La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Clotilde & Jérôme - (France - février 2002)

Bonjour, je me lance à mon tour pour partager avec vous un peu de mon vécu.

Je tiens tout d'abord à remercier ce merveilleux couple qui, malgré leurs propres problèmes, nous permet de nous sentir moins seul.

Je m'appelle Clotilde et je suis mariée à Jérôme depuis septembre 99. Nous souhaitions, comme bon nombre d'entre nous, fonder une famille. J'ai donc arrêté la pilule en mars 2000, mais ayant toujours eu des cycles capricieux (allant de 35 à 45 jours) j'ai pris rapidement contact avec un gynécologue. Ayant déménagé depuis peu dans une nouvelle région, j'ai fait confiance au bouche à oreille pour trouver un gynécologue. Celui-ci m'a d'abord prescrit du Duphaston, qui à mon humble avis est un bon moyen pour les gynéco de se débarrasser de nous et de nos angoisses, pendant plusieurs mois.
Le traitement m'était prescrit pour une durée de 6 mois, mais ne voyant rien venir après les vacances d'été (qui paraît il sont propices aux heureux événements!!) j'ai décidé de retourner le voir. Il faut dire que j'ai toujours eu en tête que j'aurai des difficultés à avoir des enfants (allez savoir d'où cette intuition me vient) et j'étais d'autant plus angoissée que mes prémonitions semblaient se révéler justes.
Le gynéco face à ma demande qui se faisait de plus en plus pressante et à une courbe de température qui jouait au yoyo m'a alors prescrit du Pergotime et là au miracle mon cycle a été de 28 jours (comme dans les livres), mais avec toujours les règles en bout de course. Il a alors demandé à voir mon mari pour lui prescrire un spermogramme et là révélation, mon mari avait une infection et un sperme de très mauvaise qualité (peu nombreux, mal formés et plutôt fainéants), un traitement antibiotique lui a été prescrit mais au second spermogramme l'infection était toujours là, du coup rendez-vous chez l'urologue, nouveau traitement et nouveau spermogramme. L'infection était enfin éradiquée mais les spermatozoïdes étaient toujours aussi peu nombreux et vifs, c'est alors que l'on nous a conseillé de faire appel à l'AMP si nous souhaitions être parents. Tous ces examens qui auraient dû prendre que quelques semaines ont en fait duré plusieurs mois car mon mari faisant de nombreux déplacements de plusieurs semaines cela à considérablement allongé les délais.

C'est donc en septembre 2001 que j'ai appelé pour la première fois le centre d'AMP de notre département et le premier rendez-vous a été fixé pour le 4 janvier 2002. Je sais bien que si je me plains des délais certaines d'entre vous vont sourire mais je dois dire que j'ai trouvé cette attente très longue. Mais nous avons pas perdu notre temps pour autant, en effet entre temps j'ai changé de gynéco celui qui me suivait depuis le début ne me semblait pas très à l'écoute et complètement débordé (ce qui était d'ailleurs le cas). J'ai donc opté pour une femme, qui à tout de suite pris le taureau par les cornes et qui a profité des 4 mois d'attente pour nous faire faire les examens nécessaires au premier rendez vous au centre. Le spermogramme avec test de survie nous a d'ailleurs confirmé que la situation était plus que préoccupante. Je pense d'ailleurs que le stress de tous ces examens n'est pas fait pour arranger les choses.
De mon côté apparemment tout va bien, les cycles sont toujours un peu longs mais l'ovulation est maintenant au rendez-vous.

Suite au rendez-vous du 4 janvier, une première insémination est programmée pour mi-mars 2002, apparemment, compte tenu des résultats médiocres des tests sur le sperme il ne faut pas trop attendre un miracle et la gynéco nous a dit que si au bout de deux inséminations je n'étais toujours pas enceinte, une F.I.V pourrait alors nous être proposée.

A la veille de cette première insémination, je me pose de nombreuses questions, notamment par rapport au traitement et à ses effets secondaires et puis comment faire face aux possibles échecs. Même si on doit partir dans une optique positive il ne faut pas oublier de se protéger.
Je me demande également si je ne devrais pas aller déballer mes valises, qui commencent à être lourdes, chez un psy. Je ne voudrais pas passer à côté d'un blocage chez moi qui serait caché par le problème de fertilité de mon mari. Je voudrai mettre toute les chances de notre côté afin que l'insémination soit un succès. Il n'est pas nécessaire de se lancer dans un protocole lourd pour tout le monde si c'est pour aboutir à une impasse. Je voudrai recevoir des témoignages de personnes ayant fait la démarche et savoir ce qu'elles en pensent.

Clotilde


Juin 2002

Voilà déjà 4 mois que j'ai envoyé mon premier témoignage. Nous avons connu notre première expérience d'insémination artificielle, au mois de mars. Le résultat a été négatif, mais compte tenu des résultats du spermogramme la gynécologue nous avait déjà donné peu d'espoir de réussite.

Nous avons de nouveau rencontré la gynécologue aujourd'hui (après deux mois d'attente) pour discuter de la suite. Compte tenu des différents spermogrammes de mon mari, elle nous propose de passer tout de suite à une FIV ICSI.

Bien que nous y attendant quelque peu, je dois avouer que la nouvelle nous laisse un peu sous le choc. Je fais aujourd'hui appel à tout ceux et celles qui sont passés par cette technique. La gynécologue nous a signalé qu'elle était récente et qu'il y avait peu de recul aujourd'hui concernant les risques à long terme sur la santé des enfants.

Le problème du risque de handicap et de transmission de maladie génétique inquiète beaucoup mon mari, notre gynécologue nous ayant dit que d'après les premières études il y aurait légèrement plus de risque de transmission par cette technique. Quelqu'un aurait-il des infos plus précises.

Je vous remercie par avance et suis de tout coeur avec ceux et celles qui traverse les même épreuves. La FIV ICSI doit avoir lieu en août, je ne manquerait pas de vous tenir au courant.

Clotilde


Mars 2003

Bonjour à tous et à toutes, je suis Clotilde et mon mari s'appelle Jérôme, j'ai fait mon premier témoignage en février 2002, puis une mise à jour en juin 2002. Je viens aujourd'hui vous donner des nouvelles.

Bon pour l'instant toujours pas de noeuds roses à mettre face à notre témoignage, mais nous ne désespérons pas, comme tout le monde nous connaissons des hauts et des bas mais je crois que l'essentiel et de ne pas baisser les bras et surtout de continuer à vivre et à faire des projets même si le plus important tarde à venir.

Je vous avais laissé en juin à la veille de notre FIV ICSI, qui a eu lieu en août, aprés trois semaines de vacances pour mettre toutes les chances de notre côté.

En ce qui concerne le traitement rien à dire, je ne raffole pas des piqûres et j'ai été servie mais le traitement n'a duré que 12 jours alors je ne dois pas me plaindre. La ponction à pourtant été trés douloureuse, j'avais demandé une anesthésie locale ayant plus peur de l'anesthésie générale que de la ponction elle même, mal m'en a pris puisque je crois ne jamais avoir eu aussi mal de ma vie et ce 2 jours durant, malgré le Spasfon à haute dose. Bref, ce ne fut pas vaint puisque 14 ovocytes ont été ponctionnés, qui ont donné 10 embryons de bonne qualité, 2 ont été transférés et 8 congelés. Avec ces résultats vous imaginez facilement ce que l'on s'est dit, puisque le problème se situait au niveau des spermatozoides et donc de la formation des embryons, du moment que nous avions des embryons qui plus ait de bonne qualité, le tour été joué et nous n'avions qu'à attendre sereinement les 12 jours qui nous séparaient de la prise de sang. Théoriquement ça tenait la route.... surtout la route de l'illusion. A ça vous ajoutez que j'ai été malade comme un chien deux jours avant la prise de sang et vous imaginez la chute vertigineuse que nous avons fait à l'annonce du résultat négatif.

Pour ne pas tomber dans une profonde dépression nous avons décidé de retenter le coup rapidement, comme nous avions encore 8 embryons, tout n'était pas perdu et surtout le traitement de nouveau possible au bout de 2 cycles.

Donc nous revoilà parti en novembre pour un nouveau traitement. Ironie de la vie, j'ai appris la naissance de notre petit neveu, juste quelques minutes avant de partir faire ma première piqûre...!!

Le traitement s'est bien passé bien que les piqûres cette foi-çi furent plus douloureuses que lors des précédents traitements, décongélations des embryons, un peu de stress à l'idée qu'ils ne survivent pas, mais non tout se passe bien et de nouveau cette attente de 12 jours, à ne pas souhaiter à son pire ennemi, devoir garder le sourire au boulot, en famille, bref rien que le quotidien de nous tous. Prise de sang, toujours se résultat négatif, maintenant c'est mon mari qui appelle, je ne supporte plus d'entendre une quelconque secrétaire sceller notre destin d'une voix sans intonation.

Envie de tout envoyer ballader, on se dit que finalement les meilleurs moments sont ceux entre deux traitements où l'on attend rien. Et puis petit coup de pousse du destin, mon mari qui attend sa mutation depuis 1 an vient enfin de recevoir confirmation, nous partons en mars et nous rentrons chez nous aprés 4 ans d'exil (vécu comme tel par nous en tout les cas). Du coup on se dit que l'on va retenter un dernier coup avant de partir, si ça ne marche pas on fera un break d'au moins six mois mais on sent que cette mutation tant attendue pourrait favoriser les résultats cette fois-ci.

Voilà le transfert a eu lieu il y a deux jours et c'est plutôt l'esprit tranquille que nous attendons les résultats, tranquille parce que totalement occupé par les préparatifs du déménagement et la recherche d'un nouveau travail. Pour la petite histoire, moi qui n'ai jamais eu de cycle de 28 jous sauf sous traitement, j'ai eu mes règles au bout de ...28 jours lorsque j'ai su que nous partions. Psychisme quand tu nous tiens!!

Voilà, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la suite, en attendant, bonne chance à vous tous et toutes.

Clotilde


Février 2004

Bonjour à tous et à toute, je suis Clotilde et je viens mettre à jour mon dernier témoignage qui remonte à mars 2003 (déjà), notre premier témoignage ayant eu lieu en 2002. Je vous avez donc laissé sur l'attente des résultats du transfert de deux embryons congelés et de notre déménagement.

Pour ce qui est de notre installation tout s'est bien passé, j'ai retrouvé du travail dans les 15 jours qui ont suivi et nous avons enfin savouré de nouveaux instants dans notre région natale. Pour ce qui est des résultats, ils ont encore étaient négatifs malgré un retard de règles de 5 jours, mais ma poitrine ayant dégonflée comme un soufflet à la date présumée des règles j'avais perdu mes illusions. Mon mari n'était pas là j'ai voulu l'attendre pour faire la prise de sang, je ne me sentais pas d'affronter tout ça toute seule. Mes règles sont arrivées le jour où mon mari m'a rejoint (étonnant non !!) et la prise de sang à confirmé ce que l'on savait déjà.

Comme on l'avait dit on s'est fait un break jusqu'en septembre, on voulait souffler, ne plus penser à ça et puis nos nouveaux jobs nous accaparaient pas mal, bref ce fut parfait au moins pendant un mois, puis après j'ai commencé à cogiter et plus le temps passait et plus je m'angoissais. De son côté mon mari commencait à me dire qu'il ne voulait plus entendre parler de traitement qu'il voulait laisser faire la nature (vue nos chance de concevoir naturellement vous imaginez ma panique), il ne se sentait plus d'affronter un nouvel échec, de nombreuses discussions parfois houleuses ont été nécessaires pour enfin le décider. Donc en juillet, malade de ne rien faire de concret pour booster la nature, j'ai tout de même pris RV dans le centre FIV le plus proche de chez nous pour septembre, une collègue de travail m'ayant recommandé un médecin en particulier. Un problème est alors apparu, celui de rapatrier les 4 embryons congelés qu'il nous restait encore dans l'autre centre, distant de 750 kms!! Après une bonne vingtaine de coups de fils il s'est avéré que ce serait très difficile de pouvoir mettre ce projet à exécution pour divers raisons dont la principale était la distance, nous avons donc convenu avec mon mari que nous attendrions le rendez-vous chez le gynécologue pour prendre notre décision, qui serait probablement de demander la destruction de ces 4 embryons pour pouvoir faire une nouvelle FIV-ICSI sur place. Tout s'est enfin éclairé lors de notre rendez-vous avec ce fameux gynécologue, nous avons rencontré quelqu'un de vraiment humain qui a pris le temps de nous écouter et...qui avait une solution en or pour notre problème de transfert d'embryons : son meilleur ami n'étant autre, en fait, que le chef de service du centre qui nous suivait jusqu'alors, celui-ci devait venir le voir dans les semaines qui suivaient, ils se sont donc mis en rapport et sans que nous ayons eu à lever le petit doigt nos embryons sont venus nous rejoindre.

Interprétant cela comme un signe du destin (on se raccroche à ce que l'on peut), nous sommes partis confiants pour un ultime transfert d'embryons congelés. Le docteur m'a prescrit un traitement hormonal oral qui au lieu de stimuler un cycle comme les piqûres, simule un cycle artificiel, sans ovulation, le seul inconvénient étant de devoir continuer le traitement 3x par jour durant les 3 premiers mois de grossesse en cas de réussite. Sur les 4 embryons décongelés 3 ont résistés et ont été mis au chaud le 19 octobre et l'attente à alors reprise. Quelques jours avant la prise de sang des pertes brunes annonciatrices de mes règles sont apparues. Je devais aller faire ma prise de sang un vendredi, le jeudi soir j'ai eu envie de tout envoyer ballader traitement, prise de sang et puis je me suis ressaisie et en bonne élève j'ai avalé consciencieusement mes cachets et suis allée de bon matin faire la prise de sang. J'ai cru que j'allais fondre en larmes dans la salle d'attente mais non j'ai tenu le coup et puis je suis partie au travail comme tous les jours et n'ai pas trop pensé de la journée. N'y croyant tellement pas j'ai même failli ne pas aller chercher les résultats au laboratoire. Mais bon toujours vaillant petit soldat, me voici devant la secrétaire qui cherche dans une liasse de papier mes résultats, la seule pensée que j'ai alors c'est: "c'est même pas sous enveloppe, elle va me lire les résultats tout haut devant tout le monde et je vais devoir rester stoïque". Et puis je vois écrit le chiffre 118 (chiffre que je n'oublierais jamais), je sais ce que ça veut dire, depuis le temps que je potasse le sujet je sais bien que en dessus de 5 c'est une grossesse qui démarre mais je reste bête, tellement dans ma logique "C'est pas possible" que je demande bêtement "C'est quoi ça ?"(texto) "Ca veut dire que vous êtes enceinte". Après c'est le brouillard, je ris, je pleure dans la rue, les passants doivent croire que je suis folle mais je m'en fous, je fonce droit chez moi, mon mari est dans la salle de bain et je lui annonce que je suis enceinte et nous tombons dans les bras en larmes tous les deux (Je viens de découvrir ce que cela veut dire pleurer de joie), je sens tomber la pression de 3 ans 1/2 d'attente, je réalise enfin tout ce qu'à pu me cacher de souffrance mon mari qui pleure dans mes bras. Le plus beau jour de notre vie.

Voilà cela fait quatre mois révolus que nous sommes sur notre petit nuage tout juste terni par une perte de sang à la fin du premier mois qui nous a fait très peur mais qui n'était dû qu'à un trop faible dosage de mon traitement hormonal que j'ai du poursuivre jusqu'à la fin du troisième mois de grossesse. Beaucoup de fatigue mais pas de nausée, ni de vomissement et la sensation de ses mouvements il y a déjà 3 semaines. Je béni chaque jour de la chance que nous avons d'attendre enfin un enfant (puisque je ne l'ai pas précisé mais sur les 3 embryons un seul s'est développé).

Je tiens à remercier ici tous ceux et celles qui nous ont soutenus durant ces années difficiles et envoie tous mes voeux de réussite aux couples qui essaient encore et toujours. Surtout ne perdez pas espoir et ne baissez pas les bras.

Clotilde


Octobre 2004

Bonjour à tous,

Je suis Clotilde et je viens mettre à jour mon témoignage. Ma dernière mise à jour datant de février 2004 et mon premier témoignage de février 2002. Lors de mon dernier témoignage j'étais alors enceinte de 4 mois et vivant une grossesse épanouie, la suite a été tout aussi idillique jusqu'à l'accouchement qui lui fut par contre un cauchemar. Moi qui n'ai pas angoissé une seule seconde durant toute ma grossesse concernant mon accouchement, j'ai eu une réalité bien loin de ce que j'imaginais.

Pour faire court, notre fille ne souhaitant pas sortir d'elle même (elle devait être tellement bien dans son cocon) il a fallu procéder à un déclenchement qui a aboutit à une hémorragie pour moi et une souffrance foetale pour notre fille, césarienne en urgence et réanimation pour le bébé, que du bonheur. Notre petite Anna est tout de même née le 24 juillet 2004. Fort heureusement tout est rentré dans l'ordre rapidement, les bébés ayant une capacité a récupérer bien supérieure à la notre, notre fille a été sur pied (c'est une image) bien avant moi. Toute cette aventure a un peu gâché la joie de faire sa connaissance, surtout que je n'ai pu la tenir dans mes bras qu'au bout d'1 jour 1/2, l'attente fut longue et sans mon mari qui faisait la navette entre les deux services et un appareil photo numérique qui m'a permis de la voir, je n'aurai pas tenu nerveusement. J'en profite d'ailleurs pour rendre hommage à mon courageux mari qui a fait face à cette épreuve avec un courage et un dévouement qui nous a beaucoup aidé Anna et moi pour passer ce cap difficile. J'ai pu enfin avoir Anna près de moi, en maternité, au bout de 3 jours et autant vous dire que je ne l'ai plus lâchée, il nous fallait faire connaissance l'une de l'autre. Aujourd'hui elle a 2 mois 1/2 et nous ravis par ses sourires et ses mimiques, nous sommes des parents comblés et toutes les difficultés que nous avons pu rencontrées depuis que nous avons commencé ce difficile combat se sont évanouies à la vue de notre fille.

Je souhaite à tous et à toutes de vivre, un jour, les mêmes joies et en attendant de ne pas perdre courage.

Clotilde


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