La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Joëlle - (Suisse - janvier 2003)

Je lis depuis quelques mois vos témoignages et je dois dire que ça m'a bien aidé à tenir le coup avant les fêtes de Noël. Chaque année, les mois de novembre et décembre sont une descente aux enfers pour le moral. La morosité de la météo, les yeux des enfants qui brillent à Noël et nous qui aimerions tellement partager ses instants avec un enfant... Cette année, pour couronner le tout, ma soeur a accouché d'un p'tit garçon le 16 décembre et j'ai passé la soirée de Noël entre ma cousine et ma soeur avec chacune leur bébé et les grands-parents gâteux et émerveillés. SUPER !!! Et moi ? J'ai reçu un super cadeau de ma mère : un livre... qui s'intitule: "traité de gynécologie obstétrique psychosomatique". Ca si c'est pas un message... Et ça vous ramène tout de suite à ce que vous êtes : incapable d'avoir des enfants. Merci! Enfin, ça fait du bien d'en parler!

Pour ce qui est de mon histoire, elle ressemble un peu à la vôtre, c'est sûr.

1992, rencontre de 2 amoureux.

1998, On aimerait sérieusement un bébé mais comme je n'ai jamais pris la pillule, la différence va être essentiellement dans le calcul des jours...

1999-2000, Je suis suivie par un acupuncteur car j'ai des problèmes de règles douloureuses et irrégulières et je repousse ainsi le verdict médical qui me fait très peur.

2001, Mon mari consulte son médecin, lui parle de notre soucis puis, suit une série d'examens pour l'un et l'autre. Résultats: mon mari a la pêche et moi, je n'ovule pas.

2002, On se marie!!!! Un peu d'émotions...Ma mère réagit à l'annonce de notre mariage après 10 ans de mariage en me disant: "pourquoi, t'as un guignol?". Ca fait toujours plaisir et merci pour le tact! En plus, elle savait qu'on cherchait a avoir un enfant depuis longtemps!
Bref, on commence aussi un traitement hormonal au Serophen 4 mois sans succès. Puis on part en voyage de noces en Polynésie, magnifique! Au retour, mon gynécologue m'annonce qu'au vu des echecs de Serophen, on va faire une coelioscopie. C'est un mauvais moment dont je garde les traces sur mon ventre. Résultats : Bon pour une trompe mais hélas pas pour l'autre. Mon gyné me prête la cassette vidéo de l'examen et je découvre l'intérieur de mon corps. Drôle d'impression! Parallèlement, je suis un traitement en homéopathie et chez une psychologue-faciathérapeute (un peu comme l'ostéopathie). Toutes 2 constatent chez moi un gros problème dans ma relation avec ma mère qui m'empoisonne la vie depuis ma naissance parce qu'en résumé, elle me traite comme un garçon et très différemment de ma soeur qui a droit aux bijoux, aux longs cheveux, et qui a aussi le droit d'être fragile. Pas moi...
Bref, j'ai un éléctro choc à la vue de cette vidéo. Au plus profond de mon être, je suis une femme et je dois l'accepter. Ce que je fais en thérapie et avec l'aide de l'homéopathie. Mes douleurs insupportables lors des règles disparaissent alors complètement. Etrange mais quel soulagement après 15 ans de souffrances et de dopping médical pour supporter la douleur!

2003, Je viens de reprendre du Serophen et je dois consulter mon gynéco en février pour planifier la suite du traitement qui passe cette fois par les injections quotidiennes. Je redoute et repousse ce moment depuis longtemps, car je déteste les piqûres!!! Enfin.. il faut souffrir parfois et j'ai déjà pu m'en rendre compte...C'est un peu comme une maladie sauf qu'on va bien sauf quand on est en traitement!!!

Enfin, ça fait du bien de parler de ça avec des gens qui vivent la même chose parce que les autres ont souvent de la peine à comprendre nos souffrances et nos coups de gueule! Et ceux qui ne connaissent pas notre problème, nous enfoncent avec des "quand c'est que vous nous faites un BB?" Maintenant, j'ai trouvé, je réponds sereinement qu'on a des difficultés et qu'on est en traitement et les gens sont tout génés et bien : fallait pas poser la question!

Il y a aussi les jaloux qui ont des enfants et qui voient que nous, on sort au cinéma, on part en vacances, on s'achète plein de fringues...ou ceux qui savent qu'on attend et qui nous disent mais vous avez raison de profiter de votre vie de célibataire mais nous on n'en a un peu marre de profiter seuls des sorties parce que tous nos amis pouponnent! Dur,dur...

Bon, je m'arrête et termine en vous souhaitant à toutes et à tous beaucoup, beaucoup de courage. Peut-être un p'tit conseil: partez en vacances le plus souvent possible, ça change les idées et c'est bon pour le moral. Moi en tout cas, c'est ce qui me tient, quand j'arrête de penser à mes prochaines vacances, je compte les jours, je m'enferme dans mes problèmes et je deviens désagréable avec tout le monde.

Gros becs à tous et toutes..
A bientôt...

Joëlle


Novembre 2003

Voilà des nouvelles fraiches...
D'abord, je remercie les personnes qui m'ont envoyé des messages, envoyez-en encore, j'aime bien partager les moments d'espoir, de doute, de déception et de colère salutaire avec des personnes qui vivent les memes difficultés.

Donc, j'en reviens aux nouvelles :

Février : Après une semaine de snowboard dans les Alpes, je fais une terrible chute qui nécessite une opération du poignet et 2 mois d'arrêt de travail. Mon gynécologue profite de l'aubaine de ce temps disponible pour commencer immédiatement un traitement à l'Humegon. Chaque jour, prise de sang + injection. Le seul bras valide pour la prise de sang finit par enfler, c'est une phlébite!!! Le jour de l'ovulation, je suis la femme la plus attirante pour mon mari : j'ai un bras dans le plâtre, un autre avec un bandage, un bleu sur chaque fesse et une libido largement éteinte!!! Bon, la tendresse et l'amour font des miracles et si ce n'était pas la meilleure nuit, ce n'était pas la pire non plus. Malheureusement, les résultats sont négatifs et mon gynéco m'envoie au CPMA le plus proche où j'obtiens un rendez-vous pour juillet.

Juillet : Rendez-vous chez l'eminent professeur. Hypothèse du professeur : j'ai des ovaires polykystiques et un traitement au Puregon semble etre tout indiqué mais pas avant fin août parce que le Centre ferme pendant quelques semaines !

Août : Puregon... 50, puis 100, puis 6 follicules, trop de risques, on stoppe tout. Un mois plus tard, l'échographie est inquiétante : ovaire énorme, kystes fonctionnels, il faut attendre avant de refaire le traitement et rester calme.

Octobre : Je viens de recommencer avec Puregon mais avec des échographies plus rapprochées et un dosage plus pointu. Il ne reste plus qu'à espérer, meme si c'est un mot qui me fait peur. Il a tellement été lié à la déception jusqu'à maintenant que j'en ai peur.

Ce qui m'énerve le plus aujourd'hui, c'est que dans l'énergie de ce combat, je dois encore lutter pour que mon assurance maladie prenne en charge le traitement et le rembourse. Il faut par exemple payé cash le médicament et l'assurance nous rembourse 15 jours plus tard. Les fins de mois sont souvent difficile du coup ! En plus, l'assurance me rembourse le traitement au Puregon seulement jusqu'en février 2004. Pourquoi? Parce que c'est le réglement! Si je préfère alterner les traitements avec des cycles de repos, c'est mon problème et ça ne change pas le délai qu'ils ont fixé. Alors moi qui aime prendre le temps de récupérer et de retrouver de l'énergie entre les traitements, je trouve que c'est injuste !! Non seulement on souffre de ne pas pouvoir etre enceinte naturellement, en plus on subit des traitements pénibles avec un suivi médical qui est contraignant mais en plus, il faut débourser une fortune! Ca me révolte!!!

A part ça, c'est dur de rester soi-meme pendant ces traitements. Le moral et le physique sont complètement chamboulé et c'est assez déroutant. J'essaie de tenir le coup et je vous remercie d'etre là pour me soutenir et m'écouter quand je vais mal. Je commence seulement à etre capable de lire les témoignages avec un petit noeud mais je pleure à chaque fois. Ces BB sont des petits miracles que vous avez bien mérité d'accueillir après toutes ces souffrances. Bravo et Courage à tous !!!

A bientôt...

Joëlle


Novembre 2002

En 2004 d'abord, il y a eu un professeur qui nous a indiqué que l'assurance maladie ne prendrait plus que 3 inséminations en charge et c'est tout ! On a appris le pris d'une FIV : environ 8 à 9000.- Fr. suisse !!!!! Oups ! Discussions de couple s'ensuit. Mon mari veut un enfant de lui ou pas d'enfant (pas de négociation possible autour de l'adoption) il veut tout tenter pour en avoir un. Moi, je veux un enfant à tout prix mais je ne veux pas me ruiner la santé en traitement, je préfère l'adoption ! Après 12 ans de vie commune, on réfléchit sérieusement à notre avenir ensemble. Puis, on part en vacances de plongée comme chaque année. Cette fois, destination Saba aux Antilles. Une insémination est prévue au retour, l'ovulation est passée, le vrai repos ! On arrête de compter! Rencontre avec un couple. Lui me dit, tu es tellement bonne plongeuse et à l'aise sous l'eau, c'est fantastique ! Peut-être que ton destin est de ne pas avoir d'enfant pour pouvoir vivre ta passion ! Et pour la première fois, j'arrive à l'envisager. Peut-être que le bonheur est dans la plongée. Peut-être que mon destin est différent mais pas dénué d'intérêt. Un vrai bonheur à 2 ça existe. J'ai le moral au beau fixe ! Puis de retour de vacances, je déchante.

Je dois aller au CPMA dès que j'ai mes règles et elles ne viennent pas et si je dois trop attendre, je vais devoir prendre congé pour l'insémination et affronter mon directeur ! Merde ! En plus, j'ai pris 2 kilos en vacances, c'est malin ! Les jours passent et comme j'ai des cycles très irréguliers, je peste et 2 semaines plus tard je finis par acheter un test de grossesse en ayant honte de succomber à nouveau dans cette manie ! Et... et... c'est positif!!!! Me voilà enceinte ! Et bien je vous jure que ça fait bizzare. Moi qui avait fini par m'habituer à l'idée que j'en aurai jamais. En fait je n'y crois que lorsque je le vois à l'échographie, que son petit coeur bat, il a déjà 2 mois et demi !! La grossesse a été un bonheur inattendu et inespéré. Je rayonnais de bonheur. Même lorsque j'ai dû m'arrêter, même les 27 heures d'attente à l'hopital après la perte des eaux avec des contractions. Je rayonnais encore! Les sages-femmes n'en revenaient pas !

Aujourd'hui, Théo a 8 mois et je peux enfin témoigner parce que jusqu'à aujourd'hui je n'avais pas trop envie de repenser à tout ce qui s'était passé avant. J'avais envie de savourer l'instant. Mais je ne renie pas tout ce parcours. Ma plus grande joie c'est que ce p'tit homme est né en dehors de tous ces traitements et sans la manipulation d'un médecin ! Et quand on me parle du 2 ème je n'envisage surtout pas de remettre les pieds au CPMA.

Par contre, j'ai tous les jours une pensée pour vous tous qui attendez et qui subissez ces traitements. Je me sens différente des autres mères qui n'ont pas vécu cette attente. Ce bébé est un trésor. On a encore du mal à y croire qu'on a eu cette chance et on souhaite à tout le monde de l'avoir ou de trouver un bonheur aussi intense par une autre voie...

Le bonheur est pour tous et j'avais envie de partager le mien. Si vous avez besoin de courage, j'en ai de nouveau plein, tellement que je peux vous en donner un peu. Si vous avez besoin de parler, je suis toujours à l'écoute et je me rappelle tellement la galère des traitements.

A bientôt peut-être...

Joëlle


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