Qu'avons-nous fait pour mériter cela ? Durant cette même période, ma petite sœur m'apprend qu'elle est enceinte (elle vient tout juste d'arrêter la pilule), je ne m'y attendais pas du tout. J'ai du mal à accepter ; le sentiment d'injustice se renforce. Loïc culpabilise parfois car l'indication de la FIV résulte de son problème, ce qui me fait de la peine. Je le rassure : lui ou moi c'est pareil, peu importe. Je l'aime, nous nous aimons et nous affronterons notre stérilité ensemble.

Mars 2007 : J'attends avec impatience mes règles pour faire le bilan hormonal à J3. Les règles n'arrivent pas mais j'ai l'habitude d'avoir des cycles longs. Puis un jour, je me décide ; je rentre dans une pharmacie et j'achète un test de grossesse, sans conviction. Le test est positif : je tremble, je ne réalise pas. Je l'annonce à Loïc. Nous sommes émus et avons du mal à y croire. Un dosage de BHCG vient confirmer. Une vie se développe en moi. Nous sommes heureux ; nous allons devenir parents. J'annule le rendez-vous au centre d'AMP. Mais quelques semaines plus tard, j'ai de légers saignements. Je pense tout de suite à une fausse couche. Mon médecin traitant me rassure : ça arrive souvent en début de grossesse. Il me recommande tout de même de passer une échographie pour être totalement rassurée. Je prends rendez-vous chez le gynécologue, angoissée. Il voit bien un sac, un embryon mais la vésicule vitelline est trop grosse, ce qui indique souvent un œuf de mauvaise qualité. Il nous laisse peu d'espoir pour que la grossesse se poursuivre, je dois le revoir quelques jours plus tard. Je fonds en larmes. Je me sens "vide". Lors de l'échographie suivante, le cœur s'est arrêté de battre; je suis hospitalisée pour une aspiration. Avec le recul, je vois les choses de façon plus positive en me disant que j'ai la chance d'avoir pu démarrer une grossesse.

Juillet 2007 : Nous avons rendez-vous avec le gynécologue du centre d'AMP. Nous pouvons envisager une FIV ICSI à la rentrée. Nous nous sentons vraiment bien accueillis par toute l'équipe chaleureuse et très humaine du centre d'AMP. Nous essayons de ne pas trop "penser bébé" pendant l'été même si c'est dur. Nous sommes bien occupés avec le nouveau déménagement. Ma sœur a eu une petite Sarah qui nous fait craquer.

Septembre 2007 : Nous démarrons le protocole en vue de la FIV ICSI. Nous sommes enthousiastes. Il s'agit d'un protocole long. Je commence les injections de Décapeptyl pour bloquer les ovaires. Puis, j'ai des injections de GonalF pour assurer la maturation des follicules. Le jour de la ponction arrive. 16 follicules sont ponctionnés. On a obtenu 10 embryons, dont 6 très beaux. Comme nous sommes jeunes, 1 seul m'a été transféré et 5 ont été congelés. Le transfert a été un moment à la fois stressant et émouvant. Stressant car un peu difficile : le gynécologue répétait "je n'y arrive pas, je ne le vois pas". Mais il est resté très calme ; la sage-femme m'a rassurée en m'expliquant qu'il allait simplement changer le cathéter, ce qui arrive parfois. Heureusement, Loïc était là, à mes côtés. Puis a succédé l'émotion. Ensuite, vient l'attente interminable jusqu'à la prise de sang. Espoir, doute se succèdent. Jusque là, le traitement ne m'avait causé aucun désagrément. Mais durant les premiers jours qui suivent la ponction, j'ai très mal au ventre. Je frôle l'hyperstimulation, d'après l'infirmière. Repos total s'impose. Quelques jours avant le test de grossesse, j'ai des saignements. Deux jours plus tard le résultat est évidemment négatif. Nous sommes très déçus mais nous pensons à nos 5 beaux embryons congelés. Nous avions mis pratiquement toute notre famille et amis au courant de la tentative. Il a donc fallu mettre au courant tout le monde du résultat, ce qui est éprouvant et engendre un certain malaise. Nous pensons qu'il est préférable de poursuivre notre parcours dans plus d'intimité.

Nous sommes en février 2008, je viens de commencer un traitement (Provamès) pour un TEC, qui devrait avoir lieu d'ici une dizaine de jours. Cette fois-ci, il n'y a plus la contrainte des injections à heure fixe mais le traitement par Provamès impose un contrôle échographique et prise de sang à réaliser au centre PMA, situé à 2 heures de route de chez nous (150 km). Nous espérons apporter de bonnes nouvelles prochainement. Pour l'instant, nous sommes en vacances et nous profitons de notre nièce qui vient d'avoir 6 mois.

Ce que nous nous disons souvent, c'est que le jour où nous serrerons notre petit bout dans nos bras nous serons les plus heureux du monde, après tant d'épreuves, surtout morales.

Myriam et Loïc


Bonjour,

Nous n’avons pas donné de nouvelles depuis février 2008 alors que nous allions faire un TEC d’un embryon. Le transfert fut très long et difficile et le TEC s’est soldé par un échec.

Avril 2008 : Le gynécologue m’a fait une hystéroscopie afin de comprendre pourquoi le passage du cathéter est si difficile. L’explication est qu’il y a des glandes dans le col qui constituent des obstacles pour le cathéter et que mon utérus est fortement penché vers l’avant. Donc aucune opération n’est envisageable ; il faut faire avec. Je suis assez angoissée à l’idée d’un prochain transfert.

juin 2008 : Il nous reste 4 embryons congelés, nous repartons pour un nouveau TEC. Cette fois-ci un seul embryon tient après la décongélation. Le transfert s’avère une fois de plus très difficile, encore plus difficile. Cette fois, le gynécologue utilise directement un cathéter rigide. Après de nombreux passages infructueux et au moins 20 minutes, le médecin prend des pinces qui s’avèreront tout aussi inefficaces. Elles n’auront provoquées que douleurs et contractions, ce qui est néfaste. Puis, il dit :  «J’essaye encore une fois, sinon on arrêtera». A ce moment là, je suis persuadée qu’il ne passera pas. Un instant plus tard, le gynécologue se lève (je pense qu’il arrête le transfert) puis revient avec un nouveau cathéter très courbé et là, il passe comme une lettre à la poste. Nous sommes très contents mais les douleurs et saignements m’inquiètent. La sage-femme me rassure en m’expliquant que l’embryon est dans l’utérus, c’est l’essentiel. Mais ce TEC se solde une fois de plus par un échec. Il n’y a plus d’embryons congelés, il faudra tout recommencer.

Nous décidons de nous laisser du temps et de ne pas recommencer une tentative de FIV tout de suite; nous ne nous sentons pas prêts. Je prends tout de même rendez-vous avec le gynécologue du centre d’AMP pour reparler de tout cela, en particulier des transferts qui m’angoissent beaucoup. Je voudrais envisager la prochaine tentative de façon plus sereine. En attendant, nous pensons surtout à notre projet de construction de maison. Cela nous fait du bien de nous focaliser sur autre chose. La construction devrait démarrer prochainement.

Septembre/Octobre 2008 : Depuis quelques temps, une amie me conseillait de me diriger vers les médecines douces qui selon elles peuvent être bénéfiques. Nous sommes sceptiques. Mais après tout pourquoi pas, cela ne peut pas faire de mal. Nous allons voir tous les deux une ostéopathe qui elle-même nous oriente également vers une acupunctrice. L’acupunctrice nous recommande de prendre des compléments alimentaires pour tous les deux qui amélioreraient la fertilité.

Fin octobre nous avons rendez-vous avec le gynécologue. Il est très « humain ». Il nous rassure quand à nos futures chances de réussite malgré les transferts difficiles. Selon lui, la durée du transfert n’est pas problématique ; en revanche les saignements diminuent un peu les chances de succès. Mais il pense qu’il n’y a pas de raison que je ne sois pas enceinte lors d’une prochaine tentative. Il me prescrit un décontractant à prendre avant le prochain transfert car le fait d’être tendue rend le transfert encore plus difficile. Par ailleurs, il nous explique qu’il a eu un seul cas en 25 ans où le transfert était impossible mais a pu être réalisé sous anesthésie générale. Cela me rassure de savoir qu’il existe une autre alternative. Suite au rendez-vous nous sommes plutôt confiants et rassurés et nous décidons finalement de retenter une FIV prochainement. Le rendez-vous de programmation de la FIV est prévu pour début décembre.

Novembre 2008 : Nous nous sentons motivés pour la prochaine tentative qui devrait avoir lieu en janvier. J’attends donc avec impatience mes prochaines règles. En novembre, cela fait plusieurs jours que j’ai des douleurs au ventre, le mal de tête type veille de règles mais pas de règles en vue. Je n’y crois pas vraiment mais je me décide tout de même à faire un test de grossesse. Au bout de quelques minutes, il s’avère négatif ; je suis un peu déçue mais sans plus. Je ne le jette pas immédiatement , reviens quelques minutes plus tard pour le jeter et là je vois positif. Alors là, je ne sais plus quoi penser ! Pour ma première grossesse, il est devenu positif immédiatement et sur la notice, il est bien précisé que le test ne doit pas être lu après 10 minutes ; en même temps ça fait tout juste 10 minutes ! Je rachète un test et décide d’attendre le lendemain… après une longue nuit blanche : positif immédiatement. Je suis enceinte. Nous sommes heureux mais nous ne réalisons pas. C’est la deuxième fois que j’arrive à être enceinte sans traitement en trois ans. Grâce à quoi ? l’ostéopathie ? l’acupuncture ? les compléments alimentaires ? la focalisation sur la prochaine tentative et la maison ? le hasard  ? Je ne sais pas, peut-être un peu tout ça à la fois. Peu importe. L’inquiétude de la fausse-couche est vite présente, d’autant plus que les symptômes de grossesse commencent à disparaître. J’ai rendez-vous rapidement avec le gynécologue  ; j’y vais persuadée que la grossesse est arrêtée puisque ma poitrine qui était tendue s’est mise à « dégonflée ». Le médecin commence l’échographie : c’est interminable , il observe, grossit, mesure, se lève pour allumer la lumière, imprime, ré éteint sans mot dire ; et puis au bout d’un moment, il dit : « vous savez ce qu’on entend là ? » puis rajoute : « c’est le cœur du bébé ! ». Alors à ce moment là c’est mon cœur à moi qui s’emballe à son tour, je tremble, j’ai les larmes aux yeux. L’instant est magique. Le médecin m’avouera après qu’il s’attendait à ne pas voir d’embryon ou pas d’activité cardiaque. Finalement, c’est psychologique la disparition des symptômes selon lui. D’ailleurs quelques jours plus tard, les voilà de retour. Maintenant il faut attendre de passer le cap des trois mois pour être plus rassurés.

Février 2009 : Le quatrième mois s’achève bientôt. J’ai hâte de le sentir bouger. Tout se passe bien mais nous serons pleinement rassurés quand nous pourrons le serrer dans nos bras.

Myriam.


Décembre 2009

A quatre mois de grossesse je sens les premiers coups et rapidement le papa peut les sentir aussi, c’est magique. Nous apprenons à l’échographie des 22 sa qu’il s’agit d’une petite fille. Le terme de la grossesse arrive mais notre puce semble bien, au chaud, encore quelques jours dans le ventre de maman. Finalement elle est née quatre jours après terme , très rapidement : un accouchement de rêve… Nous pouvons enfin la tenir dans nos bras ; elle nous remplit de bonheur !

Marie est née le 29 juillet 2009.

Myriam et Loic


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.