La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Kerry - (France - mai 2002)

Bonjour et bon courage à toutes et à tous.

Cela fait un petit moment que j'ai trouvé réconfort dans ce site, pas à cause des témoignages tous aussi bouleversants les uns que les autres mais parce qu'enfin je me sens moins seule. J'ai donc enfin décidé de témoigner moi-même tout en gardant un peu d'anonymat. (Je suis anglaise, résidant en France depuis 5 ans donc mes excuses pour les fautes d'orthographes et de français).

Mon témoignage n'est pas tout à fait comme les autres puisque les examens ne montre aucune cause d'infertilité et peut être mon témoignage ne devrait pas être sur ce site mais le résultat, ou plutôt le manque de résultat, est le même, et les souffrances très fortes.

Je connais mon mari depuis plus de 10 ans et nous nous sommes mariés il y a presque 5 ans. Ayant jamais vécu ensemble avant le mariage et même pas dans le même pays! nous avons décidé de "construire" un peu notre couple, d'apprendre partager notre vie et d'adapter nos caractères avant de fonder une famille. En novembre 1999, après plusieurs mois de discussions nous avons décidé d'arrêter la pilule. Le premier mois c'était la grosse déception, j'étais tellement persuadé que tout marchera bien, que je ne ferais pas partie des statistiques des couples infertiles, que nous avons tellement réfléchi à cet enfant, que notre couple était prêt, que nous étions en bonne santé, que je ne fumais pas....en bref il y avait tout pour que ça marche. Après quelques mois je me suis habituée à l'arrivée mensuelle des règles. Le gynéco m'avait dit de me détendre et que tout se passera bien. Les autres ventres s'arrondissent, et même les bébés naissent, toujours rien, jusqu'en décembre 2000. Et là, je ne m'y attendais plus, je suis enceinte, les seins gonflés mais en pleine forme et pas de nausées. J'ai bon appétit mais je ne grossis pas et je continue la natation. Seul problème c'est que j'ai des pertes pratiquement tous les jours et que j'ai sans cesse mal au ventre. Le gynéco me rassure "tout baigne"! Mais je ne le sens pas. J'annonce en pleurant à ma meilleure copine en Angleterre "je suis enfin enceinte mais je vais le perdre". Un vendredi soir de douleurs, et le lundi d'après à 9 semaines d'aménorrhée, l'échographie me montre que le cœur ne bat plus. IVG et curetage une semaine plus tard! Quelques mois de déprime, je ne veux rien faire au niveau examens, je veux juste accepter ce deuil et retrouver un peu notre couple qui souffre un peu tout en devenant plus solide.

Janvier 2002, les bonnes résolutions, je me lance dans la recherche du problème. Je vais le trouver et l'attaquer en face. C'est la guerre. Or, début février, le bilan: il n'y a pas de problème évident "tout est normal". Je rentre une fois de plus dans les statistiques: les couples avec infertilité inexpliquée! Mais Madame vous allez nous faire un beau bébé! Je ne peux pas me mettre au place des autres qui ont un problème spécifique. Je ne connais pas leur souffrance. Mais le fait de ne pas avoir une raison, un problème à affronter, une cause, une réponse est frustrant, désolant et nous nous sentons impuissants. Nous n'avons pas un problème, mais nous n'avons pas non plus un bébé et nous ne pouvons rien faire. C'est le drame! Entre temps les ventres s'arrondissent, parfois pour le 2ème fois depuis que ce galère a commencé. Comment ne pas se sentir aigri, amère, jalouse et qu'il n'y a pas de justice?

Peut être pour des raisons psychologiques, ou pur hasard, on ne le saura jamais, le cycle d'après je me retrouve enceinte, 14 mois après la fausse couche. Mais même scénario: saignements, douleurs de bas ventre donc suivi plus régulier et le constat que les taux hormonaux ne progressent pas comme ils devraient! Le cauchemar recommence. Pourtant j'y tiens, je lui envoies à ce bébé plein de positivité, de bonnes pensées, d'amour. Je mange bien, j'arrête le sport, je me repose. Rien à faire, à 7 semaines, très mal au ventre, saignements et je sais que c'est la fin.

Réponse du gynéco: "nous ne pouvons toujours rien faire, tout est normal, vous n'y croyez plus mais je vous assure ça va arriver"! Ah bon, mais quand, encore 14 mois d'attente, encore une fausse couche? Il n'y a pas de problème vous me dites mais pourtant ce que je désire le plus au monde ne m'arrive pas et je ne peut rien y faire. L'attente et l'angoisse m'épuisent.

Je soupçonne quand même que la phase lutéale trop courte ( de 10 jours contre une première phase de 16 jours) joue un rôle là dedans. Y-a-t-il quelqu'une qui a ce souci et qui a suivi un traitement? J'ai déjà changé, comme plusieurs d'entre vous, de gynéco, et voudrait me renseigner sur les traitements à suivre.

Merci d'avoir pris le temps de lire ma petite histoire même si je ne rentre pas vraiment dans un contexte proprement dit de "problème de fertilité". Maintenant je suis partie pour faire les tests aussi pour "fausses-couches à répétition".

Je vous tiendrai au courant !

Kerry


Novembre 2003

Bonjour,

Cela fait un petit moment que je n'ai pas visité le site et ceci pour une bonne cause :
J'ai accouché de notre petite fille le 29 mai 2003. Elle s'appelle Jodie et nous apporte énormement de bonheur.

Après ma 2ème fausse couche en Mars 2002 (arret de pillule Novembre 1999), je n'avais plus d'espoir. Pas seulement j'avais du mal à tomber enceinte mais les 2 grossesses que j'avais eu avaient terminé en echec. Pour moi les choses ne pourront pas alors plus mal. Mais si alors, l'année 2002 allait être encore plus difficile pour mon mari et moi. Fin juillet le gynéco m'a fait une hysteroscopie sous anesthésie générale pour voir si je n'avais pas de problème d'endométriose. La bonne nouvelle était que tout semblait normale au niveau de l'utérus, donc toujours pas d'explication pour notre "sub fertilité" ni pour les fausses couches. MAIS, en même temps le gynéco m'avait enlevé un fibroid adénome au niveau du sein gauche. Ce fibroid j'avais depuis au moins 10 ans et tous les examens faits avant montraient qu'il était bénin. Le gynéco a voulu l'enlever car en cas de stimulation hormonale pour une FIV il risquait de grossir et devenir plus genant. Très simple, ce qui nous n'a pas de tout inquiété. Hors, un soir mon mari rentre complètement défait; le gynéco venait de l'appeler pour lui dire qu'on m'avait trouvé des cellules précancéreuses de haut grade sur ce fibroid! Je vous laisse imaginer le stress, l'angoisse, le désespoir.

Tous les projets de FIV ou autre ont dû être stoppé et me seront toujours interdit parce que je suis considérée trop à risque d'un cancer de sein évolué. Le desespoir d'avoir un jour un enfant s'installe et je commence les examens avec l'oncologue et les visites à l'hopital specialisé en cancérologie (J'ai 31 ans)! Cependant après le choc initial, cette nouvelle m'a permis de regarder de plus près ce que j'avais dans la vie, un mari qui m'adore et qui j'adore et un entourage famillial et amical très présent. Depuis plus de 2 ans je me suis trouvé, paradoxalement, pour la 1 ère fois heureuse de vivre. En sachant que chaque anniversaire sans un cancer de sein sera une réussite, j'ai décidé de profiter de la vie, de commencer l'adoption et de vivre aussi pleinement que possible ma vie. Je me suis remis au sport à fond, j'ai changé du travail et j'ai recommencé à sourire.

Surprise alors, lors de mes prises de sang pour une opération prévue sur le sein en septembre 2002, je découvre que je suis enceinte!! L'opération est annulée. La grossesse se passe bien sauf menace d'accouchement au 7ème mois, je suis suivie de près aussi bien par l'oncologue que par le gynéco. J'ai eu le droit d'allaiter deux mois. Notre petite fille se porte à merveille et mon sein semblerait être en forme pour le moment. Il semblerait que la grossesse et l'allaitement peuvent être très positives pour ce genre de problème.

Je vous souhaite tous bon courage et des bonnes nouvelles bientôt.

Kerry


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