La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Florence & Eric - (France - novembre 2000)

Notre problème d' infertilité a été diagnostiqué en juillet dernier. Après 7 ans d'amitié qui s'est transformé en un amour profond, trois ans de vie commune, nous décidons de nous engager l'un envers l'autre, pour la vie. Un mariage féerique, un temps superbe, une journée inoubliable. Une vie que l'on imagine pleine de bonheur, pleine de projets...dont celui de fonder une famille.

A 28 ans, tout semble nous sourire: nous avons des professions qui nous passionnent, une famille aimante, des amis attentifs...

Et puis le temps passe et les mois se succèdent sans grossesse à l'horizon. Je ne m'affole pas, persuadée (je ne sais pourquoi) que pour nous ce sera long. Ma mère ayant eu beaucoup de mal à nous avoir, ma soeur et moi, je me dis que ces petits soucis peuvent être familiaux !

Un an déjà...il est temps de consulter. Après un bilan hormonal, j'ai toutes les peines du monde à me faire expliquer les résultats. Je ne cesse de téléphoner à mon gynécologue, sans arrêt absent, pour être rassurée. C'est la veille des vacances d'été, tout commence à tourner au ralenti. C'est par courrier qu'il m'informe que "presque" tout est OK sauf un taux sérique de FSH trop élevé. Il me renvoie vers un collègue, spécialiste de la procréation médicalement assistée. Plein de questions dans la tête et un médecin parti en vacances, me laissant là, sans avoir pris la peine de m'expliquer ou comme je l'espère de me rassurer.

Un mois d'attente, sans savoir vraiment de quoi il s'agit. Ce médecin grimace à la vue de ce taux: 30, au lieu des 8 maximum imposé par le labo. "- c'est vraiment ennuyeux, ce taux, il faut recontrôler, ainsi que tester l'inhibine, la LH et chercher peut-être des traces de Chlamydiae. partez en vacances, n'y pensez plus, on verra tout ceci en septembre".

Quelles vacances ! Préparer le mariage de ma petite soeur alors qu'un pressentiment terrible m'empêche de dormir, alors que les résultats des examens fais à l'autre bout de la France viennent confirmer mes angoisses.! Des traces de chlamydiae, une inhibine 15. Les RV à l'hôpital sont bouclés jusqu'à fin novembre. Comment attendre encore 3 mois pour savoir ce dont je souffre ???

Alors rendez-vous est pris dans le cabinet privé du médecin et le verdict tombe: "çà va être très dur, ce taux de FSH est très élevé, il révèle une insuffisance ovarienne. Les grossesses sont rares mais vous êtes jeunes, vous pouvez commencer à penser au don d'ovocytes, nous allons vous prescrire une hystérographie". Toutes ses phrases sont entrecoupées de silences longs, pesants. Les larmes coulent, le médecin a elle-même les larmes aux yeux, je comprends que mes espoirs d'un enfant, le notre, à tous les deux, s'évanouit. Eric reste très attentif, il pose les questions: "en pourcentage, quelles sont nos chances ? Et les traitements ? Pourquoi pas d'insémination artificielle, de fécondation in vitro ???" Nos questions restent en suspend, nous sommes accrochés à ses paroles qui viennent difficilement: "environ 5% de chances, ...peut-être pas, ...toutes ces techniques médicales ne vous serviraient à rien ....car elles n'améliorent pas vos chances "naturelles". Je vais vous envoyer vers le chef de service de l'hôpital, pour un deuxième avis".

Je passe sur l'épisode de l'hystérosalpingographie: les portes ouvertes, les infirmières qui passent, ne vous jettent qu'à peine un regard...les femmes enceintes en salle d'attente et ces bruits d'échographie ou les coeurs des foetus battent la chamade dans la pièce, juste à côté. Et mon bébé ?? Vais-je l'entendre un jour ?

Octobre.
Les mois s'enchaînent et se ressemblent, le silence s'installe dans notre couple, les doutes nous séparent ..peu à peu. Le deuxième spécialiste confirme: le don d'ovocytes semble être La solution." Vous avez de meilleures chances à l'étranger ou les embryons ne sont pas congelés 6 mois, comme c'est la loi en France . Vous êtes jeunes (encore!!!), tous les espoirs vous sont permis, si vous avez une donneuse vous pouvez vous inscrire aussi en France, mais les résultats ne sont que de 20% contre 60% en Belgique. Bon, il faut casser la cagnotte mais cela en vaut la peine".

Nous en sommes là aujourd'hui.

Après l'enthousiasme d'avoir trouvé une donneuse pour tenter des essais en France, nous prenons aussi la décision d'aller plus tard en Belgique si cela ne marchait pas. De nombreuses amies m'ont proposé de faire ce don qui reste anonyme en France: elles sont toutes aujourd'hui enceintes pour la deuxième fois, pour leur plus grand bonheur, mais cela rallonge notre attente (quel égoïsme dans ces propos, je n'y croit pas en me relisant !! ) Il a fallu trouver quelqu'un d'autre, déjà maman, âgée de moins de 38 ans. Une amie prête à faire ce don pour la vie. Quelle preuve d'amitié de toutes ces femmes, je n'en reviens pas. Notre entourage est vraiment exceptionnel !

Alors que nous apprenions notre problème, ma petite soeur nous annonçait sa grossesse, après 15 jours de mariage ! Le choc, le sentiment d'injustice partagé avec un immense sentiment de joie: elle au moins, ne souffre pas du même mal qui me ronge. Aujourd'hui son petit ventre commence à s'arrondir, dans un an et demi elle sera ma donneuse non anonyme pour la Belgique, mais aujourd'hui les larmes ne cessent de couler. Le don d'ovocytes: quel merveilleux progrès de la science ! Mais c'est aussi un énorme constat d'échec personnel: j'échoue là où toute l'humanité, depuis la nuit des temps, a réussi. J'ai besoin d'une autre pour concevoir un bébé qui ne sera pas complètement, entièrement de moi. Personne autour de moi n'a connu pareille situation.

Mais un enfant n'est pas celui que l'on porte mais celui qu'on aime, qu'on élève... J'essaie de m'en persuader à la veille de nous lancer dans cette folle aventure.

Pourtant ce sentiment de vide intense me tiraille, m'empêche de dormir, me fait pleurer en silence pour ne pas encore plus inquiéter Eric. Nous avons songé à l'adoption, nous nous sommes beaucoup renseigné...mais pour l'instant ce deuil de l'enfant biologique n'est pas fait...nous ne sommes sûrement pas prêts pour l'agrément.

En témoignant aujourd'hui je voulais montrer à certains couples, qui vivent la même situation, qu'ils ne sont pas seuls. On ne m'explique pas cette insuffisance ovarienne, cette prémonopause et je dois encore subir des examens pour en trouver, peut-être, la cause. Beaucoup de témoignages sur ce site m'ont bouleversée. Nos souffrances sont identiques même si les causes divergent. Je recherche des couples qui comme nous ont eu recours au don d'ovocytes où sont dans cette attente. Leur soutien me sera précieux pour commencer à accepter cette situation. Notre couple reste soudé, Eric est très prévenant, mais cette culpabilité de ne pouvoir donner la vie s'installe un peu plus chaque jour en moi.

Je veux rompre ce sentiment d'isolement aujourd'hui. Je vous remercie de m'avoir lu.

Flo


septembre 2001

Que de chemin parcouru en moins d'un an ! Je tenais, par ce nouveau témoignage, à remercier Viviane et Vincent qui m'ont permi de briser l'isolement et d'avancer sur ce chemin de la stérilité.

Même si aujourd'hui je ne suis toujours pas enceinte, cette année aura été riche en évènements heureux.
Le silence n'a plus sa place dans notre couple et la tempête aura été de courte durée, juste le temps d'amortir et de digérer le choc de l'annonce de ma ménopause précoce.

En mai dernier, ma petite soeur a donné naissance à un magnifique petit garçon, dont je suis la marraine attendrie. Cette arrivée n'a pas été facilement gérable, mais aujourd'hui tout paraît si naturel et simple.

Suite à mon témoignage, je suis entrée en contact avec des personnes qui ont eu recours au don d'ovocytes et qui m'ont guidé ...même épaulé.
J'ai trouvé un centre de PMA près de Paris, un bon médecin (pas toujours humain mais efficace) et surtout une amie ...qui a fait ce geste si généreux: un don.
Sa ponction a eu lieu en juillet dernier ....elle ne nous avait rien dit, pour nous faire cette surprise merveilleuse. Il n'y a pas de mots assez fort pour décrire notre gratitude ....

Son don me permettra d'en recevoir un à mon tour dans quelques temps ....c'est le système en cours dans notre pays: pour être sur liste d'atente au cecos on doit fournir une donneuse pour pouvoir recevoir un don anonyme.
Nous attendons donc maintenant que le téléphone sonne .....il sonnera bientôt.

Parallèlement nous avons demandé en janvier à commencer une procédure d'agrément. Notre dossier a été enregistré en février et l'enquête sociale devrait démarrer au plus vite .....une attente de plus devant le téléphone. Nous rêvons déjà d'une petite perle de Chine ou de Colombie qui viendrait agrandir notre famille. Ce projet a été muri, il l'est encore et il devient parfois plus prenant que la PMA....

Nous sommes appaisés aujourd'hui. Notre projet se construit lentement mais sûrement.
Mener de front PMA et adoption ne nous pose pas de problème.
Si le don échoue en France, (7% de réussite, c'est peu) nous avons pris des contacts en Belgique pour faire d'autres tentatives ...mais finalement, ma petite soeur comme nous même, préférons que le don reste anonyme ....
Quoiqu'il arrive je vous tiendrais au courant.

Mille merci encore de votre présence et de ce site si généreux

Flo


Février 2003

Bonjour

"Du temps est (encore !) passé depuis notre dernière mise à jour.

Las d'attendre que le téléphone sonne, nous avons décidé d'aller à l'étranger pour un don d'ovocytes (en Espagne) en février 2002. Ce fût un échec .. aucun embryon congelé et les 3 transférés ne se sont pas accrochés.

Mais depuis décembre 2001 nous avions une autre clef en poche: l'agrément pour un enfant de moins de 18 mois !

En juin, le téléphone sonne enfin: nous avons une donneuse ! Malheureusement, sur les 4 ovocytes obtenus, un seul embryon ....congelé pour 6 mois, quarantaine oblige. Nous nous sommes investis dans une association de couples infertiles, particulièrement tournée sur le don d'ovocytes ...pétition, lettre au sénat ...cette congélation sautera peut-être à la fin de l'année 2003.

Parallèlement, nous avons avancé dans notre projet d'adoption et notre dossier est parti en Colombie en juillet 2002....il ne nous reste plus qu'à attendre ....la prochaine fois que je témoignerai sur ce site, ce sera pour vous annoncer une bonne nouvelle ...Nous serons parents avant l'été 2003 et rien d'autre n'a d'importance ! Nous avons décidé de mettre en suspend la PMA pour le moment ....seul compte notre bébé du bout du monde, le reste attendra bien quelques mois ...

Merci encore pour tous les témoignages de soutien ... Merci à Viviane et Vincent pour ce site merveilleux.

Flo et Eric


Mars 2004

Voilà bien longtemps que je n’ai pas pris le clavier pour remettre à jour notre témoignage. Trop d’attente, trop de doutes, sûrement.

A l’heure où j’écris, notre petit garçon de 6 mois aujourd’hui dort à côté, dans cette pièce si souvent évitée, si longtemps vide, si lentement préparée et aujourd’hui si remplie de rires et de jeux.

Le 11 janvier dernier, la vie nous a fait le plus beau cadeau : un petit garçon de 4 mois et demi nous attendait en Colombie. Après 3 ans de procédure d’adoption, tellement d’attente pour rien en PMA, et enfin le miracle. Nous sommes partis à Bogota le 1er février et nous avons rencontré notre petit garçon le lendemain … Et là tout a basculé, tous les doutes se sont envolés et les larmes de joie et de bonheur ont coulé.
Après 5 semaines et demie a Bogota, nous sommes enfin de retour … Elias est un amour, il remplit notre cœur.

Il nous reste un petit embryon congelé qui nous attend à l’hôpital … Nous y penserons dans quelques temps, mais les chances de réussite sont infimes. Qu’importe. Nous tournons définitivement la page de la PMA qui ne nous aura apporté que déception. Et nous avons déjà hâte de mettre en route une seconde procédure d’adoption dans ce merveilleux pays qui a vu naître Elias.
Cet autre chemin est une voie également merveilleuse.

Florence et Eric


Mars 2006

C'est suite à quelques messages récents que je me remets à la plume, étonnée de voir que notre "vieux témoignage" peut encore permettre de tendre la main à ceux qui se sentent un peu isolés dans ce parcours, cette attente d'un enfant.

Que dire de plus ? notre petit bonhomme va avoir 2 ans et demi, il nous comble, nous nageons dans le bonheur et nous mesurons notre chance de l'avoir rencontré. Un 2eme dossier pour un petit frère ou une petite soeur est en Colombie depuis 1 an déjà, c'est fou comme le temps passe vite maintenant, alors qu'il s'était arrêté il y a 5 ans.

Cependant, il nous reste à refermer la page PMA définitivement... C'est déjà fait dans nos têtes et nos coeurs tant nous souhaitons repartir vers ce merveilleux pays qui a vu naître notre fils, tant l'adoption est une aventure formidable mais dans la réalité, il nous reste un embryon congelé à transférer. Nous avions déjà tenté le coup l'année dernière mais je n'avais pas du tout répondu au protocole, preuve que la "machine était bien cassée" malgré mes espoirs du contraire et malgré tout ce que je tentais de nier au moins les docteurs avaient raison.

Et puis on a laissé le temps passer, trop préoccupés par d'autres choses. 1 an après nous voilà donc prëts à dire "merci" à nos amis qui nous ont aidé en nous faisant un don, on leur doit çà et on le prend comme un cadeau. J'ai rendez-vous demain pour planifier cet ultime protocole, sans pression ni stress, avec un espoir minime, mais bon, faut bien saisir la chance, même si elle représente bien peu.

Donc sauf miracle, notre prochain témoignage devrait être l'annonce de l'arrivée de notre 2eme soleil colombien mais n'hésitez pas à nous écrire si vous sentez le besoin de créer un lien et de rompre l'isolement. Nous faisons partie d'une petite liste yahoo qui regroupe des parents et futurs parents, nous aider pendant les traitements, après, avant, s'écouter au jour le jour, c'est une trés bonne thérapie aussi !

Merci encore à Viviane et Vincent pour être les "liens" de ces mains tendues.

Florence


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.