La passerelle, Informations et Recueil de témoignages sur la stérilité

Alice & Etienne - (France - décembre 2006)

Tout d'abord, merci à tous pour vos témoignages de courage et merci aux auteurs de ce site, qui ont compris que dans cette épreuve, nous avons besoin de partager.

Je nous présente, Alice 34 ans, éducatrice auprès d'enfants et mon ami Etienne 35 ans, infirmier à domicile. Nous habitons en Alsace et n'avons pas d'enfant pour l'instant. "Pour l'instant" résonne étrangement, comme l'espoir que tout est possible malgré tout.

Août 2006 :

Deux années infructueuses et patientes pour avoir un bébé. Durant ces deux années d'espoir et de désespoir, je me rassurais en me disant que c'était lié à notre âge. Ma gynécologue me rassurait elle-même, en me disant que tout allait bien de mon côté : " frottis et courbes de températures bons, mettez vous au travail !". Néanmoins, j'avais tout de même fait plusieurs cystites à répétition qui auraient pu être un indice. J'ai donc fini par convaincre mon ami d'aller faire un spermogramme en août 2006, non sans difficulté. L'attente des résultats fut longue et angoissante. Et s'il y avait un problème ? Les résultats sont arrivés à domicile et je lui demande s'il veut que je lui lise par téléphone. Au fur et à mesure de la lecture, je m'effondre tandis qu'il ne dit plus un mot à l'autre bout du fil. Que nous arrive-t-il d'un seul coup ? Il serait atteint d'une " asthénotératospermie " avec 0% de spermatozoïdes valides. Quel nom barbare ! Ca signifie que la moitié des spermatozoïdes sont tétanisés sur place, immobiles et enroulés sur eux même et l'autre moitié serait mal formée. Tandis que la gynécologue me rassure au téléphone en disant " Ne vous inquiétez pas, vous aurez un enfant ", elle me donne le nom d'un endocrinologue pour Etienne. Seulement, mon ami n'en faisant qu'à sa tête décide d'aller plutôt chez un urologue. Peut-être a-t-il bien fait ? L'urologue décèle rapidement après examens une prostatite qui serait à l'origine de son hypofertilité. " C'est une chance ", nous dit-il ! " Ca se soigne difficilement, mais ça se soigne". Nous en sortons un peu rassurés, Etienne et moi. Je retourne chez ma gynécologue pour lui annoncer la bonne nouvelle. Mais elle était très vexée par la démarche libre de mon ami et fait preuve de son scepticisme face au pronostic de l'urologue : " Votre ami fait n'importe quoi ! Tant pis pour lui ! Vu le mauvais spermogramme, il faudra sans doute envisager directement une FIV. Par ailleurs le taux de réussite étant très mauvais au CMCO, n'hésitez pas à aller en Belgique ou Espagne si nécessaire". Je sors détruite de chez elle, me promettant intérieurement de changer de gynécologue. Je n'ai pas besoin de personne qui me casse encore plus le moral.

Depuis septembre 2006 :

Etienne suit son traitement, malgré quelques effets indésirables du à la prise prolongée de Tavanic. Mes cystites à répétition venaient semble-t-il de la prostatite et depuis qu'il se traite, je ne suis plus malade. Le prochain spermogramme est prévu pour février 2007. Je vis moins mal chaque échéance menstruelle, ayant à présent compris la cause des échecs successifs.

Août 2006 :

Rendez-vous au CMCO pour la première consultation stérilité proposée aux couples stériles. Mon ami ne voit pas l'intérêt d'y aller, étant actuellement sous traitement. Après quelques hésitations, j'y vais quand même, étant donné l'attente de 4 mois pour obtenir ce rendez-vous. Que de regrets en y allant. On me fait comprendre qu'il faut que j'entame tous les examens en vue d'une tentative d'insémination et je sors avec une liste d'examens. Les mots résonnent "si vous ne voulez pas attendre 10 ans, il faudra bien commencer". Quel âge aurais-je lors de mon premier enfant ? J'appréhende particulièrement l'hystérographie, dont on m'a parlé comme un examen douloureux et à risque d'infection. Depuis le début de notre épreuve en août, j'ai lu l'ouvrage "Un bébé, mais pas à tout prix ", de Brigitte-Fanny Cohen, qui dénonce les dessous de la médecine de la reproduction, pour l'avoir vécu elle-même. Cet ouvrage m'a ouvert les yeux sur le fait que nous ne sommes pas obligées de tout accepter. On a le droit de réfléchir et prendre le temps pour des décisions aussi importantes dans nos vies. Avons-nous seulement réfléchi aux risques d'une anesthésie générale sur le cerveau, multipliée par autant de FIV ? Mon ami comprend mon hésitation face à toutes ces manipulations, étant lui-même certaines fois amené à faire des piqûres à des femmes en cours de traitement pour avoir un enfant. Je n'ai pas encore trouvé la réponse en moi, mais je sais qu'après deux ans et demi de d'attente, je ne suis plus à deux mois près. Nous serons fixé en février sur l'état de guérison d'Etienne et je ferai les examens après.

Je vous tiendrai au courant de la suite des événements en février. D'ici là, je vous souhaite à tous et toutes de bonnes fêtes de fin d'année. Un jour viendra notre tour à tous où nous fêterons "en famille " avec nos enfants et pas seulement ceux des autres.

Courage et tenez bon d'ici là.

Alice.


Avril 2007

Janvier 2007

Voilà encore une année de passé et pleins de nouveaux espoirs pour 2007 ! Pleins de bonheur à vous. Que de jolis miracles se produisent pour vous tous. Nous, c'est bien un miracle qui s'est passé en cette fin d'année 2006. Nous avons découvert que j'étais enceinte alors que mon ami était encore sous traitement pour sa stérilité. Comment est-ce possible, alors que tous les oiseaux de mauvaise augure (gynécologue et spécialiste de la stérilité) nous annonçaient une longue et pénible attente - avec sans doute une FIV ? Mon ami avait 0% de spermatozoïdes valides encore en août 2006. Mais c'était trop beau pour être vrai ! Le 23 décembre 2006, on m'annonce qu'il faut m'opérer en urgence pour une appendicite aigue. A peine rassurée de savoir que ces douleurs ne sont pas dûes une grossesse extra-utérine, on me prévient des risques de l'opération et de l'anesthésie générale sur le bébé. J'entre au bloc opératoire en larmes, détruite par l'idée que ce bébé miraculeux puisse déjà disparaître. Pourquoi une appindicite dès le lendemain de la bonne nouvelle ? J'ai le sentiment que le sort s'acharne et ne veut pas que je porte la vie.

Après l'opération, les BHCG. ont effectivement chuté, ce qui était le signe d'une fausse-couche prochaine. Presque une semaine après, nous refaisons un dosage des béta HCG et miraculeusement, ils ont remonté ! Le bébé s'accrocherait-il à la vie ? Certes, ils n'ont pas monté comme le médecin l'espérait mais ils ont quand même remonté, ce qui est un nouveau miracle et n'entre dans aucune statistique. L'échographie, quant à elle, nous montre un joli petit embryon, le cœur battant, tranquillement assis dans sa bulle et en pleine méditation sur la Vie. On s'inquiète tant pour lui et lui a l'air si tranquille. La gynécologue est surprise et plutôt optimiste. Elle nous prévient que les prochaines semaines sont néanmoins encore à risque. Mon ami et moi reprenons vie et espoir. Hélas, notre enfant ne verra jamais le jour. Après une semaine de petites pertes brunes, j'ai fini par avoir de violentes contractions et des saignements abondants. L'embryon avait fini sa vie et son cœur avait lâché. Nous ne verrons plus jamais son petit cœur battre. Pour mon ami et moi-même, c'est le début d'un deuil douloureux et d'un espoir qui s'éteint.

Mars 2007

Mon ami est toujours sous traitement de Tavanic suite à une rechute de prostatite. Le spermogramme n'a pas évolué depuis août 2006. Ce qui signifierait que c'est bien le Tavanic qui m'aurait permis d'être enceinte.

Courage à tous et à toutes.

Alice.


Décembre 2007

Bonjour,

Je souhaite simplement compléter le témoignage d'Alice et d'Etienne par un dénouement heureux :

La petite Emma est née le 5 novembre 2007 dans une forme olympique. Nous sommes conscients que sans l'aide de la médecine et sans le traitement d'Etienne pour tenter de soigner son asthéno-térato-spermie, notre petite fille ne serait pas là. C'est un vrai bonheur de l'avoir enfin auprès de nous. Ce sera son premier Noël et nous souhaitons à toutes les personnes de ce site, qui attendent leur tour de chance, de ne pas perdre patience. Il y a encore un an, nous même pensions que ce bonheur ne serait jamais pour nous, encore plus après la perte de notre 1er bébé en janvier. Et puis notre tour est arrivé et Emma éblouit chaque jour notre vie par de magnifiques sourires.

Courage à tous ceux qui persévèrent dans les traitements et tous nos meilleurs voeux de bébé pour 2008 !

Par avance, merci à vous et de joyeuses fêtes de fin d'année !

Véronique


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