La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Cécile & Frédéric - (France - Juillet 2002)

Chers tous et toutes,

Cela fait déjà plusieurs mois que je viens consulter ce site et lire vos témoignages. A chaque fois, ce qui me surprend le plus c'est que quelque soit le parcours de chaque couple, nous ressentons tous la même détresse, les mêmes angoisses, les mêmes difficultés à vivre les échéances.

Pour ma part, cette attente de maternité est plus qu'ancienne. Je crois en fait que j'ai été mère dans ma tête avant d'être femme. La grossesse et la naissance m'ont toujours passionnées. La preuve en est que depuis l'âge de 9 ans j'ai toujours voulu être sage-femme et j'ai la chance d'exercer ce métier depuis 5 ans.

J'ai 27 ans et j'ai rencontré Frédéric, l'homme de ma vie, il y a 7 ans. Inutile de vous dire à quel point j'ai pu le tanner pour que nous commencions à fonder la famille dont j'ai toujours rêvée (3 ou 4 enfants). Donc ça a été un immense bonheur quant il m'a donné le feu vert pour que j'arrête la pilule en septembre 2000 (il finissait ses études de pharmacie en 2001, soit pile poils 9 mois après !). Je me voyais déjà avec un gros ventre à son gala de fin d'études ... . Mais évidemment ça ne s'est pas passé comme cela.

A l'arrêt de la pilule mes cycles n'en finissaient pas (je ne compte même plus le nombre de tests de grossesse que j'ai pu réaliser) et j'ai donc rapidement consulté ma gynécologue qui m'a prescrit du Duphaston et des courbes de température (très pratiques à réaliser lorsque l'on fait des gardes de nuit !). Au bout de 6 mois, voyant une dysovulation, elle me prescrit du Clomid sans aucun bilan, juste une écho que j'ai du lui réclamer à corps et à cris. Et là, la fatigue aidant, je me suis effondrée dans son cabinet et la seule chose qu'elle a su me dire c'est que nous étions très jeunes et qu'il ne fallait surtout pas y penser pour que ça marche ! Facile à dire: température tous les matins, Clomid de J1 à J5, Duphaston de J16 à J 25 et pour couronner le tout, des femmes enceintes à bichonner et des nouveaux-nés à pouponner au travail ... Ce jour là j'ai décidé de changer de gynéco. L'avantage dans ce métier c'est de pouvoir connaître "les meilleurs" (?) gynéco de sa ville, bien que je n'habite pas là où j'exerce. Je m'en vais donc consulter un spécialiste de la stérilité qui me prescrit les bilans adéquats et augmente le Clomid. Puis prescrit une hystéro (quel plaisir !) et un spermogramme. La vie est bizarre des fois, je suis allée chercher les résultats avec ma meilleure amie qui avait du mal à commencer une grossesse (elle est désormais enceinte et devrait accoucher dans deux mois). J'étais en train d'essayer de la réconforter lorsque j'ai découvert le résultat: catastrophe. Oligo-Asthéno-Tératospermie. On prend cela comme une claque. Le problème s'est que Frédéric avait eu de la fièvre 48 heures avant l'examen (40°c) donc tout était à refaire dans 3 mois. Trois mois interminables ponctués d'analyses pour Fred. On décide tout de même de s'inscrire à une FIV avant d'avoir le second résultat (délai d'attente 7 mois). Le deuxième résultat confirme le premier, mais notre gynéco préfère en avoir un troisième au cas où on pourrait tenter une IAC. Évidemment le troisième est comme les deux premiers et nous abandonnons du coup tout espoir d'IAC. L'I.C.S.I est une méthode qui nous fait peur, nous savons qu'il y a peu de recul et qu'il pourrait exister plus de risques d'anomalies, même si nous avons conscience que c'est notre seule chance de réaliser notre rêve. Tout cela est difficile à gérer d'autant plus que la relation que nous avons avec notre Gynéco n'est pas spécialement réconfortante. A chaque consultation, nous avons l'impression qu'il ne s'adresse qu'à une sage-femme et un pharmacien, en aucun cas au couple en mal d'enfant. Dernier exemple en date: quand nous lui avons demandé si c'était à lui qu'il fallait préciser que nous souhaitions pas plus de 2 embryons réimplantés à la première tentative, il nous a répondu qu'il fallait en parler au chef de service mais surtout avec plus de manières; que lui, il fallait le ménager !!! Le comble. Nous risquons de ne pas devenir un jour parents, nous allons subir une ICSI et nous devons ménager les médecins ! et ce n'est qu'un échantillon de ce que nous avons dû encaisser. Je ne parlerai pas du père de Fred qui à l'annonce de notre infertilité nous a simplement (maladroitement) répondu: "le principal dans la vie ce n'est pas les enfants ... " C'est quoi alors ? Heureusement Frédéric est toujours là pour essayer de me réconforter,de dédramatiser et arrive à croire dans la FIV sans pour autant espérer comme un dingue. Que je l'envie. Je n'ose imaginer dans quel état je serai si ça échoue. L'ICSI est prévue en septembre, nous en avons profité pour partir en voyage au soleil il y a 15 jours et cela nous a fait un bien fou. Mais je me rends compte que l'échéance se rapproche, l'espoir et la crainte aussi. Je ne sais comment occuper mon esprit pour que cela ne tourne pas à l'obsession surtout les 15 jours entre la réimplantation et les résultats. Je ne sais pas s'il faut espérer comme des fous au risque de s'effondrer ensuite, ou bien de jouer les pessimistes et ce dire qu'il faudra plusieurs tentatives pour espérer peut-être un jour...

Tous vos conseils sont donc les bienvenus, merci de m'avoir lue. Bon courage à tous

Cécile et Frédéric.


Mars 2003

Chers tous,

Tout d'abord nous tenons à remercier les personnes qui nous ont encouragés et soutenus depuis notre premier témoignage. A notre tour de donner un petit peu d'espoir à tous ceux qui abordent ce douloureux parcours.

Depuis Juillet, on peut dire qu'il s'en est passé des choses... : J'ai bien commencé mon traitement début Septembre après avoir régularisé mes cycles sous pilule en Juillet et Août. Protocole récent et d'après vos témoignages encore peu employé: Puregon 150 (je recommande, au passage le stylo qui est nettement moins douloureux et très pratique) puis Orgalutran. Je vis assez bien ce traitement, sans signe particulier (petite douleur dans le ventre uniquement) et surtout suis heureuse de "participer" et voir l'échéance approcher. Mais tout a failli tomber à l'eau une semaine avant la ponction. On m'annonce alors que mon taux d'oestradiol a complètement chuté et qu' on craint une ovulation prématurée... mais ouf ! il n'en est rien, le taux remonte tout doucement mais n'atteindra jamais un seuil dit normal. Comme les échos sont bonnes (13 follicules) il est tout de même décidé de déclencher l'ovulation pour que la ponction ait lieu le surlendemain. J'ai su par la suite que l'équipe avait vraiment hésité a prolongé avec moi ce traitement, depuis je leur en suis reconnaissante tous les jours d'avoir fait ce choix !

La ponction s'est bien passée médicalement parlant. J'avais fait le choix de ne pas prendre d'anesthésie générale mais comme dans mon centre ils n'en font pas de locale, on peut dire que j'ai dérouillé ! Quant à Frédéric, la biologiste lui a demandé de redonner car il n' y avait que 100 000 spz dans le premier recueil ... Bref, on a eu la chance d'avoir 9 ovocytes mûrs sur les 13 follicules, et 2 jours après nous apprenions que nous étions à la tête d'une famille de 7 embryons ! Le bonheur !! 5 ont été congelés et 2 ont été transférés. Je n'oublierai jamais cet instant où la laborantine a présenté la pipette contenant notre précieux trésor. Bien que l'équipe m'ait trouvée plutôt angoissée, moi j'ai le souvenir d'avoir vécu ce moment avec optimisme et sérénité.

Avant le traitement, je craignais de mal supporter les 15 jours entre la ponction et le résultat. Je ne croyais pas si bien dire !! 4 jours après le transfert, j'étais hospitalisée d'urgence pour syndrome d'hyperstimulation ovarienne. Mes ovaires mesuraient plus de 10 cm chacun, et une ascite (présence d' "eau" dans le ventre) débutait. Ce qui devait être une affaire de 48h devint une hospitalisation de 3 semaines !! J'ai pu voir durant ce séjour à quoi je pouvais ressembler enceinte car avec 3 litres d'ascite, finie la taille de guêpe !! Bien que mon état physique n'ait pas été au mieux durant cette hospitalisation, il ne se passait pas une journée sans qu'une personne de l'équipe médicale ne me dise que tout ça était plutôt bon signe, en faveur d'une grossesse débutante. Alors le 4 Octobre, quand le dosage d' HCG a révélé que j'étais bel et bien enceinte, tous les "petits soucis" se sont envolés et moi j'étais sur un petit nuage, prête à subir n'importe quelle épreuve. L'équipe, que je connaissais en partie depuis mes études, a toujours été géniale, à l'écoute et presqu'aussi heureuse que moi devant la bonne nouvelle.

Du fait de mon hospitalisation, j'ai eu des échos toutes les 48h. Nous avons donc pu en profiter pour découvrir les premiers stades de développement de notre tout petit bébé. Le chef de service ne voulait pas démordre qu'il s'agissait d'une grossesse gémellaire du fait de la gravité de mon hyperstim', mais toutes les échos nous montraient un seul embryon. Nous étions déjà tout heureux de voir notre petite famille se créer. J'ai pu quitter l'hôpital le 15 Octobre avec toujours un ventre de bibendum mais plus seulement rempli d'ascite !
La première cerise sur le gâteau a été de découvrir, 2 semaines après ma sortie, que j'attendais tout compte fait des jumeaux. La deuxième, a été d'apprendre, il y a 1 1/2 mois qu'il s'agissait d'un petit garçon et d'une petite fille !!

Bref, après ces épreuves nous sommes les futurs parents les plus heureux du monde. Tout ça pour vous dire que quelque soit votre parcours, il ne faut jamais baisser les bras et ni cesser d'y croire. Nous n'oublierons jamais notre parcours et la chance que nous avons d'avoir vu notre première fiv-icsi réussir aussi bien.

Bon courage à tous. Cécile et Frédéric


Mai 2003


Leur écrire

Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.