La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Marie & Laurent - (Suisse - mars 2000)

J'ai découvert votre site, il y a deux jours et depuis je le parcours sans cesse.
A chaque lecture des témoignages, tout ce que j'ai vécu me reviens en mémoire. Même si pour mon mari et moi tout est bien qui finit bien, autour de nous, nous ne rencontrons que des gens qui souffrent de la stérilité. Nous désirons témoigner pour soutenir ceux qui traversent cette difficile épreuve.

Notre histoire a débuté comme beaucoup d'histoire : une rencontre, une vie commune très vite et un mariage en 1994. Nous étions jeunes, j'avais 22 ans et mon mari 23 ans. Autour de nous, mes amies surtout, me trouver folle de me "caser" si jeune. Alors, après 3 mois de mariage, lorsque je leur ai parlé de notre désir d'avoir un enfant, elles m'ont dit que j'étais complètement folle. Le décor est planté... Incompréhension totale de notre entourage face à notre désir d'enfant.

Les mois ont passé. Mes cycles étaient très irréguliers. Je pouvais attendre 35 comme 68 jours pour avoir mes prochaines règles. A chaque fois, je faisais un test de grossesse espérant l'impossible. Au bout d'un an, mon gynécologue me dit que j'y pense trop, que je ferai mieux d'aller profiter de la neige (j'habite une station de ski en Suisse). Moi, je n'ai jamais trop aimé le ski et ce que je voulais c'était un enfant. J'avais rendez-vous chez mon gynéco 6 mois plus tard pour peut-être voir si c'était le moment de contrôler que tout aille bien. Je n'y suis jamais allée. Entre temps, nous étions partis en vacances en France (pays d'où Laurent, mon mari est originaire) et en discutant avec mes belles-soeurs, j'ai compris que ce médecin se fichait pas mal de nous. J'ai donc changé de médecin. A cette époque, mon mari et moi n'avions presque plus de relations sexuelles qui à mon avis, ne servaient à rien.

Ce 2ème médecin m'a fait une échographie et m'a dit que j'avais des poly-kystes aux 2 ovaires. J'ai donc suivi un traitement pendant 9 mois à coup d'injections d'Humegon et Profasi et de comprimés Clomid. Je précise que ce médecin n'a jamais plus fait d'échographies et qu'après 9 mois de traitement, il me dit que cela ne servait à rien et que de toute façon, je devais me débrouiller seule parce que lui fermait son cabinet. Je suis sortie de là en pleurs... et je suis allée directement chez mon généraliste qui m'a immédiatement pris un rendez-vous chez un spécialiste de la stérilité qui a son cabinet à 15 km de chez moi (c'est donc la porte à côté).
En octobre 1996, il m'a rassurée et m'a demandé où se trouvait le spermogramme de mon mari ! Stupéfaction de sa part, j'avais eu 2 médecins avant lui et aucun d'eux n'avaient pris la peine de contrôler mon mari. Le spermogramme de mon mari était en ordre. Premier soulagement. Mais mes ovulations étaient capricieuses. Un mois j'en avais une et l'autre mois non. Nous avons fait 2 tests d'Huhner qui se sont révélés désastreux : tous les spermatozoïdes de mon mari étaient morts. Le médecin redemande un spermogramme qui est encore meilleur que le précédent. Nous passons à l'étape suivante : les inséminations. J'en ai eu 2 : la 1ère en juillet 1997 et la seconde en août 1997. Suite à ces 2 échecs mon gynécologue m'a proposé de faire une hystérographie, radiographie des trompes. Il m'avait dit que cet examen ne se passait plus sous anesthésie car trop peu de femmes souffrent... et moi j'ai souffert... Je pleurais. J'avais l'impression qu'on enlevait mes entrailles... Heureusement, l'équipe médicale m'a très bien entourée. Un assistant du médecin, m'essuyait les larmes ! Cet examen a révélé qu'il y avait un problème... que c'était sans doute des adhérences qui entouraient complètement mes ovaires. Une laparoscopie a permis de confirmer ce diagnostic et de couper ses adhérences. A ce stade là, de mon histoire, il faut que j'indique que lors de mon opération de l'appendicite (j'avais 14 ans), celle-ci était complètement entourée d'adhérences... et que cette information peut être très utile au médecin... En général, on vous rit au nez lorsque vous prononcer les mots "opération de l'appendice". Mais si le médecin qui m'avait opérée de l'appendice était encore en vie, il aurait tout de suite eu la puce à l'oreille ! Suite à cette laparoscopie j'ai de nouveau eu droit aux inséminations artificielles : ma glaire cervicale était trop acide et les pauvres spermatozoïdes de mon mari mourraient. La 1ère insémination fut un échec (janvier 1998). J'étais si nerveuse, si négative, si déprimée que lorsque j'ai lu le résultat de mes tests d'ovulation, j'ai lu de travers. L'insémination a tout de même eu lieu car il y avait une toute petite chance... Mais ce fut un échec.

Nous avons recommencé le mois suivant (février 1998). A l'échographie du follicule, le médecin m'a appris que j'en avais 2 voire 3 qui étaient bien mûres. Je précise que j'étais toujours sous Clomid et injections d'Humegon. Je savais donc que si c'était CE mois le bon, je pouvais avoir des jumeaux... L'insémination a eu lieu le 23 février 1998 et j'ai fait un test de grossesse le 27 mars qui s'est révélé positif... Le 2 avril, jour de mon anniversaire (26 ans), le médecin a confirmé ma grossesse gémellaire. A partir de cette date, j'ai cessé de pleuré... je suis devenue très anxieuse. J'avais très peur de perdre soit un seul bébé soit les deux. Cette grossesse gémellaire était pour moi la fin de tout cela... Une revanche de la vie. Le 30 octobre 1998, j'ai mis au monde par césarienne un petit garçon, Damien et une petite fille Caroline. Aujourd'hui ils ont 16 mois. Je suis une mère comblée... mais je n'arrive pas à oublier par où je suis passée.

Dans ce "petit" résumé, je ne vous ai pas parlé de mon état psychologique... Je ne sortais plus de chez moi tant j'avais peur de rencontrer une femme enceinte... ou bien que l'on me demande si j'étais enceinte parce que depuis le début de cette mésaventure j'ai pris 20 kg. On me disait de ne pas y penser que j'étais jeune, que je ne connaissais pas mon mari depuis assez longtemps... Je faisais des crises de nerfs (le plus souvent 2 jours avant mes règles). Je n'avais pratiquement plus de relations sexuelles avec mon mari, sauf les jours où il le fallait. J'ai aussi "trié" mes amies : celles qui me trouvaient folles, je les ai oubliées quant aux autres et surtout ma meilleure amie, elles m'ont soutenue comme personne et si je témoigne aujourd'hui c'est pour elles... parce qu'elles sont en train de vivre cet enfer qu'est la stérilité... C'est un combat qu'il faut supporter avec courage, détermination. Comme je le leur ai dit, je veux le dire aux couples dans la même situation : "Commencez les investigations cela veut dire n'arrêtez que lorsqu'il n'y aura plus d'espoir". C'est le seul conseil que j'ai suivi et que j'ai eu raison de suivre.

Vous qui vivez ou qui avez vécu cette situation et si vous avez besoin de réconfort n'hésitez pas à nous écrire.

Marie et Laurent


Décembre 2002

Nous avons témoigné en 2000 sous , Marie et Laurent, Suisse... et nous souhaitons rajouter la suite...

Lorsque nous avions témoigné en 2000, mon mari et moi pensions qu'une page de souffrances était tournée... Nous ne pensions plus avoir d'enfants car nous n'en voulions qu'à l'unique condition que cet enfant soit conçu naturellement. Le destin... en a décidé autrement.

En juin 2000, lors de ma visite annuelle chez mon médecin gynécologue, celui-ci m'a appris que j'étais en pleine période ovulatoire (il a remarqué les glaires). Lorsque je suis rentrée à la maison, je l'ai dit à mon mari et nous avons décidé de tenter notre chance sans trop d'espoir... 3 semaines plus tard, un test de grossesse a révélé que j'étais bel et bien enceinte. Nous étions si heureux... un peu anxieux car nos jumeaux avaient à peine 20 mois mais heureux... Cette grossesse s'est très bien passée... jusqu'au 6 mars 2001 : j'étais à 12 jours de mon terme. C'est encore très douloureux d'en parler alors je ferai court. Ce 6 mars 2001, la vie a quitté mon petit bébé... Je ne l'ai plus senti bouger... Je suis descendue à la maternité très rapidement mais trop tard... Mon bébé avait cessé de vivre alors qu'il était encore en moi. 2 jours plus tard j'ai accouché par voie basse (par provocation) d'une magnifique petite princesse que nous avons prénommée Noëlie. Cela a été très difficile... cela l'est toujours d'ailleurs.

Mon mari et moi avons décidé très rapidement d'avoir un autre enfant même s'il fallait repasser par la case "PMA". Suite à mon retour de couches, mes règles ont été coupées en milieu de cycles par des pertes de sang... Mon médecin m'a alors prescrit le "Duphaston" pour palier à un manque de progestérone. En août (soit 5 mois après la mort de ma fille), je suis retournée chez mon médecin pour un contrôle et je lui ai demandé s'il pouvait contrôler mon ovulation : il l'a fait sur 3 mois... et la réalité a été : pas d'ovulation ! Le choc ! Le clomid m'a été prescrit mais lui aussi n'a rien pu pour moi : toujours pas d'ovulation. En décembre 2001, j'ai attaqué le traitement de choc (le même que celui qui m'a permis d'avoir mes jumeaux) mais voilà, toujours pas d'ovulation. En janvier 2002, j'ai eu droit à des doses plus fortes et là... j'ai eu 3 follicules... Mon mari et moi avons décidé de ne rien tenter ce mois-là car nous n'étions pas capables d'assumer des triplés après des jumeaux... En février 2002, nouvelle tentative et là, "seulement" 2 follicules : nous tentons l'insémination artificielle... Le 23 février 2002, le test était positif. Ma grossesse a été un cauchemars... J'avais peur tout le temps de perdre le bébé, qu'il meurt in-utéro comme pour Noëlie... Ces 9 mois-là ont duré des siècles... Le 18 octobre 2002 (il y a 14 jours) j'ai mis au monde un petit bonhomme de 49 cm pour 3kg070 que nous avons prénommé Pierre.

Pour moi, une nouvelle grossesse qu'elle soit spontanée ou non est hors de question. J'ai 3 enfants en vie qui sont merveilleux et je tiens à en profiter.

La vie nous réserve beaucoup de surprises... et j'espère que pour vous, le bonheur sera au rendez-vous.

Marie

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