La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Aurélie & Olivier - (France - Décembre 2002)

J'ai découvert votre site par hasard, et, en lisant tous ces témoignages bouleversants, j'ai moi aussi eu envie de "vider mon sac". Je désirais le faire depuis tellement de temps...

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours désiré avoir des enfants tôt. Quand j'ai rencontré Olivier, qui allait devenir mon mari, il avait la même envie, c'était parfait... Nous avons attendu "par principe" notre mariage, et nous avons essayé..... C'était en 1998, j'avais 24 ans, Olivier 27, nous habitions alors en Italie.

Les mois ont passé, je commençais à m'inquiéter un peu, d'autant plus que j'avais arrêté la pilule bien avant d'essayer.

Juin 1999 : J'ai eu un début de cycle un peu bizarre, des règles très peu abondantes, les seins enflés, quelques nausées. J'ai fait un test de grossesse.... positif. Nous en avons pleuré de joie. Je me suis d'abord peu inquiétée pour ces petites pertes de sang, quelques amies m'ayant dit que cela arrivait parfois. J'avais déjà pris rendez-vous chez un gynécologue quand j'ai recommencé à avoir des pertes, beaucoup plus importantes. J'ai alors eu très peur, je suis allée aux urgences de l'hôpital le plus proche, où on m'a annoncé froidement que j'étais en train de faire une fausse couche. Le médecin de garde m'a même dit "Pourquoi vous pleurez, ce n'est qu'un oeuf que vous perdez !" Je lui aurais arraché les yeux..... Mais hélas, les choses ne se sont pas arrêtées là. L'embryon semblant "s'évacuer tout seul", on m'a dit de rester sagement chez moi pendant quelques jours et de revenir faire quelques contrôles. Cependant, mes hormones BHCG ont continué à augmenter dans les semaines qui ont suivi et j'ai alors appris que ce n'était pas une fausse couche, mais une grossesse extra-utérine! J'en avais vaguement entendu parler, je ne savais pas concrètement ce que c'était, je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait, alors que je n'avais jamais eu de problème auparavant. Pendant 2/3 semaines, j'ai dû venir à l'hôpital, faire des prises de sang, des échographies, etc, tout cela en plein service obstétrique.... Je ne sais pas comment j'ai pu tenir des heures dans un couloir au milieu de femmes enceintes, à attendre que l'on me dise si l'embryon se détruisait de lui-même ou bien s'il fallait intervenir... Finalement, mi-juillet, on a dû m'injecter je ne sais plus quelle substance pour détruire définitivement l'embryon.

Septembre 1999 : Une hystérosalpingographie a été programmée. J'attendais impatiemment cet examen, qui déterminerait en quelque sorte notre futur. Le jour J, la machine de l'hôpital est tombée en panne, le rendez-vous reporté au cycle d'après. J'ai cru que le sort s'acharnait sur moi....

Octobre 1999 : L'examen a enfin pu se faire. Les spécialistes m'ont dit que ma trompe gauche était légèrement abîmée, mais que le liquide passait quand même, et que ma trompe droite était parfaite. Je n'avais plus qu'à réessayer de tomber enceinte. Nous étions plein d'espoir....

Décembre 1999 : Mes règles n'arrivaient pas, alors qu'elles avaient été régulières depuis ma grossesse extra-utérine. Je me sentais bizarre. J'ai voulu faire un test de grossesse... négatif. Alors que toutes les personnes autour de moi me répétaient que c'était psychologique et tout à fait normal après ce que j'avais vécu, je restais convaincue qu'il se passait quelque chose. Je suis retournée voir le médecin qui m'avait suivie : l'échographie n'a effectivement rien montré, mais une prise de sang a bien révélé que j'étais enceinte. Je ne savais plus quoi penser, je ne savais pas à quoi m'attendre. J'espérais voir apparaître un embryon à l'échographie suivante. Je suis même allée en France voir un échographe réputé. Mais rien. Les hormones évoluaient lentement, alors on a d'abord pensé a une fausse couche. Mais, très vite, le taux d'hormone s'est emballé et nous avons dû nous rendre à l'évidence : seconde grossesse extra-utérine. Je l'ai su le 31 décembre dans l'après-midi d'ailleurs. Alors que la terre entière célébrait cette année 2000 "magique", Olivier et moi avons passé notre soirée à pleurer. Pourquoi nous ? J'espérais, si l'on peut dire, que les choses allaient se dérouler comme la première fois, que j'échapperais à l'opération, mais non. Le coeur de l'embryon a commencé à battre dans ma trompe droite.... J'ai eu beaucoup de chance, car il n'a pas été nécessaire de m'enlever une ou les deux trompes. Mais il a alors fallu penser à d'autres solutions, 2 GEU en 6 mois, sur chacune de mes trompes en plus... C'était du moins notre désir, car les médecins en Italie sont peu ouverts, d'autant plus que j'étais "jeune" (les femmes italiennes ont en moyenne leur premier enfant à 30 ans passés. Alors avec mes 24 ans.....). D'ailleurs, et je vous assure que je vous livre les termes exacts, voici ce que je me suis entendue dire quand j'ai osé parler de FIV, de la part d'un médecin femme de surcroît : "Madame, vous avez toute votre vie devant vous.Vous n'avez qu'à réessayer toute seule pour le moment, vous verrez bien ce qu'il adviendra. Et même si je devais envisager une solution FIV, je vous enlèverai d'abord vos trompes." J'étais seule ce jour là, je suis restée tellement abasourdie par ses propos, que j'ai été incapable de répliquer quoi que ce soit.

Heureusement, nous avons pu être mis en contact avec un gynécologue spécialisé dans les F.I.V (ils sont rares en Italie), qui a su nous écouter et nous comprendre, avec lequel nous avons fait 2 tentatives qui ont échouées. J'étais dans un tel état que tous ces échecs successifs influaient sur ma vie professionnelle, ma vie privée. Je ne pensais plus qu'à cela. Je ne supportais plus l'annonce d'une grossesse de la part de mon entourage, je me sentais extrêmement coupable vis à vis de mon mari (j'ai même été jusqu'à lui dire que je comprendrais s'il me quittait parce que je ne pouvais pas avoir d'enfant), l'idée de me suicider m'a plusieurs fois traversé l'esprit.... Cela devenait invivable pour tout le monde. STOP. Il fallait faire quelque chose pour sortir de cet engrenage.

Nous avons commencé par rentrer en France, près de notre famille. J'ai ensuite contacté un psychologue, qui m'a suivie pendant quelques mois, cela m'a fait un bien fou. J'ai fait des séances d'acupuncture chez un pratiquant de la médecine chinoise, nous avons contacté la DASS pour ouvrir un dossier d'adoption, et enfin nous avons rencontré un gynécologie spécialisé dans la ville où nous nous étions installés pour recommencer un protocole de FIV. Je ne sais pas si c'est la combinaison de tout cela, ou bien si le destin était écrit de cette façon.... A la première tentative avec ce nouveau médecin, en Mars 2001, je suis tombée enceinte. Pour de bon cette fois. Quelle émotion quand j'ai enfin découvert ce petit être de quelques millimètres à peine et vu son tout petit coeur battre..... Ma grossesse et mon accouchement se sont merveilleusement passés. Nicolas est né le 05 Décembre 2001. Il est magnifique, il est gentil comme tout, il n'a jamais été malade, il a fait ses nuits très vite.... Je l'ai attendu longtemps, mais quel bonheur depuis !!!!!

J'ai récemment retenté ma chance, par transfert d'embryons congelés. Cela n'a pas marché. Olivier et moi désirons d'autres enfants, et cela risque d'être encore compliqué. Mais aujourd'hui, je suis sereine, je vois les choses autrement. Même si je dois encore galérer des mois, des années, même s'il n'y aura peut-être pas d'autres enfants, Nicolas est là aujourd'hui, et c'est le plus important. Nous sommes vraiment heureux.

Voilà, par mon histoire, je voulais juste apporter mon soutien le plus sincère à tous les couples qui rencontrent des problèmes pour avoir un enfant. Le chemin est long et dur, mais il en vaut parfois la peine.

Aurélie.


Février 2006

Bonjour,

Je reviens régulièrement sur votre site lire des témoignages, mais j'ai oublié de vous donner de mes nouvelles ! J'en étais restée au fait qu'Olivier et moi tentions d'avoir un second enfant. C'était en 2002.

Nous avons encore déménagé (nous avons la bougeotte!!), recontré une nouvelle équipe de PMA, et après une tentative qui a échouée, nous avons eu le bonheur d'agrandir notre famille le 03 Avril 2005, avec l'arrivée de notre petit Pierre.

Quand je repense à l'état dans lequel nous étions il y a de cela 5 ans, avec peu d'espoir, et nous voilà aujourd'hui à 4. Je n'oublierai jamais par où nous sommes passés, je l'expliquerai à mes garçons lorsqu'ils seront en âge de comprendre mais surtout, surtout, je mesure vraiment la chance que nous avons.

Bon courage à toutes et tous.

Aurélie et Olivier


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