La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Eric & Delphine - (France - août 2001)

Bonjour à tous et à toutes,

Tout d'abord, bravo aux créateurs de ce site qui apporte soutien et chaleur, et qui permet surtout de se sentir moins seuls dans les moments où l'on en a vraiment besoin.

Ce témoignage est, même s'il nous représente tous les deux, le fait du mari. Cela n'a pas vraiment d'importance, mais il pourra certainement servir aux hommes qui le liront et qui se sentent, comme je l'ai été et le suis encore parfois, perdus.

Delphine et moi nous sommes rencontrés il y a 10 ans et nous nous sommes mariés en 1995. L'envie d'avoir un enfant a toujours été commune et présente depuis ce moment. Aussi, Delphine a t'elle arrêté la pilule dès notre mariage "consommé". Les premières "inquiétudes" se sont faites sentir un an après. Delphine a consulté sa gynécologue, qui hormis une petite foule d'examens, lui a demandé de suivre ses courbes de températures. Cette phase a duré 6 mois environ. 6 nouveaux mois se passent avec un petit traitement hormonal sans aucun résultat, et surtout, sans que le mari ne "soit inquiété" du moindre examen. Sans vouloir jeter la pierre aux gynécologues, il me semble que lorsqu'un cas d'infertilité ( on ne lui a pas encore donné ce nom à cette époque ) PEUT se présenter, les médecins DEVRAIENT chercher des deux côtés. Ce n'est donc qu'en 1997 que ce même médecin me demande ( presque en s'excusant de me déranger ) de faire un spermogramme. On aurait mieux fait de commencer par là, car il révèle une quasi inexistence de spermatozoïdes capables de procréer ( nombre insuffisant, mobilité très réduite, fort taux d'anomalies ). Un test de Hühner vient confirmer ce sombre tableau. A ce moment, il faut indiquer que je ne sais pas encore ce qui se passe : je ne comprends rien aux termes employés ( ou peut-être n'ais-je pas envie de les comprendre ? ). Nous consultons donc un centre de PMA de la région parisienne où nous habitons à ce moment. Le médecin rencontré nous refait faire tous les examens déjà prescrits au préalable, ainsi qu'un Doppler me concernant. Dans cette phrase, je souhaiterai souligner un autre défaut de CERTAINS médecins ou centres : pourquoi refaire ce qui a déjà été vérifié par ses collègues et pourquoi perdre ainsi du temps ? Quoiqu'il en soit, le verdict tombe suite au Doppler : présence d'un varicocèle ayant entraîné une azoospermie. Je vous cite tel quel la phrase qui restera gravée dans nos mémoires à tous deux : "Monsieur, c'est de votre faute ; vous êtes complètement stérile, votre seule chance , c'est la PMA avec la F.I.V par I.C.S.I ". La psychologie ne fait a priori pas partie des cours de médecine, ou bien il avait séché les cours. Je le dis aujourd'hui sur le ton de l'humour, mais je dois avouer que d'être coupable de devenir stérile en moins de 5 minutes a de quoi se faire effondrer n'importe lequel d'entre nous. D'autre part, parler comme cela de "PMA-FIV-ICSI" à un homme, c'est comme parler de mécanique à une femme : il n'y a rien de difficile à comprendre, mais par défaut, on est paumé. 2 ICSI ont donc suivi cette brève discussion avec, pour chacune, suffisamment d'embryons congelés pour effectuer deux tentatives. Même si le discours des infirmières, qui quant à elles sont beaucoup plus diplomates, paraissait nous donner toutes les chances ( "Ils sont tellement beaux, ces embryons, qu'on pourrait les prendre comme exemple dans les livres de biologie" ), pas de résultat.

Là dessus, je perds mes deux parents, et nous décidons une halte dans le cursus. Nous déménageons sur Lyon un an après, et décidons de consulter un nouveau spécialiste sur cette région. Deux nous avaient été prescrits par leurs collègues parisiens ; malheureusement, la chance ne sera pas non plus de la partie. Nous consultons donc l'un d'entre eux, qui, à notre grand étonnement, nous indique que nous aurions plus de chance si je me faisais opérer du varicocèle. Je n'y vois aucun inconvénient et, même si la culpabilité n'a rien à voir la-dedans, me sens un peu redevable des souffrances imposées à Delphine au préalable. Je me fais donc opérer en décembre 99 par un médecin, qui pour une fois, ne me cache rien et m'indique que l'opération peut échouer, que même si elle réussissait pouvait n'apporter aucune modification au spermogramme, et enfin que les bons résultats éventuellement obtenus pouvaient de nouveau se dégrader. L'opération réussi, et trois mois après, le spermogramme est meilleur ( ce n'est pas pour autant à mettre dans le livre des records ). Retour chez le médecin qui nous lance alors sur l'IAC , le sperme étant suffisamment bon pour cela. 4 tentatives d'IAC sont effectuées, avec ce médecin ou plutôt son frère. Sur le moment, on trouve cela un peu bizzare, mais cela passe. 4 échecs plus tard, nous apprenons que notre fameux médecin et son frère ( qui n'était pas plus gynécologue que vous et moi ) sont mis en examen pour fraude à la sécurité sociale. En fait, ca n'est qu'à ce moment là que je prends véritablement conscience de ce qui nous arrive, et l'élément déclencheur, c'est la détresse de ma petite puce qui n'en peux plus.

Depuis 4 mois, nous avons déposé une demande d'agrément en vue d'une adoption, changé de clinique, renouvellé 3 IAC sans aucun résultat, et l'on nous redirige actuellement vers l'ICSI puisque mon spermogramme rechute violemment.

Je ne sais pas si ce témoignage pourra vous aider ; c'est en tous les cas mon voeu le plus cher , après bien entendu celui d'avoir un enfant. Nous vous souhaitons en tous cas à tous un grand courage.

Eric & Delphine


Septembre 2002

Bonjour,

Nous souhaitions après une longue période de silence mettre à jour notre témoignage afin de redonner du courage à ceux et celles qui pourraient en manquer (et c'est bien normal).

Après de très nombreux échecs de PMA (en 6 ans : 4 ICSI, 7 IAC, une opération des varicocèles, un suivi psychologique), nous avons laissé tombé et avons commencé une procédure d'adoption en mars dernier. En juillet, nous avons "fui" une nouvelle tentative d'ICSI.

Puis, en octobre, un test de grossesse inespéré nous a confirmé l'attente d'un enfant, alors qu'aucun suivi médical n'était en cours.

Le 17 juin dernier, Eliott a vu le jour : c'est un très joli petit garçon de 3kgs et de 48,5cm. Il se porte comme un charme, et nous avouons être très loin aujourd'hui de ces épreuves, même si elles resteront à tout jamais inscrites dans nos mémoires.

Nous vous souhaitons à toutes et à tous du courage, de la volonté, et (parce que nous pensons aujourd'hui que c'est le plus important) beaucoup de chance.

Cordialement

Eric & Delphine


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