La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Audrey & Olivier - (France - décembre 2004)

Après avoir lu pendant plusieurs mois vos témoignages, je me décide enfin à vous livrer le notre. Ecrire m'aide à supporter cette épreuve alors le partager avec vous ne peut etre que réconfortant, il est bon de savoir que vous pouvez nous comprendre puisque nous sommes confrontés à cette meme envie, ce désir fou de donner un jour tout notre amour à un enfant. Mais cela nous arrivera t-il un jour, en lisant certains de vos témoignages on peut dire OUI. Au départ nous gardions tout cela pour nous et puis à force d'entendre les propos maladroits de certains membres de nos familles ou de nos amis nous avons décidé de leur parler de notre problème d'infertilité, mais l'on se rend compte qu'ils ne comprennent pas toujours que pour eux tout est question de psychologie, de stress, que nous avons besoin de vacances et surtout de ne plus y penser, facile à dire moins à faire, du coup on nous pose beaucoup moins de question et nous nous en parlons entre nous, je pense donc qu'auprès de vous je pourrai communiquer et échanger.

Notre histoire commence il y a six ans, nous nous sommes mariés en 2000, j'ai 32 ans et mon mari 37 ans. Depuis le début de notre rencontre nous parlons de ce désir d'enfant ensemble : la concrétisation de notre amour.

En 2001, nous arretons toute contraception, et là commence l'angoisse de l'arrivée des règles tous les mois elles arrivent toujours à l'heure jamais de retard, des cycles réguliers. Au départ nous nous disons que c'est normal ou tout au moins on essaie de se rassurer, car autour de nous nos amies "tombent" enceintes plus rapidement les unes que les autres. Au bout d'un an, nous sommes le seul couple à ne pas avoir notre enfaint. Je commence à vivre mal le bonheur de ses couples, quel horreur je les envie, finalement je me déteste de réagir ainsi, mais c'est plus fort que moi, je met un nom sur ce sentiment nouveau pour moi, je suis jalouse, je culpabilise de l'être, je trouve cela moche, j'essaie de me raisonner.

Bref en 2002, je vais chez ma gynécologue, je lui expose mes inquiétudes, elle essaie de me rassurer, qu'un après l'arrêt de la pilule il n'y a rien d'alarmant, toutefois elle me propose une courbe de température, une prise de sang, une échographie et pour mon mari un spermogramme. Première difficulté : Olivier ne veut pas faire de spermogramme donc je lui laisse le temps, je ne veux pas lui mettre la pression. Je fais la courbe de température qui révèle que j'ovule peu et irrégulièrement, à la prise de sang je secrète de la prolactine qui bloquerait l'ovulation, l'échographie montre une ovulation tardive un petit utérus. La gynéco me rassure avec un petit traitement tout devrait rentrer dans l'ordre, elle me prescrit une prise de sang de contrôle. Finalement au bout de 6 mois mon mari décide de faire le spermogramme, étape difficile aussi pour les hommes, pas toujours évident pour eux. Là, le résutat montre une oligospermie importante, mais la gynécologue n'est pas alarmée elle met ça sur le compte du stress, du surmenage, nous dit que c'est psychologique, qu'il faut penser à autre chose (depuis lorsque j'entends cette phrase, je me retiens de ne pas hurler), en bref partons en vacances et tout ira bien. Elle me prescrit tout de meme un traitement dont j'ai oublié le nom et me dit dans 3 mois vous etes enceinte (ah si simple que çà). Finalement je ne prends le traitement qu'un mois car finalement de mon coté tout c'est normalisé du coup je laisse tomber, nous partons effectivement en vacances en Corse. A notre retour, lors d'une soirée je rencontre la femme d'un copain de mon mari et elle me confie qu'elle a eu son fils après un long parcours du combattant (IAC, FIV puis FIV avec ICSI), elle me conseille le centre de PMA et son médecin. Dès le lendemain, je téléphone et là une chance, il vient d'y avoir un désistement, j'ai rendez vous 10 jours plus tard. En aout 2003
Je rencontre donc cette gynéco, une femme humaine qui nous explique au vu de nos maigres examens ce qu'elle souhaite faire, nouveau spermogramme et prise de sang, consultation avec un urologue et échographie pour mon mari et pour moi prise de sang diverses, hystérosalpingographie (très mauvais souvenir, moi qui pensait ne pas etre douillette, et ce médecin pas psychologue pour un sou). Cette fois nous allons etre fixé, l'hystérographie révèle une endométriose (moi qui n'ai jamais mal au ventre, qui est des cycles et réguliers) et des synéchies (encore plus rare pour une jeune femme qui n'a jamais eu la moindre grossesse), je pleure comme une madeleine, je dis à mon mari que je pourrrai jamais lui donner d'enfant qu'il vaut mieux que l'on se sépare et lui qui me dit folle qu'il m'aime et que si l'on ne peut pas en avoir un naturellement nous l'adopterons. Résultats du spermogramme encore plus catastrophique oligoasthénospermie extreme et nombreuses atypies, en résumé j'ai droit à une coelioscopie explorative et curative. Là, le gynécologue nous explique que compte tenu des dfférents resultats de mon mari et des miens ce sera une FIV avec ICSI alors là tout s'effondre, on nous rassure ils ne sont pas entrain de nous dire que nous n'aurons jamais d'enfant, mais seulement que ce sera médicalement assisté. Nous faisons des examens complémentaires spermogramme, caryotype et j'en passe vous les connaissez autant que moi.
En décembre 2004 ils choisissent le protocole long on me met donc en ménopause chimique pendant 3 mois (j'ai eu le privilège de connaitre les signes à l'avance, bouffées de chaleur, prise de poids ..). Fin février 2004 nous commençons la stimulation ovarienne en vue de la première tentative de FIV ICSI, injections tous les jours pendant 10 jours controle échographique réguliers, injection de déclenchement puis 36h après ponction ovarienne, je suis infirmière mais j'ai fait appel à une IDE libérale pour les injections car je ne me sentais pas de me piquer, elle a d'ailleur trouvé exagéré de ma part de ne pas me piquer seule là encore il faut se justifier (du coup pour les autres fois je me débrouillerai seule).

La ponction à lieu sous anesthésie générale, l'équipe est plutôt sympa mais c'est une vraie chaine nous sommes 5 patientes à ponctionner à peine réveiller de l'anesthésie (certe légère) on m'explique qu'il n'y a que 2 lits pour 5 bref travaillant dans le milieu hospitalier j'hallucine de voir qu'il n'y a pas assez de lit bref il faut se dépecher de prendre la collation (je supporte mal les anesthésies, je suis plutot nauséeuse je n'ai pas vraiment faim mais l'on me force à prendre quelque chose, j'obéis), il faut s'habiller puis se mettre sur le fauteuil, je suis les instructions mais arrivée sur le fauteuil je me sens mal, l'IDE me trouve palote, l'anesthésiste arrive j'ai un petit 7 de tension j'ai mal au coeur, du coup j'ai la chance de pouvoir rester coucher autant de temps que je veux pour le coup je dors 2 heures de suite.

Résultats de la ponction 17 ovocytes, mais lors de transfert embryonaire 48h après, il n' y a que 2 embryons donc ils me transfèrent les 2, j'avoue que je suis un peu inquiète car d'une part ce n'est pas bon signe et d'autre part je crains une grossesse multiple car je travaille dans un service de réanimatin néonatale et pédiatrique et je connais les risques de prématurité.

Alors commence le stress des 15j avant le test, c'est horrible, pour courroner le tout je débute un syndrome d'hyperstimulation mon abdomen est énorme et me fait souffrir, echographie de controle, et repos allongé strict. Finalement mes règles arrivent la veille du test, grosse déception car on n'y croyait mais dans l'ensemble nous remontons vite la pente nous connaissions les risques c'est la 1ere on se console comme on peut.

Fin juin 2004 2eme tentative FIV ICSI 4 mois après la 1ere nous avons de la chance de recommencer si tot et de toute façon c'est le temps qu'ils nous faut pour encaissser l'echec. Cette fois on passe au protocole cours, je me fais les injections je passe les détails, le jour de la ponction mon mari fait un nouveau spermogramme (lui qui ne voulais pas faire le 1er pour le coup il est servi, mais il assure en silence je sais que c'est difficile pour lui aussi), je suis la seule à etre ponctionnée du coup pas de stress , mais cette fois je supporte parfaitement l'anesthésie ils ont du revoir le dosage à la baisse. Il y a 14 ovocytes mais lors du transfert nouvelle deception il n'y a qu'un seul embryon (il parait qu'on doit etre content car certains n'en n'ont pas), mais cette fois on se met tout de suite en situation d'échec on est convaincu que cela ne va pas marcher et effectivement mes règles arrivent 2 jours avant le test. Malgrè tout c'est un nouvel échec cette fois ci nous avons tellement voulu nous y préparer que nous sommes tout de même profondément tristes. Heureusement mon mari est là pour me soutenir, finalement toutes ces épreuves nous ont encore plus rapprochés, nous sommes plus unis que jamais.

Fin septembre 2004 3ème tentative FIV ICSI Ils me changent de traitement, de protocole, je réagis d'ailleurs beaucoup mieux, lors de la ponction 18 ovocytes, mais lors du transfert embryonnaire toujours le même souci, il y a 10 embryons cette fois ci nous sommes très content mais malheureusement leur qualité ne permet pas la congélation, alors malgrè ma petite taille, ma crainte d'une grossesse multiple nous décidons en commun accord avec le médecin du transfert de 3 embryons. De nouveau 15j d'attente ils me paraissent une éternité, je suis stressée encore plus que les autres fois, cette fois ci, j'ai arreté de bosser depuis la stimulation nous voulons mettre toutes nos chances de notre coté, cette fois la veille du test je n'ai toujours pas mes règles nous sommes plus confiant on veut y croire, on y croit avec quelques réserves, toujours, pour ne pas etre déçu. Le jour du test je suis à l'ouverture du laboratoire, il nous faudra attendre 4 longues heures pour connaitre le résultat et là le jour tant attendu est arrivé le test est positif 286ui je n'y crois pas, j'ai le souffle coupé, je tremble, je pleure , je demande s'ils sont surs.
Je téléphone à mon mari il ne se trouve pas en France à ce moment, il est en pleine réunion, il ne peut pas se lâcher mais je le sais heureux, il me rappelle dès la fin de sa réunioin, il est heureux c'est beau ! Nous nous reprenons nous savons que rien n'est gagné, il veut que j'appelle nos parents respectifs je trouve que c'est un peu tôt, mais nous sommes tellement heureux que nous voulons partager cet instant avec ceux qui nous soutiennent de tout leur amour. C'est un bonheur de voir, d'entendre leurs réactions leurs pleurs, leurs cris de joie, nous l'avions tant attendu ce moment. Nous téléphonons à nos soeurs (elles ont chacunes 3 adorables petites filles cela nous fait 6 nièces qui nous apportent un amour fou cette fois elles vont peut etre avoir un peitit cousin ou qui sait 3), nos soeurs sont folles de joie que du bonheur ! Je leur dis à tous que rien n'est gagné qu'il faut attendre la première échographie qu'en attendant on ne le disait à personne d'autre, les 3 premiers mois de grossesse sont toujours délicats, mais tout le monde veut y croire on me dit d'etre optimiste, que nous avons attendu mais que cette fois c'est la bonne.

Après ce jour d'euphorie l'angoisse refait surface, je fais donc plusieurs tests de grossesse car je sais que le taux doit doubler toutes les 48h et là tout est parfait il ne cesse d'augmenter, nous y croyions tellement.L'attente de l'échographie est terriblement longue, je suis partagée entre plusieurs sentiments, la crainte . Le 26 octobre 2004, jour de l'échographie, nous nous rendons ensemble au CPMA, nous sommes un peu angoissé, une fois installée sur la table tout bascule en quelques secondes le coeur ne bat pas de toute façon il ne peut pas car c'est un oeuf clair nous dit le médecin, comment cela est il possible ? quelle déception, l'échographiste est désolée pour nous, cela se lit sur son visage, elle appelle tout de suite notre gynécologue qui nous reçoit sans attendre, je suis en larmes, j'avais essayé de m'y préparé mais je voulais tellement y croire. Elle est désolée pour nous nous ne méritons pas cela nous dit elle ! mais il faut voir le bon coté des choses l'oeuf c'est accroché, finalement je n'écoute plus ce qu'elle nous dis, aujourd'hui je me pose pleins de questions mais sur le moment j'étais tellement bouleversée. Il va falloir un curetage car il semble bien accroché, rendez vous 2 jours plus tard plus vite cela se terminera mieux ce sera. Donc le 28, curetage journée difficile mais heureusement je ne souffre pas physiquement c'est déjà bien, mais le moral est au plus bas, avec mon mari nous sommes au bout du rouleau, lui est plutot optimiste il veut encore y croire, moi je ne crois plus en rien je suis prete à tout abandonner à me tourner vers l'adoption. Je ne vous ai pas parlé de la déception de nos parents mais vous pouvez l'imaginer, notre bonheur fut de courte durée. S'il y a prochaine fois nous n'en parlerons à personne, pas avant d'etre surs mais surs de quoi, pouvons nous seulement etre sûr de quelque chose à ce stade?

J'ai beaucoup de doute par rapport aux pratiques utilisées, comment un oeuf clair est il possible alors qu'il est censé y avoir eu fécondation ? Tant de questions j'ai d'ailleurs préparé une liste à poser à mon gynécologue.

Pendant cette épreuve j'ai été soutenu par une fille adorable qui m'a d'ailleurs conseillée votre site, au départ elle était une collègue de boulot aujourd'hui je la considère comme une amie , elle est passée comme nous par des moments difficiles elle a toujours su trouvé les mots justes, je ne l'en remercirai jamais assez d'avoir été là pour moi. Alors petite V.B merci à toi.

Mon témoignage est surement trop long, j'écris comme je parle, peut etre n'etes vous meme pas venus à bout de mon récit, mais même si vous ne le diffusez, merci à vous Viviane et Vincent pour votre site je vous souhaite beaucoup de bonheur ainsi qu'à vos lecteurs. Et si vous décidez au contraire de diffuser mon témoignage, je suis prêt à partager avec vous votre expérience. En conclusion je dirai que toute ces épreuves m'ont apprises beaucoup de choses sur moi et les autres.

Merci beaucoup, gros bisous, Audrey.


Novembre 2005

Bonjour à tous !

Voilà bientôt un an que j'ai franchi le pas pour témoigner de notre désir d'enfant et notre détresse devant les échecs des F.I.V/I.C.S.I. Il y a un an, je me remettais difficilement d'une fausse-couche après une 3ème fécondation in vitro, quand j'y repense j'en ai les larmes aux yeux.

Que de chemin depuis. Nous avons fait une pause de 4 mois avant d'essayer une nouvelle F.I.V/I.C.S.I, en fait nous pensions de plus en plus à l'adoption, mais nous étions prêt à tenter une nouvelle fois le traitement.

Février 2005, on recommence, le transfert embryonnaire a eu lieu le 18 et 3 embryons transférés, 10 jours plus tard : douleurs abominables dans le ventre, avec abdomen gonflé nous allons au centre de procréation médicale assistée pour passer une échographie, le diagnostic tombe, hyperstimulation ovarienne, épanchement pleural, entrainant une hospitalisation immédiate, un stress de plus. Dès la prise en charge hospitalière, on me fait une prise de sang pour doser les béta HCG (soit 5 jours avant la date présumée) nouvelle angoisse de l'attente du résultat, il s'avère positif mais vu la déception de la dernière fois nous nous réjouissons à moitié, nous préférons attendre l'échographie.

Le jour tant attendu de l'échographie arrivé nouveau stress, mais cette fois du bonheur il y a non pas un embryon mais deux ! des jumeaux ! Je passe les détails sur la grossesse que j'ai dû passer au repos allongée, puis j'ai été hospitalisée en grossesse à risque durant un mois pour contractions utérines et modification du col à 28 semaines d'aménorrhées.

J'ai finalement accouché par césarienne à 35 semaines d'aménorrhées car le jumeau 2 montrait des signes de souffrance foetale. Le 7 octobre 2005 sont nés un petit garçon prénommé Léo, 2030g et une petite fille prénommée Lou, 1620g, je les ai vus seulement quelques minutes car étant prématurés, ils sont allés en néo-natologie. Léo y est resté 1 semaine et Lou, 3. Oui, il y a eu des moments difficile pendant ma grossesse, oui j'ai dû resté allongée pendant 7 mois, oui j'ai été séparé d'eux à leur naissance mais rien n'est plus beau que mes deux petits bouts de vie, un pur bonheur, aujourd'hui nous sommes tous les quatre réunis, les journées sont bien remplies, les nuits nous dormons peu mais quelle importance : nos deux bébés sont là et c'est un véritable bonheur.

Alors à vous tous, ne vous découragez pas, je vous souhaite autant de bonheur que nous aujourd'hui, je sais combien le parcours est difficile et je ne l'oublierais jamais, cela fait parti de notre histoire et finalement quelle jolie histoire. Je souhaite que vous tous, vous puissiez bientôt ajouter 1 ou plusieurs petits noeuds à coté de vos prénoms.

Bon courage et merci pour vos témoignages.

Audrey


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Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.