La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Emmanuelle & Franck - (France - Mai 2005)

Pour commencer, merci à Viviane et Vincent pour leur travail, ces témoignages m'apportent beaucoup de réconfort dans ces moments difficiles… J'ai décidé aujourd'hui (début mai 2005) de franchir le pas en vous envoyant un témoignage que je prépare depuis quelques temps.

Je m’appelle Emmanuelle, j’ai 27 ans. J’ai le bonheur d’être mariée depuis un an et demi à Franck, dont nous avons fêté le 30ème anniversaire il y a peu.

Février 2004

Notre histoire commence l’année dernière, le jour de la Saint Valentin, lorsque nous nous exprimons l’un l’autre notre désir d’avoir un enfant : quel moment d’ivresse… pas tout à fait sans nuage pour moi, car depuis la puberté, mes cycles ont d’abord été chaotiques avant de disparaître complètement. La pilule avait remis de l’ordre ­ mais de façon artificielle.

J’arrête de prendre la pilule, les cycles ne viennent pas. J’en fais part à ma gynécologue un mois après : peu surprise, elle me dit qu’il faut attendre… c’est que ce nous faisons pendant 3, puis 6 mois. « Prenez du poids ! » - me dit-elle, sans doute avec raison car je n’étais pas très épaisse… mais le problème ­ ainsi l’ai je appris par la suite ­ ne résidait pas là. « Soyez cool ! » renchérit-elle et il n’y en a pas de pire à entendre que cette expression lorsqu’on est confronté à un problème de stéritilité clair et net (qui se matérialise pour moi par une absence totale de règles) : comment être « cool » lorsqu’à côté de vous pleuvent les annonces de naissance des copains, les questions de la famille (« Alors, c’est pour quand ? »)… Par rapport à ce, l’attitude de mon mari est exemplaire : présent, attentif, sage, il était là pour me raisonner et me donner l’envie de me battre pour ce bébé dont on a tant envie !

Octobre 2004

Ma gynécologue, après 2 échecs de traitement au Duphaston et une période courte mais intense de crises de larmes, m’oriente vers la PMA. Je réussis à trouver un médecin qui (semble-t-il) a bonne réputation et est proche de mon lieu de travail (chose hyper importante pour moi, qui suis amener à me déplacer pour mon travail très souvent). Je décroche mon téléphone fin octobre pour obtenir finalement un rendez-vous le… 18 janvier 2005.

Mai 2005

Ce nouveau médecin me redonne confiance : nous entamons un premier traitement au Puregon. Dur dur de faire cohabiter la stimulation (et les multiples examens qu’elle engendre) avec mon boulot, mais la motivation est là et bien là.
Premier traitement, premier échec et grosse déception pour moi car je croyais ressentir les premiers « signes sympathiques » de grossesse. Redressons la tête, pour un second traitement… qui n’aboutira pas. Après 15 jours de Puregon, les follicules sont trop petits et les dosages hormonaux font du yo-yo. Nouvelle déception, mais on repart quelques jours après pour un autre traitement : la pompe LH-RH. Grosso modo, cette pompe ­ que je garde à la ceinture 24h sur 24 ­ remplace les hormones hypophysaires qui me font défaut : bref, c'est assez "barbare" mais dixit mon médecin, très efficace. Nous avons tout de même de sacrés défis à relever à court terme pour concrétiser notre désir d'enfant : mener à bien les quelques semaines de traitement qui seront pour moi chargées professionnellement, faire en sorte que mon mari (souvent en déplacement) soit là le jour de l’ovulation…

Mais on est motivés à 200%, et on se dit qu'au bout du compte, on va l'avoir, nous aussi, notre crevette !

Bon courage à toutes et tous

Emmanuelle


Février 2006

Bonjour à tous,

9 mois de silence depuis mon premier témoignage. Je souhaitais revenir vers vous pour vous faire partager nos péripéties.

Nous nous sommes quittés en mai 2005, lorsque j’abordais mon premier traitement avec la pompe LH-RH, qui s’avéra finalement très douloureux (le cathéter était mal positionné : veillez-y lors de la pose, ni trop haut, ni trop bas !). Le traitement a marché au-delà de nos espérances… bien au-delà en fait car nous avions tablé sur 10 jours et l’ovulation a eu lieu au bout de 5 jours, alors que mon mari était en déplacement professionnel en Italie. Impossible de rentrer. l’angoisse, l’énervement du médecin : la totale, j’étais au fond du trou.

Juillet 2005

On remet ça au mois de juillet. Dosage plus fort (le toubib se trompe, je lui fais remarquer mais elle ne me croit pas et me prends pour la dernière des délurées. Super, je découvre qu’il y a un trou en dessous du trou dans lequel je me trouvais). Quoi qu’il en soit, le traitement ne fonctionne pas : pas de règles (donc pas d’ovulation), une fatigue incroyable, des nausées pour rien. Le médecin ne comprend pas. On s’en tient là et chacun part en vacances. Le problème, c’est le retour des vacances : des douleurs abdominales incessantes me conduisent x fois chez le médecin puis aux urgences où seule la morphine me soulage. Personne ne comprend ce qui m’arrive – j’imagine moi a posteriori que ça peut difficilement être sans rapport avec le traitement surdosé que j’ai subi.

Bon pied, bon œil, on remet ça en septembre : 3ème clap ! Je réussis quand même à faire comprendre au médecin qu’elle s’était plantée dans ses dosages (avec ses ordonnances sous les yeux, c’était difficile de dire que j’étais débile). Du coup, on diminue les doses, je suis rassurée, et on remet le couvercle. Ça se passe bien au début puis pas trop sur la fin : les taux d’hormone grimpent de façon satisfaisante, en revanche les follicules sont trop petits. Echographie de la dernière chance un samedi matin (à 7h, c’est encore meilleur). L’échographe me dit que c’est foutu, ça marchera pas ; le médecin trouve que c’est un peu petit et au final, je suis censée reprendre un traitement complémentaire « coup de pousse » à partir du lundi pour les faire grandir, ces follicules ! Le médecin me demande quand même une prise de sang pour savoir où en sont les hormones. Je m’exécute. Coup de fil le lundi soir : « Madame, il semblerait que vous ayez ovulé ce week-end donc on attend 15 jours puis beta HCG. » C’est cela, oui. Heureusement qu’on s’était pas démonté avec mon mari et qu’on s’était octroyé un petit câlin dimanche, même si le moral était dans les chaussettes.

Cela dit, j’étais très zen : je savais qu’il n’y avait aucune chance, donc au diable le traitement : j’ai bossé comme je n’ai jamais bossé, festoyé, bu vins & champagnes… J’étais prête psychologiquement à repartir pour mon 4ème traitement en décembre. Dimanche, 2 semaines plus tard, je commence à ne pas être bien, trop de boulot, il faut que je ralentisse et le lendemain, lundi (le jour du beta HCG), fatigue, nausées, je file faire l’examen que j’estimais proprement inutile et le coup de théâtre : un beta HCG à 618. Je me le fais répéter à plusieurs reprises, écrase quelques larmes et file à la maison pour prendre un peu de repos. C’est ainsi qu’a débuté ma grossesse. Je vous épargne le premier trimestre : pour moi, il n’a pas été tout rose (c’est pas comme dans « L’Odyssée de la vie » que j’ai trouvé très bien au demeurant…) mais plutôt fait d’inquiétudes et de doutes : après tant d’épreuves, je m’étais préparée à encaisser une fausse-couche. Et puis non !

Février 2006

J’achève aujourd’hui mon 4ème mois de grossesse. Un beau ventre bien rond (déjà !), ça fait plaisir. Un petit garçon, m’a dit la semaine dernière mon gynécologue, tout frétillant (j’en ai trouvé un super à côté de chez moi, fini mon médecin-spécialiste-de-la- stérilité-mais-qui-finalement-se-trompe-comme-tout-le-monde). Il bouge bien et c’est un vrai régal de partager avec le bébé ces moments-là. Mais il me reste encore du temps avant de le voir parmi nous. J’espère que tout se déroulera bien.

En conclusion, le message que je souhaite faire passer, c’est un message d’espoir. La médecine est belle, elle a fait dans le domaine de la PMA des progrès incroyables mais c’est encore le hasard qui met son grain de sel et quand bien même on vous raconte que tout est foutu, que c’est pas possible et bien, mon expérience me prouve que c’est parfois possible. Alors gardez courage !

Emmanuelle


Octobre 2006

Bonjour,

Je souhaite simplement faire part de la naissance de notre petit Paul, le 2 juin 2006. Nous allons tous très bien et souhaitons à vous et vos lecteurs qui rencontrent des difficultés pour avoir un enfant beaucoup de réussite dans ce magnifique projet.

Emmanuelle


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Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.