La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Liliane & Laurent - (France - janvier 2003)

Je nous présente : Liliane, 29 ans et Laurent, 30 ans, mariés depuis déjà trois ans ...

En ce début d¹année 2003, je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur, et surtout la joie de concrétiser tout ce à quoi vous aspirez, et surtout : un bébé.

Je lis un par un tous vos messages, et à chaque fois je retrouve les mots, les phrases, les émotions que j¹ai moi-même envie d¹exprimer, et surtout toute cette souffrance que chacun d¹entre-nous ressent. Même certains hommes ont exprimé leur souffrance, j¹ai particulièrement aimé le texte de Fred et d¹Elle, car mon mari, ressent aussi beaucoup de sentiments similaires. Il aimerait tellement se sentir plus impliqué, surtout auprès des infirmières qui me piquent chaque soir. D¹ailleurs, il ne manque pas d¹être présent à ces rendez-vous car il guette le moment où il pourra se confier auprès d¹elles... Mais cela ne nous suffit pas ou plutôt ne nous suffit plus, et nous nous sentons très seuls par rapport à ce problème d¹infertilité. Seuls par rapport au monde médical, 1 cas parmi tant d¹autres (malheureusement), seuls par rapport à nos familles respectives qui ne nous soutiennent guère : le sujet étant trop tabou. Seuls les couples - amis ou pas amis, vivant cette situation nous comprennent, et nous essayons de nous remonter le moral mutuellement ...

Dur, dur, physiquement mais surtout moralement. D¹ailleurs, mon mari a fait une dépression voyant que notre désir de créer une famille ne se concrétisait pas, quant à moi, ressentant toute une souffrance au fond de moi, j¹ai décidé de voir une psychologue dans le service maternité de la clinique ... la parole est très libératrice. La démarche n¹est pas évidente (j¹ai fondu en larmes devant elle dès la première minute, au moins tout était dit ...).
Ces larmes qui me viennent très souvent, trop souvent et qui gâchent tout notre bonheur d¹être déjà deux. Je pense à toutes ces personnes seules, surtout celles qui n¹ont pas trouvé leur ³âme soeur²... Cela fait 5 ans que nous vivons une vie amoureuse épanouie, et 3 ans que nous nous sommes dit oui pour la vie, mais aussi pour le meilleur et le pire. Le pire, nous sommes en train de le vivre depuis que nous avons émis le désir d¹une famille (5 enfants qu¹on voulait !) : dépression puis chômage de Laurent car impossible d¹assumer au boulot (trop sensible !), et trois ans de traitement pour ma part.

Déjà 3 ans et un peu plus que nous désirons cet enfant de l¹amour et qu¹il ne vient pas.
Le premier gynéco me prescrivait du Clomid, et nous avons fait un test de Hühner (très mauvais) et un spermogramme (le second étant pas trop mal). Nous devions rentrer dans un protocole de PMA quand nous avons déménagé, au bout de 6 mois.

³Tout semble normal², m¹a dit le second gynéco. Aussi, la série des traitements commence : sous Clomid à 6 reprises, puis les injections de Gonal, les doses varient d¹un traitement à l¹autre, et les échographies, les prises de sang, puis on attend voir si j¹ovule : 8 traitements en 13 mois pour comprendre que je n¹ovulais pas ... Autant dire que le dynamisme et la pêche que j¹avais auparavant en a pris un sacré coup, même le sport que je pratiquais avec assiduité devient contrainte ...
Au bout de deux ans, et des poussières de consultation, on en conclu, avec certitude, que je n¹ovule pas, mes ovaires sont fainéants, mais le gynéco me répète ³le problème avec vous est qu¹ il n¹y en a pas² (sic). A bout, je suis à bout ... et nous le faisons clairement comprendre. D¹ailleurs l¹échographe (très sympa avec toujours un petit mot optimiste pour nous remonter, ce qui est fort rare d¹après vos témoignages ...) nous dit : ³Il ne faut pas que vous restiez comme cela tous les deux, passez à la vitesse supérieure!².
Le gynéco demande enfin à Laurent de faire un spermogramme, deux ans après le premier, et ouf, meilleur que la dernière fois, ce qui nous rassure. Quant à moi, je fais un mini-break suite à la déception du mois dernier, le jour du mariage de mon frère, imaginez la tête que nous avions ... et alors même que les fêtes de fin d¹année s¹annonçaient. Comme la plupart d¹entre-vous, je pense que ce n¹est pas une période propice au bonheur ...

Mes résolutions pour l¹année 2003, est d¹avancer dans ces démarches, et nous voulons passer à des traitements plus concrets, nous voyons le gynéco le 20 janvier. On verra ...

Liliane


Décembre 2004

Je reprends notre témoignage datant de janvier 2003, et je n’oublie guère la souffrance ressentie par notre couple durant cette longue période : 3 ans de traitements se sont déjà passés depuis notre mariage, en fait et le début d’année 2003 voit s’annoncer le début d’un nouveau protocole. Comme je le disais, nous revoyons le gynécologue le 20 janvier 2003, avec la ferme intention de lui montrer que nous désirons commencé la PMA, c’est–à–dire continuer les traitements sous Gonal, les prises de sang et les échographies, mais nous désirons effectuer une IAC au moment de l’ovulation (différent des rapports naturels). Aussi, la première tentative aura lieu en février de cette même année : nous avons l’impression de passer à une nouvelle étape. Seconde tentative en juin, avant les grandes vacances, qui nous laisse sur le carreau. Nous savions à l’avance que le spermogramme de Laurent serait négatif car il avait eu une forte fièvre auparavant, ce qui diminue la qualité et la quantité des spermatozoïdes. Nous le savions, étions prêts à attendre le mois de septembre pour faire la seconde tentative, mais notre gynéco nous dit qu’il n’y a pas d’incidence … résultat : un coup pour rien … Un petit break durant l’été 2003 nous fera énormément de bien, même si nous ne prenons pas de vacances : Laurent est au chômage depuis déjà une année, et moi, je passe mon temps libre à préparer un concours : ne sachant si je suis retenue pour l’écrit, je passe le mois d’août dans les bouquins, et nos journées au bord de mer sont une source de joie, surtout en cette période de canicule. Je n’obtiendrais malheureusement pas ce concours où toute mon énergie s’est envolée, je suis épuisée … Nos échecs professionnels me font déprimer fortement en septembre, et nous retentons quand même une troisième tentative, période pendant laquelle je suis en vacances, trois semaines que nous passons à la maison et où je me repose. Je ne digère pas l’échec lié au concours, et commence le traitement, je fais désormais moi–même les piqûres car je n’en pouvais plus d’être présente chaque soir à la maison, sur le qui-vive en attendant les infirmières même si elles sont super gentilles. Je ne crois guère à ce traitement, et j’y suis complètement indifférente (j’en oublierais presque les rdv de prise de sang et d’échographie, à 40 km du domicile). J’ai plutôt l’impression de gâcher une nouvelle fois cette période de congé.

Côté moral, ces vacances ont été catastrophiques. Aussi, début octobre, je suis enchantée de reprendre le travail, même si celui-ci me procure également des déceptions et que je ne suis guère motivée. Je sais aussi que d’ici trois semaines, Laurent et moi nous nous offrons une semaine en thalassothérapie, à La Baule. Je ne pense plus qu’à ce séjour et à la fête d’anniversaire que j’organise pour mes 30 ans, juste après notre retour. D’ailleurs, mon indifférence face à ce troisième traitement me fait oublier de dire que c’est un troisième échec. Cela ne m’atteint même plus.

Pourtant, le gynéco s’aperçoit que ma courbe de température est beaucoup mieux : j’ai enfin ovulé, le seul traitement qui me donne l’impression qu’il y a un semblant de réussite. Parole salvatrice du médecin qui me dit, en mettant le doigt sur la fin de la courbe qui correspond à l’arrivée de mes règles : « il ne manque qu’une chose, le bébé ! ». A cette phrase, je reprends espoir et suis confiante, mais pour quand ??? Fin octobre 2003, nous partons en thalasso, où je ne pense qu’à moi. Laurent ne faisant pas les soins, il s’occupe de toute l’intendance et c’est une semaine formidable que nous passons à deux. Au retour, je sens que je vais beaucoup mieux moralement, et je relativise beaucoup quant à cette période très pénible. Un jour ou l’autre, nous aurons des bébés, à nous ou adoptés, bref, nous retrouvons confiance. D’un point de vue sexuel, notre libido revient et nous retrouvons les ébats de nos tout début. Si je précise cela, c’est que nous nous rendons compte que le fait de suivre des traitements à répétition gâche aussi la vie sexuelle du couple qui traverse cette épreuve, d’autant que les rapports sont souvent programmés. Et aussi, la peur de ne pas y arriver, de faire un blocage. Peur d’autant plus forte lors du recueil du sperme. Laurent veut que je l’y accompagne à chaque fois, mais j’appréhende à chaque fois qu’il souffre « d’ impuissance ». Comment réussir à éjaculer dans ce minuscule cabinet aux murs blancs. Nous parlons de ce problème de fertilité de plus en plus librement autour de nous, je mets notre famille davantage dans la confidence. Même si discuter de ce « tabou » est dur, cela me libère énormément vis–à–vis de ma relation avec ma mère. Je la sens compatissante, et je sais qu’elle a entendue notre souffrance. Les fêtes de fin d’année nous sont toujours pénibles, mais contrairement à l’année passée, je souhaite les passer en famille. L’occasion pour ma sœur (plus jeune que moi) de m’annoncer sa seconde grossesse. Les larmes jaillissent de plus belles, je n’avais pas pleuré depuis quelques mois déjà. J’encaisse la nouvelle. Ce qui me sauve est de savoir que Laurent a un nouvel objectif professionnel pour le mois de janvier, il reprend ses études et s’inscrit pour un BTS. Début janvier 2004, nous déménageons pour nous rapprocher de la ville où nous devons nous rendre chaque jour, le trajet étant assez fatiguant, et quittons ainsi la vie à la campagne.

Dans les cartons, je range les médicaments prévus pour le quatrième traitement, et commence les piqûres le lendemain du déménagement. Autant dire qu’il faut faire un savant calcul auparavant. Le 20 janvier, la secrétaire du service FIV nous demande si on veut interrompre le traitement car nous risquons une grossesse multiple. Je refuse d’emblée, sans réfléchir. Aussi, le 21 janvier 2004, nous faisons la 4ème IAC. Nous nous offrons un restaurant le midi même, et je reste couchée toute l’après–midi, car cela m’a a nouveau épuisée. Les jours suivants seront d’autant plus pénibles que je souffre de crampes au bas du ventre … A J 14, j’attends mes règles, elles n’arrivent pas. J’ai toujours ces fameuses crampes, et je me sens extrêmement fatiguée. Trois jours de retard de règles, je suis persuadée qu’elles n’arriveront plus, les signes annonciateurs sont passés. Ma fatigue persiste et surtout, surtout, le plateau thermique se maintient au–delà de 37°C, sans jamais être redescendu en–dessous. Laurent me pousse à faire un test de grossesse, mais je recule ce moment si redoutable. Pour lui faire plaisir, je pars au laboratoire le lundi dans l’après–midi, et le soir, Laurent tient à m’y accompagner pour entendre le résultat. Après plusieurs minutes d’attente, on apprend que le taux BHCG est positif et élevé. Ce 9 février 2004, nous apprenons qu’une grossesse est en cours. Nous avons du mal à réaliser, je pleure de joie dans la rue, nous nous enlaçons. Nous sommes excités. Le 12 février, nous partons à nouveau en vacances, et là, je passe mes journées à dormir, Laurent ne reconnaît plus sa femme …

Retour des vacances, où je vomis durant tout le trajet du retour, je vois le gynécologue pour lui annoncer ma grossesse, et rendez-vous est pris pour une échographie le 1er mars. Laurent ne peut m’y accompagner, aussi je me sens très seule lorsque j’apprends que nous attendons trois bébés. Je suis mal et sous le choc. Je rentre à la maison, les nausées qui ne me quittent plus depuis le début me rendent davantage malade à l’idée d’annoncer cette grossesse triple. Comment va réagir Laurent ??? Heureusement, il reçoit la nouvelle de façon sereine, et est toujours d’un aussi bon soutien. Autant vous dire que nous avons passés la soirée à se poser toutes les questions possibles et inimaginables. Ce mois de mars 2004 fût une période de doutes, d’incertitudes quant à l’avenir de ces trois bébés, car une grossesse multiple comporte de nombreux risques... risque de fausse couche plus élevé et risque de prématurité lors de la naissance. Les médecins nous conseillent la réduction embryonnaire (même si cela présente également des risques), ce que nous ferons le 30 mars. Dur, très dur moment à passer … et surtout, nous ne souhaitons pas être jugés pour avoir pris cette décision. Le plus important est que, une fois de plus, nous étions tous les deux sur la même longueur d’onde, et nous sommes soutenus pendant cette période. Finalement, nous étions soulagés.

Après quatre mois assez difficile sur le plan physique comme psychologique, j’ai enfin pu apprécier cette grossesse, (d’autant que j’ai de suite été arrêté par mon médecin qui interdisait toute activité professionnelle), voir mon ventre s’arrondir petit à petit, et finalement donner naissance, à deux petits garçons, Corentin et Pol – Aurélien, le 22 septembre 2004, à 36 semaines et 6 jours. Deux minuscules bébés de 2250 gr et 2060 gr. Mais, ils ne sont pas considérés comme prématurés, et feront juste un petit séjour de 2 jours en incubateur, afin qu’ils démarrent bien dans la vie.

Nous tenions à mettre à jour ce témoignage afin de donner espoir à tous les couples en attente d’un enfant. Le parcours est très long, mais au final, beaucoup de bonheur. Aussi, n’abandonnez pas le combat et surtout, surtout, gardez espoir ! Ce qui nous fait aujourd’hui souffrir, c’est justement de voir votre souffrance au travers de vos témoignages et nous savons que ceux–ci sont nombreux, trop nombreux à notre goût. Alors, courage !

Liliane & Laurent


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