La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Fred & Elle - (France - Novembre 2002)

Elle et moi, ça fait bientôt 10 ans qu'on est ensemble. Ah oui, pour une fois c'est un "mec" qui écrit. C'est assez rare. Mais je me dis peut-être que ça peut intéresser d'autres couples de lire d'autres types de témoignages. Alors pourquoi pas ?

En mars 1998 (j'ai alors 29 ans, Elle 31) nous "décidons" d'avoir un enfant. Bien sûr, ça va marcher tout de suite. D'ailleurs, tous les magazines féminins le disent : "Un enfant, où je veux, quand je veux..." Et bien non. Ca ne se passe pas comme cela dans la réalité.
La nature est capricieuse.
Et il faut savoir attendre.
(quelle foutaise ces slogans à deux balles : "QUAND" je veux).
Douze mois après, toujours rien. Pour moi qui souhaitais avoir des enfants depuis longtemps, paradoxalement, je suis très patient et optimiste.
Pour Elle, les choses sont différentes.
Elle est touchée dans sa chair.
L'échec était inconcevable.
C'était maintenant, tout de suite.
Début du stress.

Nous rentrons alors doucement dans le parcours du combattant.

Etape 1 : Premier RDV chez sa gynéco. Un petit coup de Clomid. On y croit.

Etape 2 : Le jour J, nous devons faire une écho dans un hôpital en vacances. Intéressant : le médecin à qui on doit tout expliquer ne sait pas à quoi ça ressemble un "follicule" sous écho. Nous restons zen. Il trouve pas les ovaires. D'où il sort ce zouave ? Je suggère qu'il appelle un collègue. Le collègue arrive : pleins de follicules. Ah mais, bon "y sont pas très gros : 7mm".
Aucune chance. Bon, ça ne s'arrange pas...

Etape 3 : Cette fois-ci, je l'accompagne chez sa gynéco, parce qu'Elle commence à pleurer. Jamais vue comme cela avant. Ca alors, si on m'avait dit que j'irai un jour chez une gynéco ! Mais bon, elle nous renvoie vers un centre de PMA. Nous sommes à T0+18 mois. Toujours rien.
Nous sortons de chez la gynéco. Elle est effondrée (Elle, pas la gynéco).

Etape 4 : Ca y est on est au centre de PMA. En réunion d'info. Ouh la la, ça a l'air d'être plus compliqué... Bon, on va prendre RDV avec le professeur.
"Comment ? Pas avant 3 mois, y a plus de place ? C'est une blague ? Non. Bon. Ah en secteur privé c'est possible sous un mois."
Bon c'est plus cher mais tant pis.

Etape 5 : RDV avec Prof. Il a pas l'air d'être inquiet. "Ca fait seulement deux ans que vous essayez et vous êtes jeune...". SEULEMENT. Ca y est. Elle repleure.
C'est vraiment dur à avaler ça.
N'empêche qu'il faut faire une "Coelioscopie" et patati.
Re-2-mois-d'attenteu. Bigre.

Etape 6 : Ca y est, la "Coelio" est passée. Ca va pas trop mal, à part deux ou trois "machins". T0 + 2 ans.
Tout est paré pour commencer les "inséminations". Enfin presque.
Il faut choisir un médecin recommandé par le centre de PMA.
Ben oui : le centre ne fait que les FIV. Pas les inséminations. On prend le plus près de chez nous.
Etape 7 : Premier RDV chez le docteur B. Et la ça commence bien : la bagnole tombe en panne en plein milieu du boulevard. Elle prend un taxi.
Je la rejoins dès que possible. Ca ressemblerait presque à un acte manqué.
J'arrive 5' après le début de notre RDV. Elle pleure déjà.
Le docteur B. est très méticuleux.
Son bureau est très bien rangé. Il se met loin de ses patients.
D'ailleurs, on voit à peine sa tête : il est caché derrière son PC portable.
- Moi- : "Excusez-moi pour le retard, ma voiture est tombée en panne".
- Docteur B.- :"Monsieur, chacun ses problèmes. Comme je l'ai dit à votre femme, vos problèmes personnels ne me concernent pas.
Avez-vous fait le test de Machbruck ?".
Je demande à Elle.
- Docteur B.- (excédé) :"Monsieur, je vous pose une question, vous êtes prié de me répondre !".
Elle se remet à pleurer.
- Docteur B.- : "Bon, de toutes façons, je vais vous redonner du Clomid pendant 6 mois, après, on verra bien..."
Ben oui, on l'a jamais revu le docteur B.

Etape 8 : On a demandé aux infirmières de la PMA l'adresse d'un médecin humain. Un vrai médecin quoi. Humain. On nous conseille le docteur F.
Premier RDV avec le docteur F. T0 + 26 mois.
Son bureau est en désordre complet.
Il a l'air très angoissé, mais aussi très humain.
"Vous comprenez, je ne peux pas vous prendre maintenant. Je refuse de faire comme les collègues qui traitent les couples à la chaine. Et qui leur donnent du Clomid pendant 1 an pour les faire patienter...et bla bla bla... et bla bla bli... Je tiens être très présent avec mes patients, quitte à en prendre moins".
Bon, on va patienter encore 4 mois, mais ce sera le docteur F. Il a l'air super.

Etape 9 : T0 + 2 ans et demi. Premiere tentative d'insémination. La veille de l'insémination, le docteur F. se casse le poignet en faisant du roller.
C'est pas vrai ! Il nous redirige vers une autre collègue, très sympa. Ouf.
Tout se passe bien. Elle réagit TRES bien au traitement. Ca va marcher c'est sûr.

Etape 10 : ben non, ça n'a pas marché.

Etape 11 à 13 : tentatives 2 à 4 ratent aussi. Quel stress à chaque fois. C'est dur. Mais on devient des professionnels. Elle se pique elle-même.
Je fais tout le reste : administration, prise et suivi des RDV, médicaments...

Etape 14 : 5eme et derniere insemination. Elle a ses règles. Encore raté, ce sera la F.I.V.

Etape 15 : RDV avec Prof. dans la foulée. T0 + 40 mois. Plein d'exams à faire.
Pour une FIV en septembre, 3 mois après. Tiens, et un test de grossesse au passage (Il est fou, Elle a eu ses règles).

Etape 16 : pas croyable ! le test est très positif. Ca alors ! Ca a marché, cette foutue Insémination-5, c'était des règles "pour de rire" !
(Euphorie, Champagne, futurs grands-parents fous de joie...)

Etape 17 : l'échographie de confirmation. Le docteur F. a l'air bizarre. Pourtant on voit un coeur qui bat. "Mais c'est pas assez gros...je crois que ca ne vas pas tenir". Il essaye de nous réconforter.
On sort en larmes.

Etape 18 : ca y est, 2 semaines après, c'est la fausse couche dans le métro, les pompiers, les urgences, et tout le bazar. Puis le curetage. Bon sang que la vie est dure !

Etape 19 : : T0 + 3 an et demi. Bon ca y est, finalement on fait la FIV prévue à l'étape 15. Comment ? Il faut refaire une "hystéro" de contrôle à cause de la fausse couche ? Bon. "Comment ? C'est quoi une synéchie ? C'est à cause de la fausse couche ? Ah bon, il faut opérer sous AG pour l'enlever".
Ils vont nous rendre dingues.

Etape 20 : ben oui, faut attendre re-deux-mois pour avoir un RDV pour enlever la synéchie. Puis après c'est Noël. Le labo ferme. Bon, finalement, au lieu de septembre, ce sera Janvier pour la FIV. T0 + 46 mois.

Etape 21 : 1ere tentative de FIV. Enfin. Ca va marcher. En plus depuis la fausse couche, on sait que CA PEUT marcher. Les premieres echos se passent impec. Des tas de follicules. Et des gros. Avec seulement 150 de Puregon. Top ! Mais pas de bol, la LH monte d'un coup ! Panique à bord. Elle va ovuler avant ! Bloquez tout ! Et hop un peu de Cetrotide ! Bon alors on la tente ou pas cette FIV ? On a arrêté l'ovulation à temps ou pas ?? Prof. nous conseille de ne pas faire la ponction. Ca risque de pas etre bon. Ce serait trop bête.
Ils vont vraiment nous rendre dingues...

Etape 22 : FIV-2. T0 + 4 ans et des patates. Cette fois, seulement 100 de Puregon, parce qu'Elle réagit au quart de tour. Les échos : super.
Le déclenchement : trouver un infirmier le lundi de Paques, quelle fête ! En plus, c'est le jour des oeufs, ça tombe bien...
Heureusement, sur Internet, je trouve le schéma pour faire une intramuscu. La ponction : dément, 20 ovocytes, dont 18 bons !
La fécondation : 10/18, on y croit énormément.
Les embryons : "y sont pas terribles" nous dit le labo. On peut même pas les congeler...
On en remplace 2 : 2 semaines après, c'est raté.
Elle repleure.
Moi, je commence vraiment à stresser comme un fou.
Voire à déprimer dangereusement.

Etape 23 : bon c'est décidé, je retourne voir mon psy. Ca me fera du bien. Je ne suis pas un surhomme. D'ailleurs, quelques semaines après ça va beaucoup mieux. Et puis, c'est quand même mieux si je peux la soutenir dans cette épreuve.
Epreuve psychologique pour le couple... ET physique pour elle.

Etape 24 : il faut 6 mois pour se réinscrire en FIV. Les 35 heures qu'y disent.
Quelle déception ! On aurait bien réessayé tout de suite. Elle commence à stresser parce qu'Elle vient d'avoir 35 ans. Elle m'a dit "Je vais bientôt être périmée".
Elle pleure.
Comment peut-elle dire une chose pareille ?
Périmée. Quelle horreur ce mot !
Heureusement que l'amour donne le courage et l'imagination de trouver les paroles qui réconfortent dans ces moments.
Mon dieu que c'est dur...

Etape 25 : FIV-3. T0 + 4 an et demi. Protocole long, blocage par Décapeptyl le mois d'avant.
Les échos : super.
La ponction : 24 ovocytes, dont 22 bons. Record battu.
La fécondation : on sait pas, c'est demain....

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J'espère vous écrire bientôt pour vous dire :

-- Etape 29 : heureux événement. --

On verra bien.

J'ai été très "verbeux". Mais j'ai oublié plein de choses. C'est pire que le parcours du combattant. Une alternance entre espoir et désespoir. Mais je sais qu'un jour nous aurons des enfants.
Quand ?
Je ne sais pas.
Adopterons-nous ?
Peut-être, même si ce n'est pas encore à l'ordre du jour.
Elle ne veut pas y penser pour l'instant.

Que puis-je dire, avec un peu de recul, à tout ceux qui lisent tout cela ? Plusieurs choses :

- c'est dur pour les deux, nous tirons beaucoup de force de notre couple ;

- aux mecs : je suis très heureux d'accompagner Elle à TOUS ses RDV, d'aller chercher les médicaments, de passer TOUS les coups de fils, etc.

Je ne peux pas me piquer à sa place, dommage.

Mais le jour où ça marchera, j'aurai vraiment l'impression de m'y être impliqué à fond.

Et surtout, tout cela a renforcé notre couple, alors que ça aurait pu le faire exploser ;

- j'essaye de rester zen, même si c'est dur. Et surtout, je pense à moi, Elle pense à Elle. Soyons un peu égoïste.

Nous/Vous le méritons/ez.

- parlez. A votre confident(e), vos parent(s), si possible, car c'est pas toujours possible. En tout cas je trouve que ça aide. D'ailleurs, cette passerelle est une très bonne idée. (pour Moi, mon psy est parfait, mais ça ne convient pas à tout le monde).

Un de mes copains est papa depuis hier. Dernière FIV, il n'y croyait pourtant plus. Ah oui : c'est des triplés...

Je suis toujours persuadé que ça vaut le coup de dépenser toute cette énergie pour y arriver.

Embrassez ceux que vous aimez.

Fred (et Elle)


Octobre 2005

Etape 26 : Nov 2002. Les résultats de la fécondation sont bons : toujours environ 2/3 de fécondés. Le problème, c'est leur qualité. Comment seront-ils dans 2 ou 3 jours ? Ils ne sont pas très bons. Un est assez bien, un autre n'est pas mal, les 3 suivants sont tout juste congelables. Sur 22 ovocytes, seuls 5 évoluent correctement. C'est triste. On en replace 2 et on en congèle 3. Deux semaines à attendre.

Etape 27 : Les deux semaines d'attente sont toujours aussi atroces. On a l'impression à chaque fois que notre vie va basculer. L'enveloppe du laboratoire pèse toujours une tonne. Je la rapporte à la maison. J'ai promis d'attendre pour l'ouvrir mais je n'y tiens plus. Je l'ouvre. Le taux de Beta-HCG est... ZERO. Ce zéro représente vraiment le néant. Cela ne m'était jamais arrivé auparavant : je suis resté en catalepsie complète pendant au moins 10 minutes, sans bouger d'un millimètre, le regard vide, le cerveau vide, le corps vide. Elle rentre et à ma tête, Elle comprend. Nous pleurons longtemps ensemble puis nous allons noyer notre chagrin dans le ti-punch au sympathique bar créole en face. Et puis ce soir-là, nous prenons une grande décision. Puisque la vie ne veut pas nous sourire, nous allons faire quelque chose de positif. Après 10 ans de vie commune, nous avons décidé de nous marier.

Etape 28 : Prendre rendez-vous pour les 3 embryons congelés. On se dit que ça va prendre un mois, au pire deux. Après tout c'est même plus simple qu'une Insémination. Que nenni. La procédure administrative est compliquée. Et il faut 5 mois pour faire la réimplantation des 3 embryons (nous devons insister pour qu'ils replacent les trois, sinon il faudrait attendre encore 5 mois pour replacer le dernier en cas d'échec). Etape 29 : Les congelés, c'est comme une insémination : un petit protocole, une petite surveillance, un replacement. Nous avons de la chance, aucun n'éclate. Nous sommes en mars 2003. Encore 2 semaines à attendre. Mais il paraît qu'avec les congelés les chances sont moins bonnes. Nous verrons bien.

Etape 30 : Je n'aurai pas le temps d'aller chercher la feuille au laboratoire cette fois-ci. Elle a ses règles 2 jours avant. C'est évidemment encore une fois, la très grande tristesse. Je vais quand même chercher la feuille. On ne sait jamais. Un miracle peut se produire. Ce "Beta-HCG = 0" je commence à le connaître. Et, une fois de plus, ces quelques lettres et ce maudit chiffre résument des semaines d'attente, et réduisent nos efforts à néant.

Etape 31 : Nouveau rendez-vous avec "Prof". Nous faisons le point. Tout se passe bien, à part l'embryogénèse qui se fair mal à partir de 48 heures. Il pense que ce serait peut-être un problème génétique. Il me suggère d'aller faire tester la fragmentation de l'ADN de mes spermatozoïdes. C'est récent comme test. Ce n'est pas remboursé. On commence à en tenir compte dans les FIV. Moi je veux bien y aller, mais bon, depuis le début, tout colle chez nous sur tous les examens. On va encore perdre du temps je le sens.

Etape 32 : Voila, je suis allé faire l'examen, en lointaine banlieue. Très peu de laboratoires pratiquent cet examen. Il faut trois semaines pour attendre les résultats. Qu'importe. Nous nous marions dans un mois.

Etape 33 : Nous sommes convoqués à l'hôpital pour lecture des examens. C'est franchement très mauvais. "Prof" me dit avec beaucoup de diplomatie (il est excellent dans tous les domaines) que c'est très défavorable à la poursuite des FIV, même si rien n'est 100% démontré. Il faut refaire le même examen dans 3 mois. Si c'est à nouveau négatif, il faudra arrêter les FIV. Je demande si on peut envisager un traitement. Il me dit "oui, des antioxydants, des vitamines, du sélénium". Il n'a pas l'air d'y croire. Moi j'ajoute "oui, ça ne peut pas faire de mal". Etape 34-40 : Trois mois intenses. D'abord, 3 semaines avant de me marier, la dépression. En négociation à l'étranger, je dois quitter la table à plusieurs reprises pour aller pleurer ailleurs. Je prétexte une conjonctivite. Je me dis que tout est de ma faute depuis le début. Je me marie, je me marie pas ? Est-il encore temps pour elle de refaire sa vie avec un autre ? Peut-on avoir recours à un donneur (dans mon cas la réponse est : NON). Puis les idées folles nous viennent à l'esprit : aller bidouiller avec des donneurs à l'étranger, etc. Bon finalement, nous faisons le point en couple. Nous nous marions, pour le meilleur et pour le pire. Je prends mon sélénium. Je mange sain. Je vois un psychiatre. Je soigne mon corps et ma tête. En un mois, juste avant de me marier, je perds 9 kilos. Mon entourage est épaté par les efforts que j'ai faits pour retrouver ma ligne de jeune homme. Il y a encore un point positif.

Etape 41 : L'examen de vérification, 3 mois après la prise de sélénium. Encore un mois d'attente pour les résultats. Convocation à l'hôpital. Mon sperme est redevenu complètement NORMAL. Raaaaaaaaaaaaaah. Inscription pour la prochaine FIV. On passera en octobre. Grosso modo un an après la FIV précédente. Le temps est long. En même temps nous décidons de nous lancer dans la procédure d'adoption. Ca prend neuf mois. Je ne raconterai pas cela ici. Nous tombons sur une assistante sociale formidable à tous points de vue, et tout va se dérouler à merveille.

Etape 42 : Ils se trompent dans les protocoles (court au lieu de long). Résultat, à cause de tout un embrouillamini de paperasses, on se retrouve programmé en janvier 2004. Que le temps est long.

Etape 43 : Toujours le même train train : même protocole, même nombre d'ovules, même taux de fécondation, même embryons qui dégénèrent un peu après 48 heures, même replacement, même échec, même désespoir. Débriefing : il nous reste une seule tentative, et cette fois-ci, ils vont tenter quelques chose de nouveau : replacer les embryons à 24 heures, sans attendre. Peut-être que le milieu de culture leur convient mal. Pourquoi pas, il faut bien essayer quelque chose. Je fais 100% confiance au laboratoire de FIV, ils sont dynamiques, compétents, disponibles, et compréhensifs. Etape 44 : Elle va chez son gynécologue de ville, pour un examen de routine. Un de ses fibromes a grossi. Il faut peut-être le faire enlever. L'échographie confirme. Nous demandons à "Prof" de l'enlever. Un mois d'attente, ablation du fibrome sous anesthésie générale. Il faut attendre deux mois ensuite pour faire un bilan.

Etape 45 : Bilan du fibrome : rebelote. Il a repoussé, il faut réenlever. Il faut encore attendre pour l'opération. Attendre pour la cicatrisation. Attendre, attendre, attendre, toujours attendre. Elle a dépassé les 37 ans, on en a marre d'attendre. Notre agrément pour l'adoption est prêt à être signé. Nous sommes en juin 2004. Nous faison notre dernière FIV en octobre. Elle va rater, et ensuite, nous signons l'agrément d'adoption, et nous passons à autre chose. La vie nous paraît à nouveau belle.

Etape 46 : Octobre 2004, *dernière* FIV, car on n'en peut plus physiquement et mentalement. Cette fois-ci, il y a moins d'ovocytes (15). "Normal madame, vous avez bientôt 38 ans." Même taux de fécondation. Et comme on avait prévu, on les replace à 24 heures. Nous signons une décharge pour en replacer trois. Replacement. Un des embryons était resté dans la seringue après le replacement. Heureusement qu'ils vérifient toujours. "Si ça se trouve, ce sera lui, nous dit la gynécologue avec un grand sourire réconfortant". Bof, on n'y croit plus trop. Etape 47 : Dix jours après le replacement, elle se sent hyper-mal. Elle a très mal au ventre, il est très gonflé. Elle va chez son médecin d'urgence. C'est peut-être une appendicite. Echographie d'urgence. Elle a un litre et demi d'eau dans le ventre. On l'emmène aux urgences. Elle fait une hyperstimulation ovarienne. Il ne manquait plus que cela. Cette fois-ci c'est fini, c'est promis, la FIV on ne refera jamais. Après une après-midi d'examen le verdict tombe : "l'hyper stimulation est modérée, votre vie n'est pas en danger. Ah et en plus, vous êtes enceinte. Votre taux de Beta-HCG est très haut, 150." C'est incroyable.

Etape 48-50 : La surveillance du taux (3 enveloppes d'affilée) est un stress insupportable. On n'ose plus y croire. On a peur de revivre la fausse-couche de juillet 2001. Mais non, le taux grimpe à chaque fois.

Etape 51 : Le coeur de notre foetus bat à l'échographie, et il bat bien. Nous avons "fait mieux" qu'en juillet 2001.

Etape 52 : Pertes de sang légères, panique, urgences, ... mais tout va bien.

Etape 53 : A 10 semaines d'amenorhée (10 SA), pendant l'apéritif avec des amis, très grosse perte de sang. Tout à l'air vraiment foutu. Nous sommes plus que désespérés. Notre ami nous emmène aux urgences. C'est la fin du monde. Eh bien non. On ne comprend pas ce qui s'est passé, mais tout à l'air normal à l'échographie. "Madame, reposez vous pendant un mois, et croisez les doigts. Si ça passe les 3 mois, a priori, c'est bon." Quelle angoisse. 4 mois passent et tout va bien.

Etape 54 : Voilà, à 4 mois, douleurs, contractions toutes les 5 minutes, urgences, le col s'ouvre de l'intérieur, on ne sait pas pourquoi. Hospitalisation une semaine. Les contractions s'arretent. Bébé est toujours là. Mais pourquoi faut-il donc qu'il nous arrive tout ça EN PLUS ?

Etapes suivantes (réumé) : Elle est resté couchée pendant 4 mois, à la maison, complètement horizontale, toute la journée, même pour manger. Ne se lever que 10 minutes par jour, et espérer que "Poussin(e)" va s'accrocher. 126 jours d'attente, de l'angoisse, de l'espoir, des joies, et des petites peines. 4 mois inoubliables, où j'ai officié comme cuistot matin midi et soir, comme masseur, comme infirmier, comme homme au foyer, comme mari.

Etape ultime : Après ce qu'on peut appeler un parcours du combattant, Adrien est né le 25 juillet 2005, 8 mois et demi après sa conception, 4 kilos. Il a toujours de très grands yeux bleus. Il donne un sens à toute cette histoire. Il aura peut-être un jour un petit frère où une petite soeur, qui a aussi besoin de parents et que nous irons chercher dans un autre pays.

Bonne chance à tous.

Fred et Elle


Avril 2007

Début Juin 2006 : Adrien vient d'avoir 10 mois. Il nous comble et nous avons finalement renoncé à l'adoption d'un petit frère et d'une petite soeur. Nous souhaitons profiter de la vie à 3, hors procédures compliquées. Elle vient me voir d'un air un peu bizarre. Puis elle me tend un test de grossesse : positif. Je regarde la double ligne rose en me demandant si c'est une blague. Nous avions juste refait l'amour "sans précautions" depuis 3 semaines. J'avais repris du sélénium (au cas où) depuis avril. 6 ans pour concevoir Adrien. Une nuit pour concevoir Alexandre qui est né, après une grossesse "presque normale", le 6 février 2007, à terme, il y a quelques jours. Puisse notre histoire donner de l'espoir et du courage à tous les couples qui en ont besoin.


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.