La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Caroline - (France - mai 2003)

Après lecture des 40 témoignages de 2003, je n'ai retrouvé mon cas qu'à de très rares occasions. C'est pourquoi je souhaite apporter ma pierre à l'édifice.

J'espère que mon témoignage pourra aider et informer celles qui recherchent des infos.

Voici tout d'abord le décor : J'ai eu mes règles tardivement (15,5 ans, aidées par du Duphaston), mais pas plus tard que les autres femmes de la famille.
Ma mère était censée ne jamais pouvoir avoir d'enfants à cause d'un utérus trop petit. Mon frère et moi (naissances spontanées et rapides) l'avons démenti. Quelques cycles irréguliers et puis j'ai rapidement pris la pilule pendant 10 ans.

Quand nous avons voulu faire une crevette, j'ai fait les choses dans l'ordre et suis allée voir ma gynécologue habituelle (un rdv par an) pour lui annoncer que j'avais arrêté la pilule et que je voulais savoir si tout était correct. Elle m'a fait une écho intra-utérine pour voir si j'étais enceinte (n'a même pas regardé les ovaires) et m'a dit de revenir la voir quand je serais enceinte.

Mes premières règles sans pilule sont arrivées comme une lettre à la poste, exactement à la même heure qu'avec la pilule. J'étais très "fière" de réussir faire ça toute seule ...
Je fais quand même mes courbes de températures, car ma belle soeur (enceinte de 5 mois), me dit que règles ne veut pas dire ovulation ... qu'est - ce que c'est que cette histoire ?!? (comme quoi, même à l'heure actuelle, en ayant fait un Bac +4 et en étant une fille, je ne sais même pas comment mon corps fonctionne !!).
La courbe reste mystérieusement basse. Je le fais tous les jours pendant 3 semaines en déprimant tous les matins. Je finis par me persuader que je me bloque psychologiquement.
Je passe tout de même un coup de fil à ma gynécologue pour lui en parler. Elle me demande pourquoi je m'embête à faire ça et quand je lui dit que la courbe ne monte pas, elle s'exclame : "et bien il n'y a peut être pas d'ovulation, voilà !" Autant vous dire que je ne l'ai jamais revue.

Le mois suivant, rien. Test de grossesse ... négatif. J'attends encore, toujours pas de règles. Au bout de 3 mois, je vais voir un autre gynécologue, un "spécialiste de la stérilité", histoire d'être rassurée.

Je lui raconte mon histoire et lui fais part de mon besoin d'être rassurée. Je n'avais nullement l'intention de faire des examens, mais je voulais savoir pourquoi je n'avais pas mes règles.
Il me dit de ne pas m'inquiéter, que c'est tout à fait normal, qu'avant 2 ans, pas de souci ... il va même jusqu'à me faire un toucher, histoire de vérifier que j'ai bien un utérus et deux ovaires. Il me prescrit du Duphaston et j'attends encore mes règles le mois suivant.

Entre temps, rendez-vous illico chez le dermato, pour crise d'acné sévère. Elle m'explique que l'arrêt de la cigarette (2 paquets par jour) + arrêt de la pilule = acné. Elle me conseille de tomber vite enceinte pour éviter ça !

Après 6 mois de tentatives infructueuses et de règles fainéantes, ma mère me conseille un autre gynéco, un "nataliste", un de ceux qui aident les femmes à tomber enceinte. Après deux mots, il me dit :"on va regarder, mais je sais ce que vous avez".
Le diagnostic tombe : ovaires polykystiques (SOPK). C'est à dire des ovaires de deux fois la taille normale, gonflés de plein de follicules qui se transforment en kyste ; ce qui les empêche de se transformer en ovules et d'être expulsés.

La cause est semble t-il génétique et n'a rien à voir avec les ovaires. C'est lié à la production d'insuline (substance sécrétée par le pancréas pour transformer le sucre - rapide et lent - en énergie). Je souffre d'une hyperinsulinémie (production disproportionnée d'insuline par rapport à la quantité de sucre absorbée).

La proportion de femmes ayant ce syndrome dans la population est est de 10 à 20 % !!!!

Bref, cette insuline va empêcher ma production d'hormones LH et FSH (taux inversés en quantité) et du coup, mes ovaires ne reçoivent jamais les ordres de maturer les follicules et de les expulser.
Les symptômes classiques de ce syndrome sont : un surpoids, voire une obésité (ce qui n'est pas du tout mon cas), un hirsutisme (plein de poils, ce que je n'ai pas outre mesure), des règles très très irrégulières, de l'acné (merci le retour de l'adolescence à 27 ans ...).

Les approches de traitement sont médicales et (si ça ne fonctionne pas), chirurgicales. Mon médecin a donc commencé à me prescrire des médicaments, mais pas liés à la gynéco : de la Metformine (commercialisée aussi sous le nom de Glucophage), qui est normalement prescrit pour les diabétiques. Cela permet d'inhiber la production d'insuline et donc de laisser les hormones fonctionner correctement. J'ai quand même eu droit au Clomid. Le premier essai a été un échec (pas de maturation folliculaire), et les piqûres de Gonal F juste derrière n'ont rien donné.

Le moral, qui était fortement remonté grâce au traitement (on a enfin quelque chose de tangible auquel on s'accroche) a chuté à grande vitesse.

Je viens de repartir sur une phase de Duphaston, puis Clomid, puis Gonal F et échographie le 12 ème jour. L'étape suivante est l'intervention chirurgicale (des petits trous au laser dans les ovaires, ce qui relance l'activité et permet aux ovules d'être expulsés). Cette technique semble avoir de meilleurs résultats que l'approche médicamenteuse.

Bien évidemment, mon monde s'est écroulé, comme pour vous toutes et tous. J'ai du mal à garder espoir quand je me dis qu'il y a déjà tellement peu de chance de tomber enceinte normalement (12 chances par an) que quand on n'ovule pas, c'est encore plus dur. Sans parler de fausse couche !

J'en suis au tout début du traitement.

Je ressens une rage immense envers les différents praticiens que j'ai rencontrés depuis toujours et qui n'on jamais vu le syndrome. Quand je remets les éléments bout à bout (règles tardives et irrégulières, acné, pas ou peu de douleurs pendant les règles, etc.), c'était évident. Si j'avais su que le délai était si long avant de faire un bébé, je n'aurais pas attendu pour arrêter la pilule !

Heureusement que je suis tombée sur un gynécologue (un homme) sensible et compétent. Lui, il a immédiatement compris de quoi il s'agissait. Je pourrais toujours attendre sans savoir ce que j'ai...

Je suis à votre entière disposition si vous souhaitez me faire parvenir vos témoignages ou me demander des infos.

Merci à toutes,

Caroline, Paris


Octobre 2003

Je reviens vers vous pour vous faire partager mon bonheur et optimisme nécessaire dans ce type de démarche : je suis porteuse d'espoir, car après avoir moi aussi écumé le net en mal d'infos et avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, l'impossible a fini par arriver et je suis enceinte depuis 4 mois d'un petit garçon.

Même si je suis extrêmement heureuse de cette situation, les 3 premiers mois ont été psychologiquement très difficiles, car je me sentais en « sursis », enceinte pour l'instant ... Chaque journée gagnée était une vraie chance mais je craignais que le jour suivant soit celui qui signerait une fausse couche. J'ai refusé catégoriquement que mon mari en parle à qui que ce soit pendant les 3 premiers mois, ayant trop peur qu'il arrive une catastrophe et que je me retrouve un jour en face de quelqu'un qui me demande nonchalamment : « comment se passe la grossesse ? » Et pourtant, en parler à ses amis (qui font forcément des gaffes) lui a fait le plus grand bien et lui a permis d'exprimer sa joie.

Concernant le traitement, que je détaillais sur mon précédent message, j'ai réussi à faire mon deuil de cette nécessaire aide médicale, maintenant que je sais que ça marche. Mais c'est avilissant de ne pas être capable de faire un bébé. Je me sentais amoindrie, et coupable d'avoir "menti" à mon mari en me mariant avec lui et en lui disant qu'on allait fonder une famille ... Comme une tromperie sur la marchandise !

Il faut mettre toutes ses chances de son côté pour ne pas regretter ensuite d'avoir laissé filer sa chance. C'est ridicule, mais j'ai tout fait : le gynécologue + le psychologue + l'ostéopathe qui a aidé une amie à tomber enceinte + le nutritionniste qui m'a conseillé des pilules et même .... Lourdes ! Mais si je n'avais pas fait tout ça, j'aurais pu le regretter jusqu'à la fin de mes jours en me disant que je n'ai pas tout fait ...

Je remercie tous ceux d'entre vous qui m'ont envoyé des messages de soutien ou des témoignages. Je reste à la disposition de ceux qui voudraient entrer en contact avec moi.

Courage,

Caroline


Janvier 2005

Une fois de plus, je souhaite témoigner de mon parcours et transmettre un espoir aux femmes dans mon cas : Syndrome des Ovaires PolyKystiques (SOPK).

Après une grossesse médicalement impeccable et un accouchement très bien pour le bébé, j'ai souhaité renouveler l'expérience le plus rapidement possible. J'ai souhaité allaiter mon enfant au minimum 6 mois pour privilégier cette relation et lui apporter le meilleur. Ensuite, nous avons repris le chemin des essais. La démarche était psychologiquement très différente, car je savais que j'étais capable de faire un enfant et dans le pire des cas, j'en avais déjà un … Le bilan hormonal effectué 3 semaines après la fin du sevrage a été catastrophique : aucune production hormonale, à la limite de la ménopause. Nous avons néanmoins ré-attaqué le traitement ; avec la Metformine (Glucophage - traitement pour les diabétiques), Clomid, Gonal F, Ovitrelle et HCG. A l'écho folliculaire, il y avait un ovule mature et plein de petits en préparation. Nous avons déclenché et attendu pour faire le dosage de progestérone (vérification de la qualité de l'ovulation).

15 jours après, n'ayant aucune règle, j'ai finalement fait ma prise de sang : positif. La première tentative a été la bonne ! Je suis aujourd'hui enceinte de 3.5 mois et mes enfants auront 17 mois d'écart. Tout le monde me dit que c'est peu, mais j'étais prête à prendre le risque d'avoir des enfants d'âges rapprochés plutôt que bcp d'écart entre eux ou encore un fils unique … Et je ne compte pas m'arrêter là ! Le fait d'avoir du mal à faire des enfants (en tous cas, pas toute seule), me donne envie d'en faire encore plus !

Aujourd'hui, quasiment tout le monde est au courant de notre démarche et du fait que ces enfants ne " sont pas tombés du ciel ". Au début, j'en avais presque honte. Aujourd'hui, j'en parle beaucoup plus librement, notamment parce que je ne veux pas que d'autres femmes se sentent coupables de ne pas réussir à faire des enfants. Et du coup, certains de nos amis nous interrogent, car ils ont eux aussi du mal à faire des petits. C'est beaucoup, beaucoup plus courant que ce qu'on peut croire !

Courage à tous ceux et celles qui luttent.

Caroline


Janvier 2006

Bonjour,

Une nouvelle fois, je souhaite mettre à jour mon témoignage pour encourager les femmes à persévérer et à garder espoir dans leurs tentatives.

J'ai donné naissance à Anna le 6 juin 2007, petite soeur de Romain (16.02.04) et Gaël (02.07.05). Ces trois bébés étant aidés par une stimulation médicamenteuse, avec réussite immédiate car les dosages m'étaient appropriés et la machine rodée. Dans notre entourage proche, nous avons été frappés de constater la fréquence de l'infertilité ou hypofertilité car tous ont réussi à donner naissance à un enfant au bout du compte.

Après la naissance de mon premier enfant, j'ai décidé de partager auprès de mes amies mon parcours, mon ressenti et ma peine car jusque là, cette incapacité à donner un enfant était pour moi très pesante. En me livrant, j'ai pu aider de nombreuses lectrices de ce site et de nombreuses amies.

Et aujourd'hui, j'ai le bonheur de dire que mes bébés ont tous été ardemment désirés et qu'ils me remplissent de joie. Si je n'avais pas eu de problème de fertilité, je me serais sûrement arrêtés à 2 ; mais ayant connu ça, j'ai décidé de faire un pied de nez au destin, de faire une famille nombreuse !

Caroline.


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