La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Claudine - (France - novembre 2001)

Il faut que j'écrive, que je vous écrive pour me libérer, pour expulser cette souffrance qui m'envahit jour après jour et qui devient trop pesante.
Il faut que je vous dise qu'il y a des anniversaires trop lourds à porter, des anniversaires qu'on n'aimerait pas fêter et surtout des années qu'on aimerait effacer.
Il faut que je vous explique, mais vous l'aurez compris, que ce qui me ronge est l'absence d'enfant, cette incapacité à ce jour d'être MERE. Et vous savez de quoi je parle …
Si pour certaines femmes, ce mot se concrétise naturellement et simplement, ce n'est pas le cas pour moi.
Je n'imaginais pas, il y a six ans, que cet état serait si dur à concrétiser et qu'il me faudrait passer par toutes ces épreuves, et qui ne sont pas terminées.

Il y a six ans, je consulte ma gynécologue, en lui expliquant qu'après six mois d'arrêt de contraception, une grossesse n'est toujours pas en vue. Elle me prescrit un traitement " pour donner un petit coup de pouce ". Au bout d'un an, elle décide de m'orienter vers une autre gynécologue spécialisée dans la " stérilité ", car les courbes de températures, les échos et les traitements hormonaux n'ont rien révélés d'anormal. Je ne savais pas que le processus de la procréation médicalement assistée était alors lancé.

Cette nouvelle personne consulte à l'hôpital et c'est entouré d'une équipe médicale que nous continuons les examens (Hühner, Hystérosaltingographie, coelioscopie, spermogramme) et les traitements. Comme tout paraît normal, mais que le bébé ne vient pas, nous passons aux inséminations artificielles avec conjoint (IAC). Au bout de quatre, elle décide de ne pas insister et de passer à l'étape supérieure, qui est aussi l'ultime étape dans notre cas.

La FIV nous révèle enfin que les ovocytes et les spermatozoïdes se rencontrent bien et donnent naissance à de beaux embryons. Malheureusement ceux-ci une fois remis dans mon utérus ne tiennent pas et c'est l'échec. Nous replacons quelques mois plus tard les embryons, qui avaient été congelés lors de la FIV et là encore, échec. Nous faisons alors un break, le temps de digérer les traitements et de récupérer l'énergie nécessaire pour recommencer. En effet, le protocole est assez lourd. Les dosages et les échographies se font tous les 2 jours pendant une quinzaine de jours et les contacts téléphoniques avec l'équipe médicale, pour connaître la suite des traitements, se fait entre 14h et 15h précises, dans un bureau que je partage avec 3 personnes du sexe masculin !

Quatre mois plus tard, nous retentons notre chance. Alors que nous sommes en pleine stimulation et presque arrivés à la ponction des ovocytes, le traitement est brutalement arrêté car les dosages effectués conjointement avec les échographies ne sont pas satisfaisants pour poursuivre le protocole. L'annonce se fait par téléphone, sans préparation préalable et surtout sans aucune explication. Le choc ! Je reprends rendez-vous avec ma gynécologue pour essayer d'en savoir plus. Elle me répond qu'elle n'a pas le temps de me recevoir, qu'elle pourra me revoir que dans trois mois. Et pour toute explication, elle me dit que cela ne marche pas à chaque fois.

Parallèlement et sans rapport à tout cela, viennent se greffer deux interventions gynécologiques, avec de petites complications qui me conduisent aux urgences au service maternité. A chaque fois, nous ressortons sans bébé dans les bras et un peu plus meurtris.

C'est alors que je décide d'entamer une psychothérapie brève et de changer de gynécologue. Huit mois plus tard, nous consultons le nouveau spécialiste avec qui nous faisons une deuxième FIV. Le même scénario se reproduit, le même nombre d'embryons obtenus et le même résultat, négatif. Intrigué par l'échec de cette FIV, le spécialiste décide alors de me faire un examen (hystéroscopie) et qui révèle une infection au niveau de l'utérus. Cette infection expliquerait peut être que les embryons n'adhèrent pas ( ?).

Aujourd'hui, nous avons confiance en cette nouvelle personne, qui se montre professionnelle et qui sait que le temps compte. Nous avons aujourd'hui 33 et 34 ans et comme beaucoup de personnes de notre âge nous aimerions être parents. Même si le temps dont nous disposons, nous permet d'être libre et sans contraintes, nous aspirons à autre chose.

En plus, il nous faut conjuguer cela avec nos activités professionnelles. Mes arrêts maladie se déguisent en maladies imaginaires et à chaque fois, j'essaie de ne pas montrer ma douleur. Mais les bébés de mes autres collègues sont là pour me rappeler que je n'ai pas d'enfant.

Merci de m'avoir accordé quelques minutes de votre temps. Bon courage à toutes et à tous.

Claudine


Décembre 2002

Dans mon message ci dessous, je vous livrais ma souffrance sur l'absence d'enfant qui me rongeait. Aujourd'hui mon vœux le plus cher s'est réalisé et je dirai même, le miracle s'est produit : un petit garçon est né cet été 2002 pour notre plus grand bonheur. Je parle de miracle, parce que notre petit garçon est issu d'un embryon congelé, et que selon les statistiques, les replacements d'embryons congelés ont moins de chance d'aboutir à une grossesse que des embryons non congelés. Alors pourquoi cette fois-ci ce replacement a-t-il marché ? Le mystère reste entier.

Je tiens à témoigner aujourd'hui, pour dire aux couples qui souffrent de ne pas avoir d'enfant que tout espoir n'est pas perdu et qu'il faut aller jusqu'au bout pour ne pas le regretter plus tard. Et je voudrai ajouter aussi que même si les chances sont minimes, elles existent et qu'il faut les tenter. J'espère que mon message sera un message d'espoir pour 2003.

Claudine


Claudine souhaite rester anonyme et n'est donc pas joignable.

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.