La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Jana & Patrick - (France - février 2000)

Bonjour à tous.

Je m'appelle Jana et j'ai 27 ans, et mon mari Patrick 30 ans. Je viens de découvrir ce site formidable qui permet de communiquer entre nous et de nous apporter tant d'aide. Je souhaite apporter mon témoignage afin de donner de l'espoir et d'aider ceux qui le désirent. Je commence à être "experte" en matière de stérilité sous toutes ses formes et j'écris actuellement un livre à ce sujet. Je ne travaille pas et me consacre à ce livre, je suis donc disposée à entrer en contact avec vous afin de vous soutenir dans votre périple douloureux. Vous pouvez m' envoyer des messages, je répondrais à tout le monde.

Voici mon témoignage.
J'ai toujours voulu avoir de nombreux enfants et ce désir est ancré en moi depuis que je suis toute petite. Je suis très" mal réglée" depuis l'âge de 14 ans (règles qui durent 15 jours ou pas de règles du tout pendant des mois) A l'âge de 18 ans, le diagnostic fut établi : absence d'ovulation due à une dystrophie ovarienne. J'ai arrêté la pilule sur les conseils de mon médecin. Je vivais à l'époque avec mon mari actuel qui ne voulait pas entendre parler d'avoir un enfant. Nous étions étudiants, sans argent, et bien trop jeunes. Nous avons donc laissé passer le temps sans réellement y penser (sauf moi, un petit peu !) 2 ans s'écoulèrent et une vingtaine de tests de grossesse négatifs à la poubelle. Je me suis décidée à consulter et le médecin m'a annoncé qu'il fallait commencer un traitement s'il y avait désir de grossesse. J'ai donc décidé de suivre le traitement sans l'accord de Patrick. Je me disais qu'il faudrait certainement du temps pour que çà marche, et qu'il finirait par comprendre mon choix. De toutes façons, rien n'importait plus pour moi que d'avoir un bébé. Le traitement au Clomid a duré plus d' 1an sans résultats ( 6 cycles de Clomid avec les pauses) Patrick a dû faire un spermogramme ( il a accepté quand même !) qui s'est révélé absolument normal. Je pleurais tout le temps, je ne pouvais pas supporter de voir une femme enceinte ou des bébés dans la rue. Mon état variait selon les périodes, il se passait des semaines pendant lesquelles j'étais assez sereine et pleine d'espoir, et d'autres moments de désarroi total, le vide, le désespoir affreux, et la solitude car personne ne comprenait mon état et surtout pas mon mari. On me disait :" n'y pense plus, çà arrivera au moment où tu t' y attendras le moins" Mais comment ne plus y penser, avec des prises de sang tous les trois jours ou presque, des échographies qui mesuraient la taille exacte de mes follicules au jour le jour, la prise de température matinale quotidienne "tue-l'amour", les rapports sexuels" imposés" à des moments où l'on en a pas forcément envie, et j'en passe ... Je ne faisais plus l'amour que dans l'espoir d'être enceinte et je ne pensais plus qu'à mes follicules pendant nos rapports ! Je voyais des bébés et des gros ventres dans tous mes rêves, et mon mari ne cessait de me rabâcher : "c'est dans ta tête tout çà, tu fais une fixation.Tu te crées toi-même ton problème..." Puis j'ai subi une hystérographie qui m'a laissé un affreux souvenir. Outre le fait que cet examen soit assez désagréable, il y a une profonde anxiété que les médecins ne comprennent pas toujours, et il faut reconnaître qu'ils ne sont pas souvent fins psychologues! On m'a annoncé rapidement et sans ménagement que j'avais une trompe abîmée et un polype à l'utérus. Je suis repartie en pleurs et sans aucune autre parole rassurante que :" consultez votre gynéco , il prescrira une coelioscopie". Tout s'embrouillait dans ma tête et je ne comprenais rien à leur charabia. Peu de temps après, on m'a donc fait cette fameuse coelio dans une clinique parisienne sous la responsabilité d'un spécialiste renommé. A mon réveil, on m'a donné les résultats : pas de polype à l'utérus ( il s'agissait d'une ombre voilée qui avait créé un doute à l'hystéroscopie, et" trompes magnifiques". Verdict de l'obstétricien :" si vous n'avez pas d'enfants, je change de métier". Je repars avec un tourbillon de pensées confuses dans ma tête ; alors pourquoi n'ais-je pas été enceinte si tout va bien ? Tous ces examens pénibles étaient donc inutiles ?

Puis les mois passèrent et Patrick comprenait de plus en plus ma douleur. J'avais fait une pause dans le traitement car ma gynéco m'avait dit qu'on ne pouvait pas tenter plus de 6 cycles de Clomid, au risque de se voir développer des effets néfastes sur l'organisme. Un samedi matin, alors que ma température était toujours désespérément basse à J 28 ( ! ), nous avons conçu notre petit garçon. Comme quoi la nature est étrangement faite en ce qui concerne la procréation et qu'aucun cas n'est semblable sur ce point. C'était 4 mois après la coelio. J'ai donc découvert 3 semaines environ après ce samedi que mon énième test était enfin positif ! Ce fut le bonheur total, l'explosion de joie ! J'ai couru ( en pyjama sous mon manteau ) à la pharmacie pour me faire confirmer la couleur du test qui apparaissait pourtant nettement sur le bâton !

Mon petit garçon est né le 28 novembre 1996. J'avais 23 ans.

Après l'accouchement, j'étais pleine d'espoir et je me voyais entourée d'une ribambelle d'enfants. Je ne repris pas la pilule. Puis les mois passèrent ( mais je ne pensais pas de suite à une nouvelle grossesse, je me consacrais à mon petit amour ) Je me décidais à retourner voir un spécialiste alors que mon fils avait 1 an 1/2. Et là, après avoir recommencé doucement ( température, écho et Lutényl pour mettre mes ovaires au repos ), la gynéco m'annonce qu'il faut passer à la" vitesse supérieure " : injections de Purégon. Je ressors abasourdie. Ayant déjà eu un enfant, pourquoi serait-il si difficile d'en avoir un autre ? Je commence les traitements : injections quotidiennes, prises de sang, échographies, examens divers ( test de Huhner, hystéroscopie, spermocytogramme pour Patrick ...) Sans aucun résultat. Je vis très mal la situation, d'autant que mon fils ressent le malaise et se met à en souffrir. Je dois jongler avec les rendez-vous, les piqûres, les attentes de plusieurs heures ( rendez-vous sur Paris : embouteillages, trajets, ... ), les problèmes avec la sécurité sociale. Mon mari ne comprend pas et commence à m'en vouloir, d'autant que maintenant, il veut de nombreux enfants ! Nous nous disputons et mon petit garçon voit sa maman" piquée" tous les jours, tour à tour anxieuse, triste, énervée, indisponible pour lui. Ma gynéco me fait la morale sans arrêt : " Vous êtes trop stressée, comment voulez-vous être enceinte dans cet état ? Et puis vous avez déjà un magnifique petit garçon, n'en demandez pas trop ! Mettez-vous à la place des femmes qui n'en ont pas ! " Là c'est trop, je craque dans son cabinet et je suis en larmes ; super pour la conforter dans son opinion ! Je ressors de chez elle complètement déroutée, c'est vrai que j'ai la chance d'avoir déjà un enfant, mais mon désir est trop fort, je veux plus que tout pouvoir être " normale ", comme les femmes qui tombent enceintes comme on claque dans les doigts. Je décide de me documenter, j'achète une tonne de livres et je m'y mets sérieusement. Je découvre alors des incohérences. Depuis des mois, ma gynéco me fait faire des injections quotidiennes, surveillées par des échographies et, aux alentours du 15ème jour de mon cycle, alors que mes follicules ne sont pas encore mûrs, elle arrête tout et me déclenche mes règles ( devenues désormais complètement inexistantes ) au Duphaston, sous prétexte "qu'il faut ovuler à J14 sous traitement" . Etant donné que mon ovulation est toujours très tardive, je me rend compte qu'il faut continuer les piqûres et attendre au moins 10 jours de plus pour espérer un éventuel résultat ! Je change alors de gynéco et, après une recherche longue et pénible de la perle rare, je trouve un spécialiste particulièrement attentif et compétent. Car quoi de plus terrible, perdue dans la douleur physique et morale de la stérilité, de ne pas trouver à qui s'adresser et en qui mettre toute sa confiance? Et puis on recommence. Encore 6 cycles de Gonal F cette fois. On attend jusqu'à J 30 et on arrête. Sur 6 cycles, 6 follicules sont déclenchés à l'HCG aux environs du 20ième jour du cycle . Et à chaque fois, l'espoir. Puis rien. J'ai dû faire au moins une centaine de tests de grossesse depuis que j'ai essayé de faire des bébés. Il m'est même arrivé de faire 2 tests dans le même cycle ! Vu que certains de mes cycles vont jusqu'à J 80 !! Le gynéco décide alors de faire une insémination artificielle. J'arrête les traitements pendant quelques mois, je me met à l'acuponcture, j'arrête de fumer, je surveille mon alimentation, je prends des anti-stress à base de plantes... Je vois toutes mes amies accoucher de leur deuxième ou troisième enfant, j'écoute les gens me dire que çà viendra... que j'ai la chance d'avoir déjà un enfant, que je suis jeune, que quand on a pût avoir un enfant, on peut en avoir d'autres... Mon fils grandit et il a plus de 3 ans maintenant.
Et puis le comble : je fais une série de prises de sang en vue de l'insémination, et on m'annonce tout à coup que j'ai contracté l'hépatite C ( remontant à environ 3 mois, date à laquelle j'ai fait de l'acuponcture), ainsi qu'un virus appelé Chlamydiae Trachomatis qui a pût détruire mes trompes et mes ovaires!!! Je ne dors plus pendant 10 jours et je me heurte à l'incompréhension et à l'incompétence de différents médecins. Je demande l'avis de 6 spécialistes, 3 me disent que j'ai la Chlamydiae et 3 me disent que je ne l'ai pas. Quant à l'hépatite, il faut attendre !! Quelle ironie du sort.

Je viens de refaire les analyses qui se révèlent définitivement négatives. Erreur du laboratoire, me dit-on. Sans commentaires. Aujourd'hui j'en suis là. Mais je vais beaucoup mieux et je me sens d'attaque pour affronter n'importe quoi. J'aurais d'autres enfants. Je vous souhaite beaucoup de courage à tous et ne soyez jamais passifs, sachez exactement ce que l'on vous fait et pourquoi on vous le fait. Merci à tous.

Jana


Juin 2001

Bonjour à tous,

Je souhaite mettre à jour mon témoignage apporté en février 2000.

Durant toute l'année 2000, j'ai continué les traitements tous les mois sans exception. Entre 2 et 3 injections de Gonal F 75 tous les jours, j'étais épuisée mais toujours très optimiste et pleine d'espoir à chaque fois. Malheureusement, même si le traitement donnait de très bons résultats à chaque fois ( beaux follicules, ovulation parfaite, très bons résultats sanguins ...), pas de grossesse.

En avril 2000, j'ai subi une 2ème coelio et les médecins n'ont rien trouvé de plus qu'à la 1ère, pratiquée en 1995. Simplement et toujours ce petit problème d'ovaires "fatigués". Mon mari a refait un spermocytogramme très poussé et tout va pour le mieux pour lui.

Au début de cette année, mon gynéco m'a fait comprendre qu'on ne pouvait plus continuer les traitements comme çà indéfiniment et qu'il considérait mon infertilité comme un "exemple parfait de stérilité inexpliquée" . Il m'a proposé la FIV. C'est vrai que j'y avais déjà beaucoup réfléchi, on en a aussi beaucoup parlé avec mon mari et mes proches, mais c'est dur. Je ne comprends pas pourquoi je dois en arriver là alors que je n'ai qu'un petit problème d'ovulation et que j'ai déjà eu un enfant. De plus, je n'arrive encore pas à concevoir le fait de faire un bébé de cette façon. Et puis, j'ai peur des risques de fausse-couche et des difficultés morales et physiques qui suivent cette intervention .

Pour le moment, j'attends mes règles et je dois ensuite commencer le traitement pour la FIV. Je dois faire une injection d'Enantone, puis attendre 21 jours. Ensuite, les piqûres commenceront avec les contrôles par écho. Puis, une douzaine de jours après, si tout marche bien, on fera l'intervention qui aura donc lieu vers la mi-juillet.

Je suis inquiète. Si vous pouvez me rassurer ou me donner des conseils, çà me ferait beaucoup de bien. Merci à tous .

Jana.


Décembre 2001

Bonjour à tous,

Après une mise à jour de mon témoignage en juin 2001, je reviens vous donner de bonnes nouvelles et un peu d'espoir .

Nous avons donc eu recours à la FIV début septembre 2001 après presque 5 années de traitements .
Après 15 jours de stimulation, je suis rentrée à la clinique où l'on m'a ponctionné les ovaires. 6 ovocytes ont été obtenus. Après une pénible attente de 2 jours, on nous a annoncé que nous avions obtenus 6 embryons. On m'en a donc réimplanté 2.
S'en est suivi la fameuse période d'attente de 15 jours, très longue, très difficile.. Je me ménageais, mais en gardant des activités normales.

Au bout de 13 jours, n'y tenant plus, je fais un test de grossesse... POSITIF !!! Mais je ne m'emballe pas car on m'avait prévenue que cela pouvait arriver sans que la grossesse ne prenne réellement ensuite.
Je fais la 1ère prise de sang et l'infirmière m'annonce que le test est bien positif avec un taux de Béta HCG à 107. Tout le monde me dit que c'est un très bon taux.
Ensuite, il m'a fallu faire des contrôles tous les 2 jours pendant 15 jours pour voir si le taux montait correctement (je vous dis pas le stress !!!) Quand je suis arrivée à plus de 3000, j'ai pu aller faire une échographie avec mon mari.
Là, le gynéco m'a annoncé la GRANDE NOUVELLE : j'attendais 2 bébés !!!!!!!!
Bonheur total, inespéré, cadeau du Ciel !! Mais bien mérité quand même ........

Voilà, tout se passe très bien, je suis maintenant enceinte de 3 mois et mes 2 petits vont très bien. Je suis vraiment heureuse, mon petit garçon de 5 ans et mon mari aussi, c'est formidable.

J'espère que ce témoignage vous apportera de l'espoir à tous. Il faut y croire et continuer à vous battre, et çà marchera.

Jana.


Juin 2002

Bonjour,
Je voulais mettre à jour mon témoignage envoyé en février 2000 en vous annonçant la naissance de mes jumeaux Mathis et Jade nés le 21 mai 2002.

Après toutes ces années de combat, mon bonheur est enfin complet et représente beaucoup d'espoir pour vous tous.

Merci pour votre aide et courage à tous.

Jana

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