La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Anne & Laurent - (France - décembre 2000)

Bonjour à tous,

Je me décide aujourd'hui à apporter mon témoignage, car depuis que j'ai découvert ce site, je me suis aperçue qu'une des choses les plus difficiles dans ce parcours est le manque de compréhension de l'entourage ; lire tous vos témoignages m'a toujours "revigorée" et aujourd'hui, je suis prête à raconter mon histoire, somme toute classique ...

Je m'appelle Anne, j'ai 26 ans et mon mari Laurent a 29 ans.
Juillet 99 : mariage et envie d'avoir un premier enfant (2 amies enceintes à la même période ...). Je stoppe donc la pilule 15 jours avant mes 25 ans, je n'en parle à personne - je suis du genre superstitieuse- et j'attends plus ou moins impatiemment et plus les mois passent plus je m'impatientais.
Jusqu'au jour où cela fait 10 mois sans contraception, et, comme j'avais décidé qui si après 10 mois je n'étais pas enceinte, je consulterais, je consulte. La machine infernale est lancée. Mon gynécologue habituel, qui est un ange, cela dit en passant, ne me fait pas patienter et me prescrit tests hormonaux et Test d'Huhner

C'est là que tout se complique : pas de glaire (test fait un peu trop tôt dans le cycle) et pas de spermatozoïdes du tout. Donc, un doute : est-ce parce qu'il n'y a pas de glaire qu'il n'y a pas de spermatozoïdes ou une autre raison ? Donc, spermogramme , le premier, et de mon côté, un gros pressentiment (que je garde pour moi ; après tout, je ne suis pas Madame Soleil). 2 jours plus tard, le verdict tombe : oligospermiesévère. Au labo, où je demande des information supplémentaires, un soi-disant spécialiste me répond en tournant autour du pot "c'est pas terrible, c'est sûr. Mais ne vous jetez pas à la Garonne, il y a des solutions". Le mot "stérilité" n'est pas encore tombé et je me demande de quoi on parle. Je fonce chez mon gynéco et là j'ai les réponses : procréation naturelle impossible ; PMA, ICSI . J'ai les coordonnées du CECOS et le nom du spécialiste à contacter. Nous sommes fin juin. J'obtiens un RDV début août, ce qui me semble une éternité, car, à l'époque, grosse naïve, j'attendais presque un aboutissement à ce premier RDV !

Nous sommes aujourd'hui fin novembre et nous avons avancé : les examens du côté de Laurent sont bouclés ; nous avons rencontré une psychologue au CECOS (obligatoire), 2 congélations de sperme ont été effectuées, au cas où le jour J, il y aurait un problème (nous avons aujourd'hui 9 paillettes). En ce moment les réjouissances me concernent car nous sommes passés entre les mains du service FIV, avons rencontré une "charmant" gynécologue, que je vous conseille, des fois que vous vivriez trop bien votre stérilité où que vous soyez trop heureux, c'est un remède infaillible. Je souligne tout de même que c'est la première personne qui nous a mal reçu. Ca marque, ... Bref, les bilans hormonaux sont faits (test LH sous stimulation hypophyse, qui m'a valu un malaise au labo, qui n'est pas forcément lié au produit, mais à mon état de stress permanent, dont je ne me rend même plus compte), test d'insulino-résistance (car antécédents de diabète dans ma famille), de nouveau malaise, là je n'ai bu que du sucre, ... Il me reste le meilleur pour la fin : la radio des trompes, ; j'ai demandé un décontractant, car je stresse à mort. Après mes examens sont bouclés. RDV avec l'anesthésiste début décembre et le biologiste en février. Normalement, pour nous, ce sera pour mars.

Après cette description "médicale", je soulignerais les retombées au niveau du couple. C'est très difficile. On vit les choses différemment, moi j'ai besoin de parler, notamment quand je stresse ou que j'ai des doutes et mon mari préfère, comme il dit, masculinement votre "ne pas focaliser sur le problème pour avancer". Cette incompréhension nous a tout de même poussé cet été à parler de divorce et je ne parle pas des réflexions assassines te autres coups bas. J'ai honte, ... Aujourd'hui on essaie de se comprendre, c'est déjà ça et de se soutenir. Ce qui me manque le plus, c'est de parler avec des gens qui me comprennent. Autour de moi, très peu de gens au courant : 2 amies et une collègue que je vois en dehors du travail. Sur les 3, il y en a 2 qui sont à côté de la plaque : réflexions maladroites, pour ne pas dire débiles, elles écoutent d'une oreille que je sens distraite (peut être qu'en plus je développe de un complexe paranoïaque ...), pour finir par le fameux "je comprends".(Est-ce qu'on peut COMPRENDRE quand on est tombée enceinte dès le 2ème mois, qu'on a un petit bout merveilleux et qu'on est très amoureuse et épanouie, j'ai comme un doute ...). Bref, vous voyez ce que je veux dire.

Malgré tout, je suis remplie d'espoir. Nous avons, je pense de bonnes chances et il faut se mettre en conditions. Il faut se forcer à avoir des projets, à se bouger, à rester optimistes, je suis certaine que cela influence les résultats.

Merci de m'avoir lue.
J'aimerais rentrer en contact avec des personnes vivant le même parcours "du combattant".

Amitiés

Anne.


avril 2001

Bonjour à tous,

Je souhaite témoigner à nouveau suite à quelques nouvelles épreuves et émotions vécues récemment.

Suite à notre parcours de docteur en spécialiste et d'examen en analyse, nous avons eu notre protocole d'ICSI en main. Le 19 mars nous avons commencé les injections du produit de blocage, je dis nous car mon mari me faisait les piqûres (nous avions eu un cours à l'hôpital).

C'était donc le début d'une nouvelle période, nous agissions ensembles, nous étions actifs, de bonne humeur, bref tout allait pour le mieux. J'ai été arrêtée quelques jours car très fatiguée et Laurent qui était en vacances me "chouchoutait".
Puis la stimulation a commencé et au premier contrôle à J7, on s'est aperçu que les ovaires avaient répondu trop fortement, et surtout mon taux d'Estradiol s'était complètement emballé. On a suspendu la stimulation pendant 2 jours en espérant que ce fameux taux se calme mais il a continué à s'emballer. On ne pouvait donc pas reprendre les stimulations puisque j'étais à la limite de l'hyperstimulation et donc les ovocytes n'ont pas pu continuer à grossir. On m'a donc annoncé qu'il y avait échec de la stimulation et qu'il fallait tout stopper. J'étais mortifiée. Aujourd'hui je souffre horriblement de cette expérience qui n'a pas été menée à terme et je sais que je ne pourrait recommencer qu'en août.

Je n'étais pas en état de demander des détails sur le pourquoi du comment mais en gros j'ai compris que l'équilibre entre le taux d'Estradiol et l'évolution des follicules était loin d'être au point ; de plus, on m'a dit qu'à la prochaine tentative la quantité du produit de stimulation serait divisée par 2, je pense donc que mon corps a réagit trop fortement.

Malgré tout, cela reste flou. J'aimerais avoir des témoignages de personnes ayant vécu cela ou ayant des détails à me donner sur ce fameux taux.

Merci

Anne


Septembre 2001

Je rêve de mettre mon témoignage à jour en commençant par quelque chose du genre "Bonne nouvelle" mais c'est encore une fois loin d'être la cas. Il faut croire que le bonne nouvelles, ce n'est pas pour moi. Moi, j'évolue plutôt dans un style "de pire en pire".

Pour en venir aux faits, après un 1er traitement interrompu avant la ponction (an avril) pour cause d'hyperstimulation, je recommence le 31 juillet un nouveau avec des doses réduites de moitié (75 Gonal pour les connaisseurs !). De nouveau, gonflés d'espoir et de courage, le traitement suit son cours. semaines de blocage pour le prix de 2 car le service FIV réouvre ses portes le 20 août, contrôle du blocage : réussi.

Nous commençons la stimulation. 1er contrôle à J7, pas grand chose à l'échographie. J9 idem. Pas d'affolement qu'y disent ! J idem. La suite dans le même genre. Avec en prime un kyste qui lui profite pleinement de la stimulation. Je demande pourquoi on ne m'augmente pas les doses puisque rien ne se passe et on me répond que le taux d'Etradiol et relativement élevé donc pas question de le solliciter davantage. OK. Après 2 semaines passées de stimulation, les remarques des sages-femmes du genre "on va avoir de quoi recueillir à la ponction dans quelques jours ! La muqueuse est très belle." s'effacent pour faire place à "Si rien ne se passe, on ne va pas continuer indéfiniment. On va stopper le traitement".

J'ai à peu près 25 follicules qui ne se seront jamais développées. 1 kyste énorme et 2 follicules qui ont grossi. Je demande à ce qu'on aille jusqu'à la ponction en tentant le tout pour le tout avec ces 2 follicules et j'obtiens gain de cause. A J17 de stimulation (quand même !) on déclenche. 2 jours plus tard, vendredi, ponction. Dans les 2 follicules, il y a un ovocyte et un de plus qui était caché derrière le monstrueux kyste. Il faut attendre lundi pour les résultats (pas de transfert le dimanche). Ce traitement aura quand même duré !

Bref, ce matin j'appelle à l'hôpital. On me passe le professeur en personne. Déjà j'aurais du me douter. La conversation commence par "Je n'ai pas de bonnes nouvelles pour vous.". Vous devinez la suite. Aucun embryon. Probablement à cause de la mauvaise qualité de la stimulation et donc des ovocytes.

Voilà où j'en suis. Je me sens ruinée physiquement et mentalement surtout.
Avec le 1er protocole (150 Gonal), hyperstimulation importante et avec le 2nd (75 Gonal), stimulation médiocre, une ponction cramée pour rien. Je ne vois plus aucune alternative. Je pense que pour nous, c'est fichu. Je n'y comprends rien. De mon côté aucun problème à aucun niveau et pourtant on n'arrive à rien au niveau de la stimulation. Nous n'avons aucune autre possibilité que l'ICSI et tout repose sur la stimulation. Le biologiste m'a dit qu'on recommencerai dans 4 mois avec un protocole entre les 2. Je n'y crois plus. Sois-disant on ne pouvait pas m'augmenter les doses cette fois-ci et l'hyperstimulation de la 1ère fois était très importante. Alors, quoi ? De plus, il m'a posé la question de savoir si je souhaitais recommencer, signe qu'il est plutôt dubitatif, non ?

Je ne comprends pas ce qui se passe. Je n'ai jamais lu un témoignage relatant de genre de problème. Suis-je un cas unique ? En attendant cette tentative, qui à mon avis, en terme de dosage de stimulation est la dernière tentative, j'ai peur de sombrer dans la dépression, voire la folie. Je pense que je devrais me faire aider médicalement parlant.

Au début, quand tout ça m'est tombé dessus je me suis dit que c'était une épreuve à traverser. On a traversé bien des choses : les disputes, la compréhension du fonctionnement de l'autre, le rapprochement pour faire face ensembles, les histoires au boulot quand on m'a vue déprimée, l'obligation de mettre au courant certains proches, une première tentative avortée, les annonces de futures naissances qui se multiplient (boulot, famille, amis), l'attente.

J'ai eu de la force jusqu'à présent mais aujourd'hui c'est terminé. Je pense qu'on a vécu ce qu'on avait à vivre par rapport à cette situation douloureuse, on s'est donné les moyens, on a fait des efforts chacun de notre côté à tous les niveaux. Mais la roue n'a toujours pas tourné. Peut-être la clé n'est-elle pas là. Quelle est notre épreuve finale dans ce cas ?

Merci de m'avoir lue et bonne chance à tous.

Anne


Juillet 2002

Bonjour Viviane et Vincent et bonjour à tous !

Je vous écris pour mettre à jour mon témoignage de 2000, déjà ! Voilà : nous attendons un Heureux évènement !!! Un petit garçon qui naîtra début décembre. Je suis aujourd'hui enceinte de 15 semaines et forcément je trouve la vie merveilleuse, et la vie reprend ses droits.

Je veux donc vous dire que la PMA ça marche, même quand on a du mal à y croire. Je résume : 1ère ICSI = hyperstimulation, traitement stoppé, 2ème ICSI = hypostimulation, ponction car j'insiste mais pas d'embryon. 3ème ICSI, traitement débuté les derniers jours de janvier, soit pratiquement un an après le premier. Et là, on arrive à doser, on obtient trois embryons, on m'en transfère deux. Deux semaines après, le test sanguin est positif ; encore 4 semaines plus tard, à l'échographie, on a le premier contact visuel avec notre bébé (il y en a un seul).
Je passe vite, car tous les détails ne comptent plus après, toute la souffrance et tous les doutes, idem. Je suis loin de dire qu'on oublie, car tout ça nous a forgé, mais on ne le voit plus pareil.
C'est bizarre, je viens de relire mon témoignage et les mises à jour et je me suis faite à la fois rire, inquiéter et presque pleurer moi-même. Je ne me souvenais pas d'avoir vécu des choses aussi intensément ou de façon aussi extrême. J'avais presque l'impression de lire le témoignage d'une autre.

Ce que je veux dire, c'est que la roue tourne, la vie "bascule" et tout rentre dans l'ordre et tout devient encore plus merveilleux quand on a vécu la douleur et le doute.

A aujourd'hui, j'ai eu 2 autres échographies merveilleuses, où nous avons pu voir notre bébé bouger, envoyer des coups de pieds, mettre le pouce devant la bouche ... Tout cela me semblait presque irréel ou trop beau pour être vrai. C'est beau et c'est vrai et je vous souhaite à tous de connaître ce bonheur.

Pour finir, je croise les doigts et je touche du bois pour Laurence qui se reconnaîtra. Bonne chance à tous et surtout Courage, le bonheur est forcément, d'une façon ou d'une autre au RDV.

Amitiés

Anne


Décembre 2002

Chers tous, Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance de notre fils, Maxime, né le 28 novembre 2002.

Bonnes fêtes.

Anne & Laurent


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Tous les mots colorisés en orange ou mauve vous renvoient au dico.